Un an après son annonce, où en est la Libra, la cryptomonnaie de Facebook?

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Il y a exactement un an, Facebook a annoncé l’arrivée de sa monnaie numérique. Mais le projet a essuyé plus de vents contraires que prévu et a changé du tout au tout.

Une monnaie numérique ‘conviviale’ qui devrait faciliter les paiements pour des milliards d’utilisateurs. C’est ce que Facebook annonçait il y a un an déjà, en même temps que toute une série de partenaires prestigieux du monde des paiements. Dans les plans originaux, vous pouviez conserver la Libra dans le portefeuille numérique Calibra, qui pouvait être lié aux applications Facebook telles que Messenger et WhatsApp. Mais depuis lors, le patron de Facebook, Marc Zuckerberg, a dû procéder à plusieurs ajustements et le projet a été retardé.

Monopole

Le mois dernier encore, le portefeuille numérique Calibra a été rebaptisé Novi. Un énième changement qui peut être interprété comme un signal que Facebook est en train de desserrer les liens entre la cryptomonnaie prévue et son portefeuille. Un lien (trop) étroit a été critiqué par les politiciens, entre autres, pour créer un possible monopole. On craignait que Facebook ne veuille lancer une sorte de monnaie mondiale numérique parallèle à laquelle on ne pourrait accéder que via les applications Facebook. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles Visa, MasterCard et Paypal ont décidé de quitter le projet.

Les organisations concernées affirment d’ailleurs que Novi Financial et la Libra Association fonctionnent indépendamment de Facebook. Mais en raison de l’imbrication technologique, de nombreux observateurs remettent cela en question. Novi Financial est une filiale californienne de Facebook, tandis que la Libra Association est une association suisse qui compte 27 membres, dont Novi, mais aussi Spotify et Uber.

Pas une, mais plusieurs monnaies

Mais le changement de direction le plus important de ces derniers mois, ce sont les évocations depuis quelque temps chez Facebook de ‘monnaies numériques’ au pluriel. Dans son livre blanc d’avril, la Libra Association propose qu’en plus de la Libra initialement prévue, qui sera garantie par un panier de monnaies mondiales, il y ait également des variantes de ‘monnaie unique’, comme une variante en dollar (libraUSD) ou une variante en euro (libraEUR). L’ambition de devenir la seule et unique monnaie mondiale est ainsi mise de côté.

Tout cela rend la mise en place de l’écosystème de la Libra immédiatement beaucoup plus compliquée, car pour chaque monnaie, il doit y avoir un pendant correspondant. Le dollar-Libra devra être compensé par de la monnaie papier du gouvernement américain. La Libra Association aura alors l’allure d’une banque centrale à plusieurs têtes.

Le nouveau patron est un expert contre le blanchiment d’argent

Afin d’apaiser les soupçons des politiciens et des régulateurs, la Libra Association a annoncé que Stuart Levey serait son nouveau CEO à partir de cet été. Il est actuellement directeur juridique du géant bancaire HSBC et a travaillé auparavant au Trésor américain en tant qu’expert en matière de lutte contre le blanchiment d’argent. Sa nomination indique que Facebook tient à empêcher la Libra de devenir une monnaie difficile à contrôler pour les circuits d’argent noir et le financement du terrorisme.

D’autre part, le portefeuille numérique Novi est également en train d’être bricolé pour que tout soit sous un cadre légal sûr. Les utilisateurs devront par exemple s’identifier à l’aide d’un document d’identité délivré par le gouvernement.

Timing

Comme le projet ne peut démarrer que si les régulateurs du monde entier donnent leur bénédiction, la date de lancement est très incertaine. Selon les plans initiaux, la monnaie numérique devrait être lancée dans un futur proche, mais après les changements de cap, il est peu probable qu’elle soit lancée d’ici la fin de 2020. Levey devra en outre choisir entre un déploiement progressif ou complet.

Le fait que le patron de Facebook, Marc Zuckerberg, préfère avoir des services financiers supplémentaires sur sa plateforme aujourd’hui plutôt que demain est en tout cas clair. En début de semaine, la filiale Whatsapp a lancé un nouveau service de paiement numérique, avec le Brésil comme premier pays.

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