Washington sous haute tension: les Proud Boys débarquent pour 48h, leur leader déjà arrêté

Enrique Tarrio (à gauche) a été arrêté à la veille d’une manifestation de deux jours très redoutée par les autorités de Washington D.C – Isopix

Ce mercredi, le Congrès doit voter la certification de l’élection de Joe Biden à la tête des États-Unis. Ce qui n’est pas au goût des Proud Boys, le groupe américain d’extrême-droite fervent supporter de Donald Trump. Ses membres ont prévu de manifester dans les rues de Washington D.C. En marge de cette action, le leader du mouvement, Enrique Tarrio, a été arrêté.

Fraîchement débarqué de sa Floride natale, le leader des Proud Boys Enrique Tarrio a été arrêté par la police ce lundi à Washington D.C. Il a été inculpé pour destruction de bien de l’église Asbury United, plus ancienne paroisse afro-américaine méthodiste de la capitale fédérale américaine. Dans une interview accordée au Washington Post, le leader des Proud Boys avait reconnu avoir participé au vol et à la mise à feu d’une bannière ‘Black Lives Matter’ de cette église. Cet acte avait été perpétré lors des violentes manifestations organisées à la mi-décembre à Washington D.C.

En outre, lors de l’arrestation, la police a retrouvé sur Tarrio deux armes à feu à haute capacité, illégales. Cela lui vaudra des poursuites supplémentaires, a indiqué la Metropolitan Police Department (MPD).

Ce lundi, l’église historique Metropolitan AME, dont les membres appartiennent eux aussi majoritairement à la communauté afro-américaine, a également annoncé qu’elle attaquait en justice le leader des Proud Boys et plusieurs autres membres de la milice pour ‘avoir commis des actes de terreur et vandalisé des biens de l’Église dans le but d’intimider l’Église et de faire taire son soutien à la justice raciale’ lors des manifestations du mois dernier.

Washington prend les devants

L’arrestation de Tarrio se produit alors que les Proud Boys projettent de manifester pendant 48 heures, ces mardi et mercredi, dans les rues de Washington lors de ce qu’ils appellent une ‘Marche pour Trump’. Ils désirent protester contre la certification de l’élection de Joe Biden par le Congrès, prévue pour mercredi.

Avant son arrestation, Tarrio avait annoncé que ces manifestations devraient prendre une tournure record. ‘Les Proud Boys ne porteront pas leur tenue noire et dorée typique, mais « se disperseront » dans le centre-ville de Washington « incognito »’, a-t-il posté sur le réseau social américain Parler. Donald Trump lui-même a encouragé ses partisans à le soutenir dans sa lutte contre la certification de l’élection de Biden, pour laquelle il crie à la fraude électorale sans parvenir à la prouver.

La ville de Washington craint que ces actions dégénèrent, comme ce fut le cas à la mi-décembre. Plusieurs personnes avaient été poignardées et des dizaines de manifestants avaient été arrêtés. Afin d’éviter pareilles violences, la maire de la ville, Muriel Bowser, a requis la présence dans les rues de plus de 300 membres de la Garde nationale, une réserve de citoyens-soldats qui servent à temps partiel.

En outre, Bower a conseillé aux habitants de la capitale de ne pas se rendre dans le centre-ville lors des deux prochains jours et de ne pas répondre aux provocations des Proud Boys. La police a quant à elle indiqué que le port d’arme ne serait pas toléré.

Insurrection Act

Si les manifestations devaient tourner à l’affrontement entre les Proud Boys et des contre-manifestants et que ces débordements n’étaient pas assez bien canalisés, certains observateurs craignent que Trump n’en profite pour utiliser l’Insurrection Act, une loi qui autorise le président à déployer l’armée sur le territoire américain dans le cas où les États ne parviennent pas à mettre fin eux-mêmes aux troubles.

Les analystes s’inquiètent du fait que Trump utilise l’armée en vue de bloquer la transition du pouvoir au président élu Joe Biden. Ce dimanche, dix anciens secrétaires à la Défense – dont plusieurs républicains – ont tenu à rappeler que les tribunaux avaient déjà analysé les plaintes pour fraude électorale sans y donner suite. Ils ont également rappelé que l’armée n’avait pas de rôle à jouer dans cette affaire, demandant à l’actuel chef du Pentagone par intérim, Christopher Miller, de s’abstenir soutenir Trump dans sa volonté d’entraver le processus menant à l’investiture de Biden.

‘Les efforts visant à impliquer les forces armées américaines dans la résolution des différends électoraux nous mèneraient sur un territoire dangereux, illégal et inconstitutionnel’, ont-ils affirmé. ‘Les responsables civils et militaires qui dirigent ou exécutent de telles mesures seraient tenus de rendre des comptes, y compris en faisant éventuellement l’objet de sanctions pénales.’

Soulignons enfin qu’un autre événement déterminant aura lieu ce mardi: le second tour des élections sénatoriales en Géorgie. Cette élection déterminera qui des républicains ou des démocrates détiendra la majorité au Sénat. Si les républicains gagnent un des deux sièges en jeu, ils conserveront leur majorité pendant au minimum deux ans, ce qui compliquera sérieusement le champ d’action de l’administration Biden.