Est-ce le début de la fin pour Elon Musk en Chine ? Les appels au boycott et aux sanctions contre Tesla se multiplient, à cause de SpaceX

« Elon Musk est peut-être la personnalité de l’année selon le magazine Time, mais il n’est pas la saveur du mois en Chine », écrit le Washington Post. Et pour cause. L’homme d’affaires américain est dans la tourmente après que Pékin a introduit une plainte auprès de l’ONU vis-à-vis des satellites lancés par SpaceX pour le réseau Internet Starlink. Ce qui fait tache d’huile.

Ce mardi, le monde a appris que la Chine avait déposé plainte auprès du Bureau des affaires spatiales des Nations unies. Elle déplore le fait que sa nouvelle station spatiale a dû manœuvrer à deux reprises dans le courant de cette année en vue d’éviter une collision avec un satellite de SpaceX.

La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre partout sur Terre, et elle a été fortement mise en avant par les médias étatiques chinois, rapporte le Washington Post. « Les États-Unis prétendent être un ardent défenseur du concept de ‘comportement responsable dans l’espace’, mais ils n’ont pas respecté leur traité et ont fait peser une grave menace sur la sécurité des astronautes », a déclaré le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Zhao Lijian, en référence au Traité sur l’espace extra-atmosphérique de 1967.

Les internautes chinois s’indignent

Le radiodiffuseur national chinois CCTV a quant à lui mis en ligne une vidéo critiquant SpaceX, avec le hashtag « Les États-Unis introduisent leurs doubles standards dans l’espace ». La vidéo et d’autres posts tagués avec le hashtag ont récolté plus de 30 millions de vues.

Dans la foulée, de nombreux internautes chinois s’en sont pris à SpaceX, l’un qualifiant les satellites de Starlink de « simple tas de déchets spatiaux », un autre « d’armes de guerre spatiale américaines ». « Les risques de Starlink sont progressivement exposés, l’ensemble de la race humaine va payer pour leurs activités commerciales », a commenté un autre internaute chinois.

Immédiatement, les critiques ont également touché Elon Musk lui-même, un internaute le décrivant comme « une nouvelle arme créée par le gouvernement et l’armée américains ».

Puis, ce qui devait arriver arriva: Tesla a elle aussi subi la colère des internautes chinois, avec notamment des appels au boycott et aux sanctions. « Nous ne pouvons pas laisser Musk manger la nourriture de la Chine tout en brisant la marmite de la Chine », a déclaré un utilisateur de Weibo, le Twitter local. « Je n’achèterai certainement pas Tesla », a annoncé un autre.

Parmi les internautes qui se sont indignés face à Elon Musk et ses deux entreprises phares, il n’y a pas que des personnes lambda. Certains influenceurs chinois s’en sont également donné à cœur joie. C’est notamment le cas de Dan Bin, qui conseille quotidiennement ses près de 13 millions de followers sur les actions à acheter. « Premier arrivé, premier servi. Nous pouvons en envoyer 100 000 en premier », a-t-il publié, en référence aux 40.000 satellites que SpaceX entend déployer pour Starlink.

Simple secousse ou début d’un naufrage ?

Elon Musk a toujours admiré la Chine, laquelle le lui a souvent bien rendu. Certains de ses hommes d’affaires les plus importants ont plusieurs fois souligné son talent. Tout récemment, sa publication d’un poème en chinois sur Weibo a encore fait le buzz. Il a même réussi à s’acoquiner avec les autorités, Tesla ayant reçu la (très rare) autorisation d’exploiter son usine de Shanghai seule, alors que les constructeurs automobiles étrangers sont habituellement tenus de s’associer à un partenaire chinois.

Toutefois, les nuages s’amoncellent depuis quelques mois dans le ciel chinois d’Elon Musk. Malgré un coup de mou estival, les ventes de Tesla y ont récemment à nouveau atteint des chiffres encourageants. Mais elle sort d’une année difficile, notamment marquée par des interruptions de la production dans certaines usines chinoises qui fournissent Tesla, demandées par Pékin pour répondre à la crise énergétique.

Tesla s’est aussi heurtée à un bad buzz en juin, lorsqu’elle avait rappelé 285.000 voitures sur le marché chinois après qu’une enquête a montré que son logiciel de conduite assistée pouvait provoquer des collisions.

Les régulateurs chinois ont également mis en doute la qualité des Model 3 de Tesla produits à Shanghai. Il ne faut pas non plus oublier que la Chine n’autorise plus les militaires à utiliser les véhicules Tesla, craignant que les voitures du constructeur automobile américain ne soient utilisées à des fins d’espionnage. Enfin, il y a la concurrence chinoise qui devient de plus en plus sérieuse, avec, entre autres, Nio et Xpeng.

Ce nouvel épisode autour de SpaceX et les appels au boycott de Tesla qui y ont trait semblent obscurcir encore un peu plus les perspectives d’Elon Musk en Chine. Cela « laisse présager des défis à venir pour Musk, car les affaires sont de plus en plus considérées sous l’angle de la sécurité nationale à Pékin et à Washington », note le Washington Post.

Pour l’instant, ni Elon Musk ni ses entreprises n’ont réagi à cet incident.

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