Pourquoi la Pologne décrète l’état d’urgence à ses frontières avec la Biélorussie

Les Polonais, comme leurs voisins baltes, installent des clôtures et mobilisent leurs troupes. Contre les migrants venus de Biélorussie, mais aussi contre l’immense exercice militaire Zapad-21 que préparent les Russes.

Pourquoi est-ce important ?

Depuis la réélection du président biélorusse Alexandre Loukachenko dans un scrutin très douteux, et la répression des manifestations qui ont suivi, Biélorussie et Union européenne sont à couteaux tirés. Loukachenko semble encourager des flux migratoires pour les diriger vers les frontières orientales de l'UE, les pays baltes en particulier. Quant au rôle de la Russie, il n'est guère clair.

Depuis cet été, les républiques baltes de Lettonie et de Lituanie ont décrété l’état d’urgence face aux flux de migrants repoussés vers leurs frontières par la Biélorussie. C’est maintenant la Pologne qui prend des mesures semblables et qui mobilise sur sa frontière avec la dernière dictature communiste d’Europe. Mais si à Varsovie aussi ont ne veut pas d’une vague migratoire, c’est surtout l’ombre du Kremlin qui fait peur.

Grande répétition de guerre

La Russie compte mener un Zapad (littéralement « L’ouest » en russe), un grand exercice militaire impliquant traditionnellement Moscou et ses proches alliés, et mené en perspective d’un conflit avec l’Otan. Le plus imposant déploiement de force de ce type, Zapad-81, a réuni plus de 100.000 hommes de la Baltique à la mer Noire avec une concentration de forces principale en Biélorussie. A l’époque, les états-majors occidentaux ont sérieusement envisagé qu’il s’agissait de la préparation d’une véritable attaque générale du Parce de Varsovie.

Il est trop tôt pour estimer la taille de ce Zapad-21, qui se tiendra du 10 au 16 septembre prochains, mais il sera suivi de près par la communauté internationale du renseignement militaire. Et la Pologne suspecte justement la Russie de ne pas avoir prévenu ses voisins de tous les éléments de cette démonstration de force: « Nous utilisons tous les moyens possibles pour surveiller cet exercice et nous prenons toutes les mesures nécessaires pour neutraliser d’éventuelles menaces ou provocations », a fait valoir le ministère polonais de la Défense. Une méfiance qui rappelle celle exprimée durant le précédent exercice de ce genre, Zapad-17, durant lequel les Polonais estimaient que les Russes n’avaient pas été assez transparents sur leur déploiement.

Des barbelés autour de l’Union

A ce retour des tensions avec le Kremlin s’ajoutent donc celles qui opposent l’Union européenne dans son ensemble, et en particulier sa franche orientale, avec la Biélorussie. Ce pays utilise de manière aussi délibérée qu’assumée des migrants comme une arme pour déstabiliser des voisins. Le président Loukachenko est même suspecté d’avoir organisé un trafic humain à très grande échelle afin de repousser ces candidats à la migration vers les pays baltes et la Pologne. En réponse, ces pays ont massivement mobilisé forces armées et de police, et se sont lancés aussi dans la mise en place de clôtures aux frontières.

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