L’Australie a violé les droits de l’homme lors de son lockdown, mais les autorités refusent de s’excuser

A Melbourne, neuf immeubles avaient été encerclés par la police, les résidents étant interdits d’en sortir – Isopix

En juillet dernier, les autorités de l’État de Victoria (Australie) avaient ordonné un confinement complet de neuf buildings d’un quartier de Melbourne pendant plusieurs jours. Cinq mois plus tard, un rapport officiel indique qu’il y a eu violation des droits de l’homme. Malgré cela, le gouvernement local refuse de s’excuser.

Le 4 juillet dernier, face à la naissance d’un foyer épidémique dans un quartier de logements sociaux de Melbourne, le gouvernement de l’État de Victoria avait ordonné qu’aucun des 3.000 résidents de neuf buildings ne puisse sortir de chez lui. Pour garantir le respect de ce lockdown ultrastrict, des policiers avaient été disposés aux alentours des différents bâtiments concernés. Le confinement avait duré pendant 5 jours pour huit tours. Les habitants de la neuvième étaient, eux, restés enfermés pendant 14 jours. Ils avaient toutefois pu prendre l’air après une semaine d’enfermement, sous la surveillance des policiers.

Le lockdown de ces immeubles ayant été ordonné sur le champ, les habitants n’avaient pas eu le temps pour s’y préparer. Les autorités avaient mis en place un système de livraison de nourriture et de médicaments, mais certains occupants s’étaient plaints de ne pas en avoir reçu en suffisance. En outre, quelques-uns, ayant une peur bleue de la police, avaient préféré ne pas manger la nourriture qu’elle leur apportait, craignant une tentative d’empoisonnement.

Signalons enfin qu’une partie de habitants de ces buildings étaient de religion musulmane. Or, ils avaient reçu dans un premiers temps des plats à base de porc, un aliment que leur religion leur interdit de manger.

Violation de droits de l’homme

La médiatrice (ombudsman) de l’État de Victoria Deborah Glass a été chargée de rédiger un rapport sur le lockdown de ces neuf immeubles de Melbourne. Elle l’a rendu ce jeudi et ses conclusions sont claires: le autorités locales ont violé les droits de l’homme. Elle indique que le gouvernement de l’État de Victoria avait motivé sa décision par des raisons d’urgence sanitaire, mais que ce lockdown n’avait pas été justifié sur base d’un avis médical.

Pourtant, les documents avaient bel et bien été signés par un médecin, la Dr Annaliese van Diemen, cheffe par intérim de l’autorité sanitaire de l’État de Victoria. Mais suite à son enquête, la médiatrice a découvert que la procédure avait été prise dans la précipitation, la docteure n’ayant eu que 15 minutes pour lire et apposer sa signature au bas des papiers. Ce n’est pas elle qui a demandé au gouvernement local d’ordonner le confinement immédiat des résidents.

Précisons qu’il s’agit surtout de l’immédiateté du confinement qui est considérée par la médiatrice comme une violation des droits de l’homme. Le confinement, en soi, était justifié par la docteure. Le fait que les résidents n’en soient pas prévenus quelques heures avant et qu’il n’aient donc pas pu s’y préparer était, par contre, contraire aux droits de l’homme.

Le gouvernement refuse de s’excuser

Dans son rapport, Deborah Glass a demandé au gouvernement de présenter ses excuses et de reconnaître ‘l’impact de la détention immédiate sur la santé et le bien-être’ des résidents. Mais les autorités ont refusé.

‘Nous ne nous excusons pas d’avoir sauvé des vies. Absolument aucune excuse pour avoir sauvé des vies’, a martelé le ministre du Logement, Richard Wynne, lors d’une conférence de presse jeudi.

Dans sa réponse officielle, incluse dans le rapport de la médiatrice, le gouvernement justifie sa décision. ‘Parce que le ministère répondait à une situation d’urgence où la vie humaine était en jeu, l’aphorisme selon lequel « le mieux peut être l’ennemi du bien » est particulièrement pertinent ici. La réponse du ministère a été bonne, même si elle n’était pas parfaite’, a-t-il indiqué.

‘La prise en compte des droits de l’homme avant le début du confinement aurait mis la santé, et non la sécurité, au premier plan. Dans une société juste, les droits de l’homme ne sont pas une convention à ignorer pendant une crise, mais un cadre pour la façon dont nous allons traiter et être traités pendant le déroulement de la crise’, a répondu Deborah Glass.

La médiatrice a également estimé que ‘l’action semblait contraire à la loi’. Toutefois, à l’heure actuelle, les possibilités d’un recours judiciaire organisé par les résidents restent assez floues. Rien ne dit qu’il obtiendront un jour un quelconque dédommagement.