Le grand déballage: un expert de l’OMS envoyé à Wuhan raconte comment la Chine l’a empêché de travailler librement, Pékin plonge dans l’hermétisme

En cette fin de semaine, les relations entre la Chine et l’OMS, qui recherche toujours l’origine du coronavirus, viennent de se détériorer encore un peu plus. Les langues se délient: on est désormais très loin de la clémence affichée pendant plus d’une année par l’agence onusienne envers Pékin.

Le mois dernier, le patron de l’OMS, Adhanom Ghebreyesus, avait amorcé le changement d’attitude de son agence envers la Chine. Là où ses collèges et lui avaient longtemps rejeté l’hypothèse d’une fuite du coronavirus d’un laboratoire de l’Institut de virologie de Wuhan, il avait indiqué que de tels accidents « arrivaient » et qu’ils étaient même « courants« .

Dans la foulée, l’OMS avait demandé à la Chine de pouvoir effectuer une deuxième mission sur son sol. Ce à quoi Pékin s’était vivement opposé.

Ces derniers jours, les tensions entre l’agence et la Chine sont encore montées en température.

« Il n’y a pas de chauve-souris à Wuhan »

Dans un documentaire diffusé ce jeudi sur la chaîne de télévision danoise TV2, l’un des enquêteurs de l’OMS parti à Wuhan en début d’année a décidé de raconter les pressions qui ont été mises sur son équipe. D’après lui, le principal tracas des responsables chinois était de savoir le sort que réserverait l’OMS à l’hypothèse de l’accident de laboratoire dans son rapport final.

« Au début, ils voulaient qu’il n’y ait rien au sujet du laboratoire [dans le rapport], parce que [selon eux] c’était impossible, et qu’il n’était donc pas nécessaire de perdre du temps là-dessus », a témoigné M. Ben Embarek. « Nous avons insisté pour l’inclure, car cela faisait partie de toute la question de l’origine du virus ».

Le scientifique danois explique que son équipe est parvenue à convaincre les Chinois d’évoquer cette piste, « à condition qu’ils ne recommandent aucune étude [supplémentaire] pour approfondir cette thèse ».

Finalement, les experts de l’OMS ont conclu dans leur rapport que cette hypothèse était la « moins probable ». Ils l’ont classée en quatrième et dernière position, le scénario le plus plausible étant selon eux une contamination via un animal proche de l’Homme.

À la télévision danoise, M. Ben Embarek a ensuite avancé une théorie mixant celle de la transmission animale et celle de la fuite du laboratoire. Il a indiqué qu’il n’y avait aucune chauve-souris vivant à l’état sauvage dans la région de Wuhan. Dès lors, selon lui, le patient zéro pourrait être un employé de l’Institut de virologie de Wuhan qui aurait, dans le cadre de ses recherches, été en contact avec une chauve-souris porteuse du virus.

Le scientifique danois a toutefois précisé qu’il ne s’agissait là que d’une hypothèse – qu’il juge « probable » – impossible à vérifier dans la mesure où son équipe… « n’a pas eu l’occasion de consulter la moindre documentation ». « Nous avons eu droit à une présentation, puis nous avons pu parler et poser les questions que nous voulions poser », et c’est tout, a-t-il raconté.

L’OMS frappe à nouveau à la porte…

En parallèle de la diffusion de cette interview, l’OMS a réitéré la demande qu’elle avait formulée il y a quelques semaines à la Chine. Elle a notamment indiqué qu’elle avait besoin de « toutes les données » sur le Covid pour enquêter sur l’hypothèse d’une fuite de laboratoire.

Pour ce faire, elle a appelé tous les gouvernements du monde à coopérer pour accélérer les enquêtes visant à trouver l’origine du Covid dans un « esprit de partenariat » et a appelé à « dépolitiser la situation. » Elle a notamment ciblé la Chine, l’exhortant à lui livrer ses données brutes sur ses premiers cas de coronavirus, qualifiées « d’importance vitale ».

« L’OMS réaffirme que la recherche des origines du Sars-CoV-2 n’est pas et ne doit pas être un exercice d’attribution de blâme, de désignation de coupables ou de pointage politique. Afin d’aborder l' »hypothèse du laboratoire », il est important d’avoir accès à toutes les données, de tenir compte des meilleures pratiques scientifiques et d’examiner les mécanismes que l’OMS a déjà mis en place », a-t-elle déclaré via un communiqué.

… mais se heurte à un mur

Comme attendu, la Chine a répondu ce vendredi par la négative. Elle a affirmé rejeter le « traçage politique » mais soutenir la coopération scientifique, a rapporté le Global Times. Ma Zhaoxu, vice-ministre des Affaires étrangères, a précisé que la Chine continuera à mener de son côté des recherches « de suivi et complémentaires » sur l’origine du Covid-19, comme cela a été spécifié dans le rapport conjoint de l’OMS.

« Les conclusions et recommandations du rapport conjoint de l’OMS et de la Chine ont été reconnues par la communauté internationale et la communauté scientifique », a avancé M. Ma. Une affirmation un brin provocatrice, dans la mesure où de nombreux experts occidentaux ont remis en doute la fiabilité de ce rapport. Ils estiment que la Chine l’a fortement influencé. Une impression qui a donc été confirmée cette semaine par M. Ben Embarek, l’un des principaux concernés.

Près de deux ans après l’apparition des premiers cas de coronavirus en Chine, le pays semble se refermer totalement sur lui-même. Il parait bien décidé à empêcher toute autre enquête sur ses terres, et donc à tenter de faire de la piste de la transmission de l’animal à l’homme (sans aucun lien avec l’Institut) la solution définitive à l’international. Tout en laissant penser à ses propres citoyens, à coups de fake news farfelues, que le coronavirus pourrait très bien être né… aux Etats-Unis.

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