Australie, Brésil, Japon… Pourquoi ces pays ne sont pas pressés de vacciner leurs populations

Alors qu’en Belgique, les critiques fusent suite à la lenteur du déploiement de la campagne nationale de vaccination, et que les autorités tentent d’y remédier, d’autres pays ne font au contraire pas preuve d’un grand entrain à vacciner leurs populations rapidement. Tour d’horizon.

Australie: ‘Pas de risques inutiles’

‘L’Australie n’est pas dans une situation d’urgence comme le Royaume-Uni. Nous n’avons pas à lésiner sur les mesures. Nous n’avons pas à prendre de risques inutiles’, a déclaré mardi le Premier ministre australien, Scott Morrison.

Le dirigeant conservateur a notamment expliqué que le Royaume-Uni, bien plus durement touché par le nouveau coronavirus et l’un des premiers pays à avoir lancé sa campagne de vaccination, avait rencontré ‘quelques problèmes’ lors de son déploiement parce qu’il le faisait ‘en urgence’.

Scott Morrison a également avancé comme argument que les Britanniques ‘ne testent pas les lots de vaccins avant leur diffusion auprès de la population’, une chose que l’Australie a pour sa part l’intention de faire, a-t-il déclaré.

Ainsi, l’organe en charge de la réglementation pharmaceutique sur l’île-continent ne devrait pas remettre d’avis concernant les candidats vaccins avant le début du mois de février, et les premières vaccinations ne devraient pas être effectuées avant mars.

Même si des voix commencent à s’élever pour critiquer la lenteur du gouvernement australien, le pays a plutôt bien résisté à la pandémie. À l’heure actuelle, seules quelques dizaines de personnes y sont hospitalisées pour cause de Covid-19, sur une population totale de quelque 25 millions d’habitants. Une performance qui a pu être atteinte grâce à la mise en place de mesures particulièrement strictes et de grande envergure dès l’apparition de foyers épidémiques.

Brésil: un président ‘antivax’

Malgré un bilan qui frôle désormais les 200.000 morts à cause du coronavirus, les Brésiliens ne semblent pas particulièrement pressés de se faire vacciner contre le Covid-19. La faute à une méfiance croissante envers les vaccins, en particulier ceux développés par les laboratoires chinois.

À l’automne, le Brésil a été le premier pays à achever un essai de phase avancée du vaccin ‘CoronaVac’ développé par la biotech chinoise Sinovac. Mais la publication des résultats complets, d’abord programmée pour début décembre, a déjà été reportée à trois reprises. Un retard et un manque de transparence qui alimentent les doutes des Brésiliens, même si les chercheurs locaux ont affirmé que le vaccin avait une efficacité supérieure à 50%.

Et cette méfiance est encore renforcée par les positions anti-chinoises et anti-vaccins du président d’extrême-droite, Jair Bolsonaro, qui a d’ores et déjà annoncé qu’il ne se ferait pas vacciner.

‘Tout le monde désire le vaccin, mais en même temps les gens ont peur du vaccin. Comme les produits chinois ont la réputation d’être de mauvaise qualité, ils pensent que c’est la même chose en ce qui concerne le vaccin. Les gens confondent tout !’, explique Ana Escobar, professeure à la Faculté de médecine de l’Université de São Paulo (USP), dont les propos sont rapportés par Les Echos.

Le gouvernement a bien autorisé le week-end dernier l’importation de deux millions de doses du vaccin d’AstraZeneca/Oxford… Mais celui-ci n’a pas encore reçu d’autorisation de la part du régulateur local de la Santé (Anvisa).

Et si plusieurs dates ont été avancées pour le début de la campagne de vaccination, aucune n’a encore été arrêtée par les autorités brésiliennes.

Enfin, la logistique semble également poser problème dans cet immense pays peuplé d’environ 210 millions d’habitants. Dernier exemple en date: le ministère de la Santé n’a que récemment lancé un appel d’offres pour acheter 300 millions de doses, ne parvenant pour l’instant à mettre la main que sur des quantités bien plus réduites.

Japon: ne pas brusquer la population

Les Japonais non plus ne témoignent pas d’une grande confiance dans les nouveaux vaccins. Selon un récent sondage, 36% des personnes interrogées n’ont pas l’intention de se faire vacciner contre le Covid-19.

En 2013, une controverse autour de supposés effets secondaires provoqués par le vaccin contre le papillomavirus (HPV) avait éclaté dans l’archipel, poussant le gouvernement à ne plus le recommander activement. Par la suite, les experts avaient démontré que les effets indésirables n’étaient pas liés au vaccin. Mais un certain mal semble toutefois avoir été fait.

Par ailleurs, le Japon n’a pas été frappé aussi durement que les pays occidentaux par la pandémie. En près d’un an, le pays n’a eu à déplorer le décès ‘que’ d’environ 3.500 personnes à cause du nouveau coronavirus, sur une population pourtant particulièrement âgée et comptant plus de 125 millions d’habitants.

Dans ce contexte, le gouvernement nippon ne veut pas donner l’impression qu’il tente de forcer la main de sa population. Il a donc opté pour une campagne de vaccination assez lente, gratuite et sur base volontaire. Ses objectifs: 10.000 travailleurs de la santé actifs en première ligne en février, 3 millions de soignants en mars, les personnes âgées à partir d’avril, et le reste de la population au début de l’été. À cet effet, le ministère de la Santé a passé commande pour 290 millions de doses auprès de Pfizer/BioNTech, Moderna et AstraZeneca, dont les procédures de certification sont en cours ou en passe de l’être.

Israël, le contre-exemple

À l’opposé du spectre, on retrouve Israël, qui envisage de vacciner la totalité de sa population au cours des prochains mois.

En ce moment, Israël vaccine environ 150.000 personnes par jour, ce qui représente 2% de sa population. Les Israéliens pensent que le Covid-19 ne sera guère plus qu’un mauvais souvenir d’ici mars 2021, car d’ici là, le pays aura atteint l’immunité de groupe.

Les critiques en Europe

En Europe, les pays membres ont décidé de collectiviser les doses. Ce qui suscite de nombreuses critiques, notamment en Allemagne. La presse et certains politiques accusent les Français d’avoir privilégié le vaccin de Sanofi, dont le vaccin pourrait être abandonné, au détriment de l’américano-allemand Pfizer/BioNTech.

Ce qui est une certitude, c’est que l’Europe a choisi la diversité à moindre coût, en misant sur 6 vaccins, alors qu’Israël a parié sur un seul vaccin au prix fort – celui de Pfizer/BioNTech, le bon cheval (pour le moment).

Il manque de doses en Europe. La campagne de vaccination des masses ne peut pas commencer. À ce problème d’approvisionnement vient aussi se greffer un problème logistique et bureaucratique qui est de la responsabilité des États.

L’Agence européenne des médicaments défend toutefois l’approche du Vieux-Continent, elle aussi plus prudente que celle du Royaume-Uni, des États-Unis ou d’Israël.

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