En Indonésie, les jeunes sont prioritaires pour recevoir le vaccin. Pourquoi?

CoronaVac, le vaccin contre le Covid-19 de la société chinoise SinoVac. L’indonésie est le premier pays, après la Chine, à l’avoir autorisé. (Isopix)

Lorsque l’Indonésie a lancé son programme de vaccination, le président Joko Widodo était l’un des premiers à recevoir le vaccin. À 59 ans, il est passé de justesse dans les mailles du filet. En effet, selon les directives du pays, les vaccins sont réservés aux personnes de moins de 60 ans. Avec ce plan, l’Indonésie va à contrecourant des campagnes de vaccination dans les autres pays. Pourquoi ?

L’Indonésie est un archipel qui compte des milliers d’îles. 860.000 cas de coronavirus ont été confirmés et 25.000 personnes en sont décédées depuis le début de la pandémie. C’est l’un des pays asiatiques les plus touchés.

Deux raisons

Le gouvernement a donné deux raisons principales à son approche totalement différente de la vaccination. D’une part, les autorités sont préoccupées par ce qu’elles ont décrit comme un ‘manque de recherche adéquate’ sur les effets du vaccin CoronaVac, de la société chinoise Sinovac. Les essais en Indonésie n’avaient pas inclus de participants âgés de plus de 60 ans.

Mais la raison principale est que la vaccination des jeunes serait un meilleur moyen pour endiguer la transmission du virus. Le ministre de la Santé, Budi Gunadi Sadikin, a expliqué que le gouvernement voulait cibler ‘ceux qui sont susceptibles de l’attraper et de le transmettre’. En Indonésie, c’est dans la population active qu’on retrouve le plus de cas: c’est là que se trouve la première source de contaminations.

Le président Joko Widodo était le premier Indonésien à recevoir le vaccin chinois CoronaVac. (Isopix)

Le vaccin chinois

L’Indonésie a approuvé le vaccin chinois pour une utilisation d’urgence après avoir annoncé qu’il était efficace à 65,3%. Cela fait de l’Indonésie le premier pays, après la Chine, à accepter ce vaccin. Mais une analyse brésilienne publiée cette semaine a montré que l’efficacité du CoronaVac était encore plus faible. Elle ne serait que légèrement supérieure à 50%. Cela inquiète le pays sud-américain, qui a connu l’une des pires épidémies de Covid-19 au monde et qui compte énormément sur le vaccin chinois.

Comme de nombreux pays, l’Indonésie a réservé des doses de plusieurs vaccins – dont ceux de Pfizer-BioNTech et AstraZeneca – mais elles seront distribuées à une date ultérieure. Le gouvernement indonésien veut d’abord vacciner environ 1,5 million de membres du personnel des soins de santé d’ici février. Les policiers, les militaires, les enseignants et les fonctionnaires auront ensuite la priorité avant que le vaccin soit distribué à la population de moins de 60 ans.

Ménages intergénérationnels

L’Indonésie espère qu’en ralentissant la propagation parmi les jeunes, elle réussira à protéger les personnes âgées des contaminations dans la sphère familiale. De nombreux ménages rassemblent souvent grands-parents, parents et enfants sous le même toit. Il est donc difficile d’isoler les personnes âgées des plus jeunes.

La plupart des autres pays ont une approche radicalement différente pour leur vaccination. Ils donnent la priorité aux plus âgés, car ils ont plus de risques de souffrir de symptômes graves, voire de décéder de la maladie. Quelle est donc la bonne stratégie ?

La plupart des experts affirment que le choix de commencer par les plus jeunes pour limiter la propagation se justifie scientifiquement. Mais les gouvernements seront confrontés à un dilemme moral : réduire la transmission ou empêcher les gens de tomber gravement malades et de mourir.

Deux inconvénients

Si l’Indonésie réussit à vacciner un grand nombre de personnes susceptible de propager fortement le virus, cela devrait réduire par conséquent le nombre de décès. Cependant, il faudra un peu plus de temps pour observer ce résultat. Les pays qui ont choisi de vacciner en premier les personnes âgées verront plus rapidement une baisse des décès.

En outre, la vision indonésienne de la vaccination ne fonctionne que si le vaccin bloque bel et bien les transmissions. Certaines études laissent penser que le vaccin ne nous empêchera pas de devenir porteurs du virus, combattant seulement les symptômes. Il est actuellement beaucoup trop tôt pour voir comment le nombre de cas évoluera à mesure qu’un nombre croissant de personnes dans le monde recevra le vaccin.