Pris la main dans le sac: Trump demande au secrétaire d’État de Géorgie de lui ‘trouver 11.780 votes’ (audio)

EPA-EFE/Oliver Contreras

Au cours d’une surprenante conversation téléphonique, dont un enregistrement a été remis au journal Washington Post, le président américain Donald Trump a demandé à Brad Raffensperger, le secrétaire d’État républicain de la Géorgie, ‘de trouver 11.780 voix’ et de tourner l’élection à son avantage.

Sur l’enregistrement audio, on peut entendre Donald Trump alterner les flatteries envers Brad Raffensperger et les menaces.

‘Tout ce que je veux faire, c’est ça: je veux trouver 11.780 voix. Ce qui est une de plus que ce que nous avons, parce que nous avons remporté l’État. Nous avons gagné les élections et il n’est pas juste de nous enlever cela comme ça (…) Je pense que vous devriez dire que vous allez reconsidérer votre position, mais vous devez le faire avec les personnes qui veulent des réponses, pas avec celles qui ne veulent pas de réponses.’

Donald Trump mentionne également au passage la théorie du complot selon laquelle du matériel de vote de l’entreprise Dominion aurait été saboté et des voix détruites. Ces dernières semaines, Dominion a poursuivi en justice des dizaines de présentateurs télé et des chaînes de télévision qui ont contribué à répandre ces rumeurs, qui ne reposent sur aucune preuve.

‘Monsieur le Président, le problème est que les informations dont vous disposez sont erronées’, rétorque un Brad Raffensperger irrité. La bataille des urnes en Géorgie a été si serrée qu’il y a déjà eu trois recomptages. Encore et toujours avec le même résultat: deux bulletins de vote auraient dû être rejetés. Sans aucune indication de fraude.

‘Il est impossible que j’aie perdu la Géorgie’, a encore affirmé Donald Trump. Il prétend avoir gagné l’État avec ‘des centaines de milliers de voix’ d’avance.

‘Vous savez ce qu’il s’est passé et vous ne le signalez pas. C’est un crime.’

Au milieu de la conversation, on peut entendre Trump rappeler à Raffensperger qu’il est républicain. ‘Vous savez ce qu’il s’est passé et vous ne le signalez pas. C’est un crime et vous ne pouvez pas laisser cela se produire. Vous prenez un risque énorme. Ils ont détruit des bulletins de vote et enlevé du matériel. C’est ce que j’ai entendu dire. Ce sont deux activités criminelles que vous ne pouvez pas laisser se produire. Mais vous avez laissé faire. Je veux dire, je vous informe que vous êtes en train de laisser cela se produire.’

Selon Donal Trump, il est important d’agir très vite. ‘Il faut que cela se fasse demain. Une nouvelle élection est prévue [le 5 janvier, l’État élit deux sénateurs] et les gens sont en colère. Le peuple de Géorgie sait que tout cela n’était qu’une escroquerie. Ils sont en colère contre ce qui a été fait à leur président. C’est pourquoi beaucoup de gens ne voteront pas. Si vous faites ce que vous avez à faire avant l’élection, vous serez respecté.’

L’enregistrement a lieu samedi. Mercredi, la Chambre des représentants doit ratifier les résultats du Collège électoral et ensuite la victoire de Joe Biden.

12 sénateurs républicains ont d’ores et déjà déclaré qu’ils s’opposeraient à cette ratification. Non pas parce qu’il y a des preuves de fraude électorale, mais parce que le président dit qu’il y a eu fraude électorale. Selon eux, c’est suffisant pour exiger une nouvelle enquête.

Ce que fait Trump est-il punissable?

En attendant, les juristes se demandent si ce qu’a fait Donald Trump est punissable.

Selon Anthony Michael Kreis, juriste à l’université de Géorgie, le code de l’État stipule ‘que quiconque demande, commande ou tente d’encourager quelqu’un à commettre une fraude électorale est coupable d’incitation à la fraude électorale.’

‘Le président a demandé au secrétaire d’État de trouver des votes, de créer des votes qui n’étaient pas là. Non seulement il a demandé cela pour réduire la marge spécifique dont dispose Joe Biden, mais il a également déclaré que « nous avons besoin d’une voix supplémentaire pour assurer la victoire en Géorgie ». Quelle que soit votre interprétation de la loi, vous ne trouverez jamais un moyen de prétendre que le président n’a pas enfreint la loi dans le cas présent.’

Le ‘smoking gun’ ultime

Sur CNN, le journaliste du Watergate Carl Bernstein a qualifié l’enregistrement audio de ‘smoking gun’ ultime. Et une preuve des tentatives de Donald Trump de ‘saper le système électoral et de tenter de commettre un coup d’État illégal, inapproprié et immoral, lui permettant de rester président des États-Unis.’

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