L’Australie devient le premier pays à instaurer une taxe spécifique pour les véhicules électriques

A Melbourne (Victoria), les véhicules électriques et hybrides seront bientôt taxés au kilomètre – Isopix

Alors que de nombreux pays tentent d’encourager l’électrification de leur parc automobile via des incitants financiers, l’Australie prend le chemin inverse. Deux États vont instaurer une taxe au kilomètre qui ne concernera que les véhicules électriques et hybrides.

Il y a quelques semaines, le gouvernement de l’État d’Australie-Méridionale a décidé d’instaurer une taxe kilométrique pour les voitures électriques et hybrides. Cette semaine, c’est au tour de l’État voisin de Victoria de lui emboîter le pas. Une mesure saluée par l’Association Australienne de l’Automobile (AAA), qui espère que la taxe sera bientôt d’application ‘au niveau national’.

Concrètement, cette mesure prévoit que les véhicules 100% électriques seront taxés de 2,5 cents (en dollars australiens) pour chaque kilomètre parcouru. Les voitures hybrides, elles, seront taxées à hauteur de 2 cents le kilomètre. Un automobiliste qui parcourt 20.000 kilomètres par an à bord d’un véhicule électrique devra dès lors payer 500 dollars australiens, soit un peu plus de 300 euros.

Cette taxe est déjà d’application en Australie-Méridionale. L’État de Victoria l’instaurera à l’été 2021.

Une taxe pour financer les routes

Ces décisions politiques suscitent de vifs débats en Australie. En effet, cette taxe au kilomètre a été spécifiquement introduite pour les véhicules électriques et hybrides. Les conducteurs de voitures à moteur thermique ne devront pas s’en acquitter.

Les autorités des États d’Australie-Méridionale et de Victoria justifient leur décision par la volonté de mettre en place un système ‘plus juste’ pour les usagers de la route, indique le trésorier de l’État de Victoria Tim Pallas.

Les propriétaires de véhicules à moteur thermique ‘pâtissent’ des taxes sur les carburants. Les utilisateurs de véhicules électrifiés, eux, y échappent. Les accises sur les carburants permettraient de financer les travaux sur les routes australiennes. Craignant qu’un attrait des Australiens pour les véhicules électriques ne fasse baisser les recettes issues de ces accises, les gouvernements des États d’Australie-Méridionale et de Victoria ont décidé que les propriétaires de véhicules électriques et hybrides participeraient désormais eux aussi au financement des routes, à travers la taxe kilométrique.

‘Alors que les gens se tournent vers les véhicules électriques et d’autres technologies à faibles émissions, les revenus provenant des droits d’accises sur les carburants diminuent, ce qui non seulement met en péril le financement des routes, mais signifie également que certains conducteurs paient pour les routes alors que d’autres ne le font pas, ce qui n’est ni un modèle équitable ni un modèle durable’, a déclaré un porte-parole de l’AAA à CarAdvice.

Les représentants des véhicules électriques fulminent

Cette taxe kilométrique imposée aux véhicules électrifiés déplaît évidemment fortement aux représentants du secteur. Behyad Jafari, directeur de l’Electric Vehicle Council’s, a qualifié cette décision de ‘désastreuse’.

‘Je ne peux exprimer ô combien c’est étrange et décevant de la part des gouvernements des États’, a-t-il déclaré, estimant que les autorités des deux États concernés avaient abandonné ‘l’électrification et la décarbonisation pour quelques dollars’.

‘Cela n’a aucun sens de continuer à brûler du pétrole étranger qui pollue notre air. Pourquoi ralentirions-nous la transition vers un air plus propre et plus sain en imposant une nouvelle taxe inutile ?’, s’est-il demandé.

En plus de prôner l’argument écologique, les détracteurs de cette taxe se questionnent sur la légitimité du principal argument avancé par les autorités, à savoir le fait que les accises sur les carburants serviraient à financer les routes.

‘C’est un mythe’, dénonce Jafari. Il explique que l’argent des accises sur les carburants n’est pas directement envoyé aux États, mais bien au fédéral. Il ne serait donc pas spécifiquement alloué aux travaux routiers qui sont, eux, bel et bien organisés par les États.

Simon Holmes à Court, du Climate and Energy College de l’université de Melbourne, indique que les accises sur les carburants ne sont plus directement injectées pour le financement des routes depuis 1959. ‘Sinon, on roulerait sur des routes en or plaqué’, a-t-il ironisé auprès du Guardian.

L’Australie est déjà à la traîne

D’après le dernier rapport du Global EV Outlook, seuls 0,6% des véhicules actuellement actifs sur les routes australiennes sont électriques ou hybrides. Dans le monde, la moyenne est de 2,9%. En Australie-Méridionale, État qui a adopté cette taxe, on ne dénombre qu’une cinquantaine de véhicules électriques neufs vendus en 2020.

Les représentants de l’électrique ont peur que cette taxe ne paralyse totalement le secteur dans leur pays. Jafari n’est pas contre une taxe visant à améliorer l’état des routes, mais il ne comprend pas pourquoi elle ne concerne que les véhicules électriques.

‘Le gouvernement a en fait décidé que c’est trop difficile [d’instaurer une nouvelle taxe globale], car c’est toujours difficile de l’expliquer à la population. La seule raison pour laquelle ils lancent des taxes sur les véhicules électriques, c’est que très peu de gens en ont’, a-t-il conclu dans les colonnes du Guardian.