Avec la troisième dose, Joe Biden s’attire les foudres de l’Afrique: « Les pays riches bafouent l’équité vaccinale »

Cette semaine, Joe Biden a annoncé que les Américains pourront commencer à recevoir une troisième dose de vaccin contre le coronavirus à partir de la mi-septembre. Une annonce qui a fait bondir la Dr Matshidiso Moeti, cheffe d’OMS Afrique.

C’était dans l’air depuis un petit temps, c’est devenu officiel mercredi dernier. A partir du 20 septembre, tous les Américains qui ont reçu leur deuxième dose de vaccin Covid huit mois auparavant pourront en recevoir une troisième. Précédemment, les personnes immunodéprimées avaient déjà reçu cette autorisation.

« C’est la meilleure façon de nous protéger des nouveaux variants qui pourraient arriver », a justifié Joe Biden.

Les Etats-Unis font partie du peloton de tête à se lancer vers cette dose de rappel, mais ils ne sont pas les premiers. C’est Israël qui est – comme depuis le début du lancement des campagnes vaccinales à travers le monde – pionnier en la matière. L’Etat hébreu permet aux 60 ans et plus de recevoir une troisième dose depuis début août. Depuis ce jeudi, la limite a même été descendue aux 40 ans et plus. Et les premiers résultats sont encourageants.

Parmi les autres pays qui vont tout prochainement sauter le pas, on retrouve, entre autres, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni. Mais aussi des pays tels que la Hongrie, la Turquie, l’Indonésie, les Emirats arabes unis ou Bahreïn, qui n’ont pas uniquement misé sur les vaccins occidentaux à ARNm (Pfizer et Moderna) et qui administrent aussi les produits chinois (Sinovac et Sinopharm) et russe (Spoutnik V).

La Dr Moeti monte au créneau

Si les Etats-Unis ne sont donc pas les premiers à autoriser la troisième dose, l’annonce de Joe Biden a visiblement été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase de Dr Matshidiso Moeti, directrice régionale du Bureau régional de l’OMS pour l’Afrique (AFRO).

Lors d’une conférence de presse, la Dr Moeti a envoyé une lourde critique à l’encontre des pays riches qui ont lancé (ou qui prévoient de le faire) les troisièmes doses.

« L’intention de certains pays d’introduire des doses de rappel constitue une menace à la promesse d’un avenir meilleur pour l’Afrique. Certains pays plus riches bafouent ainsi le principe de l’équité en matière de vaccins, en accaparant des doses », a-t-elle déploré.

Début août, l’OMS avait demandé un moratoire sur les doses de rappel des vaccins contre le coronavirus jusqu’à fin septembre. Un appel motivé par la volonté de laisser plus de doses aux pays pauvres pour qu’ils vaccinent leur population. Mais qui n’a donc pas été entendu.

Seuls 2% des 1,3 milliard d’habitants du continent africain ont été vaccinés contre le Covid-19 jusqu’à présent. Là où tous les pays cités ci-dessus – à l’exception de l’Indonésie (11%) et de la Turquie (41,4%)- dépassent les 50%, selon les chiffres de Bloomberg.

En prenant le critère économique au lieu du géographique, le tableau est encore plus frappant. D’après les données de Our World in Data, seul 1,3% des habitants des pays à faible revenu ont reçu au moins une injection de vaccin, contre 58% dans les pays à revenu élevé.

L’Afrique en mauvaise posture, face à plusieurs épidémies

A l’occasion de la conférence de presse, la Dr Moeti est allée au-delà de la simple critique vis-à-vis des pays riches. Elle a indiqué pourquoi la situation en Afrique commençait à devenir inquiétante, et tout particulièrement en Afrique de l’Ouest. Elle a ainsi rapporté qu’on y a recensé 1018 décès dus au Covid-19 lors des quatre semaines précédant le 15 août, contre 348 sur les quatre semaines précédentes. Soit une augmentation de 193%.

La cheffe d’OMS Afrique a également indiqué que le redoutable variant Delta avait fait son apparition sur 40 des 54 pays africains. En plus du coronavirus, l’Afrique doit faire face aux virus Ebola et Marburg.

« Nous sommes particulièrement préoccupés par l’Afrique de l’Ouest et nous nous attendons à ce que l’impact du Covid-19 sur les services de santé s’intensifie rapidement. En plus de la forte sollicitation des services de santé due au Covid-19, il faudra compter avec l’impact de la maladie du virus Ebola et des autres flambées. Combattre simultanément plusieurs épidémies est un défi complexe », a signalé la Dr Moeti.

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