Le ‘bazooka bancaire’ est un pistolet à eau: les PME ignorent le fonds de 50 milliards d’euros

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En avril, l’État belge a consacré 50 milliards d’euros sur des garanties d’État pour des prêts d’urgence accessibles aux PME et aux entreprises pour surmonter la crise. Mais ce fonds est à peine utilisé.

Les prêts bancaires avec ‘garantie de l’État’ pour le coronavirus s’élevaient à la fin du mois d’octobre à 1,6 milliard d’euros, rapporte la Banque Nationale. Cela représente à peine 3,2% de ce qui est disponible, soit 50 milliards d’euros.

Surnommé le ‘bazooka bancaire’, le système de garantie a été lancé fin mars par le ministre des Finances de l’époque et actuel Premier ministre, Alexander De Croo (Open Vld). Pour éviter que les financements ne se tarissent pas suite à la crise du coronavirus. Mais le programme démarre très mal dans les premiers mois. Il est donc adapté pour mieux répondre aux besoins spécifiques des PME. De nombreuses petites et moyennes entreprises ont estimé que la durée autorisée pour le crédit (un an) était trop courte.

Mystère

Dans la nouvelle version, une tranche de 10 milliards a été réservée pour les prêts bancaires d’une durée de maximum 3 ans. Mais même après cet ajustement, le bazooka manque sa cible. Les entreprises continuent d’ignorer largement le système de garantie. En Flandre, seuls 6% des PME l’ont utilisé, selon l’organisation patronale Unizo.

Les experts ne savent pas expliquer ce manque d’intérêt pour le programme. Une hypothèse est que de nombreuses entreprises n’ont pas encore besoin de contracter un prêt ou ne sont simplement pas disposées à payer le supplément de garantie de 0,5% en plus des intérêts. La durée de 3 ans peut également être encore considérée comme trop courte pour intéresser les PME.

Un succès: le report de paiement

Le régime de garantie d’État pour de nouveaux prêts est associé à une autre mesure d’aide, mais cette fois-ci pour les crédits existants. Les entreprises ayant un prêt en cours peuvent demander à leur banque un report de paiement. Ce dispositif qui devait durer 6 mois a été prolongé jusqu’à la fin de l’année 2020. Et peut-être même jusqu’en 2021.

Cette mesure d’aide est par contre utilisée en masse. Les entreprises – et plus particulièrement les PME – se sont vu accepter un report pour un montant total de 22,5 milliards d’euros (au 25 octobre). Les petites et moyennes entreprises belges ont demandé ce moratoire sur près de 18% de leurs dettes bancaires, estime la Banque Nationale. Et cela principalement pour des prêts à court terme.

Et après le 31 décembre ?

En novembre, le gouvernement fédéral a annoncé que le système de garantie d’État sera étendu jusqu’au 30 juin 2021. Le nouveau ministre des Finances Vincent Van Peteghem (CD&V) négocie actuellement avec le secteur bancaire sur de nouvelles conditions. L’une des options est d’allonger la durée du prêt. Il ne commentera pas le dossier tant qu’une nouvelle charte ne sera pas finalisée.

Mais ce qui intéresse le plus les PME, c’est une extension du droit de report des mensualités pour leur prêt. C’est également sur la table des négociations. ‘La fin de l’année est très proche. Nous recevons beaucoup de questions d’entrepreneurs concernés qui veulent savoir si l’accord avec les banques est déjà conclu’, a déclaré Unizo.

Cette prolongation pourrait toutefois être limitée au 31 mars 2021. Les banques sont en effet énormément sous pression à cause des superviseurs européens qui leur demandent de surveiller leurs prêts de plus près. Les 4 grandes banques de Belgique (BNP Paribas Fortis, KBC, ING et Belfius) ont déjà précisé à la Banque Nationale qu’elles avaient renforcé les conditions d’accès à un crédit au cours du 3e trimestre et qu’elles les restreignent encore plus en cette fin d’année. Ils affirment également que la demande de crédit de la part des PME est en baisse, car de nombreux chefs d’entreprise n’ont pas l’intention de se lancer des investissements majeurs pour le moment.

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