Après plus d’un an sans parler à aucun dirigeant occidental, Loukachenko a décroché son téléphone: « Allô Angela ? »

Depuis plusieurs semaines, des migrants se massent aux frontières entre la Biélorussie et les pays de l’Union européenne (Pologne surtout, mais aussi Lituanie et Lettonie). Ce n’est pas du tout au goût de ces derniers, qui se refusent à les laisser passer. Ils se retrouvent coincés entre deux pays, dans une situation plus que tendue.

L’Union européenne soupçonne et accuse la Biélorussie de dépêcher des avions dans des pays du Moyen-Orient et d’Afrique en vue de proposer à des locaux des vols bon marché vers Minsk. De là, on leur promet un accès facile à l’Union européenne. Il s’agirait d’une vengeance organisée par le régime Loukachenko face aux sanctions économiques prises par l’UE suite à sa réélection à l’été 2020 au terme d’un scrutin fortement suspecté d’être teinté de fraude et de corruption. Voilà pour la théorie.

Pour la pratique, c’est bien différent. Ces migrants arrivent bel et bien en Biélorussie, mais le chemin vers les pays de l’UE est beaucoup moins idyllique que prévu. Ni la Pologne, ni la Lituanie, ni la Lettonie ne les accueillent les bras ouverts, loin de là. Les trois nations ont même chacune déclaré l’état d’urgence à leur frontière avec la Biélorussie.

La situation à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne est explosive. 2.000 à 3.000 migrants, principalement originaires d’Irak, se retrouvent bloqués entre les deux pays, dans des conditions de vie dantesques. On y retrouve notamment beaucoup d’enfants.

Appel Loukachenko-Merkel

Ce lundi, les relations entre la Biélorussie et l’UE se sont encore un peu plus tendues. Bruxelles a annoncé l’adoption de nouvelles sanctions à l’égard de Minsk « dans les prochains jours ». Une stratégie qui, les 27 l’espèrent, poussera la Biélorussie a cessé son instrumentalisation des migrants.

De son côté, la Pologne a fait savoir lundi qu’elle allait entamer la construction d’un mur à la frontière biélorusse. Les travaux débuteront dès décembre. Le ministre de l’Intérieur Mariusz Kaminski a qualifié ce mur « d’investissement absolument stratégique et prioritaire pour la sécurité de la nation et de ses citoyens ».

Ce lundi toujours, un appel téléphonique quasiment historique a été passé. Entre le président biélorusse Alexandre Loukachenko et la chancelière allemande Angela Merkel. C’est la première fois que le dirigeant biélorusse discute avec un homologue occidental depuis sa réélection contestée il y a plus d’un an.

D’après un porte-parole du gouvernement allemand, Loukachenko et Merkel ont discuté « de la situation difficile à la frontière entre la Biélorussie et l’Union européenne, et notamment de la nécessité d’une aide humanitaire pour les réfugiés et les migrants qui s’y trouvent ».

La conversation a duré une cinquantaine de minutes, et elle devrait être suivie d’un nouvel appel prochainement, a ajouté le porte-parole allemand.

On peut également noter que cette discussion concrétise en quelque sorte les demandes du président russe – et allié de Loukachenko – Vladimir Poutine. Ces derniers jours, celui-ci a plusieurs fois invité les dirigeants européens à discuter directement avec Minsk pour résoudre cette crise. Le contact est en tout cas établi.

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