Se dirige-t-on vers une fermeture des frontières?

Alexander De Croo (Open Vld), Frank Vandenbroucke (Sp.a) – Isopix

Au niveau des chiffres, notre pays fait figure d’exception en comparaison avec ses voisins. Un relatif équilibre mis en danger par le retour de plusieurs dizaines de milliers de vacanciers. Le variant britannique et désormais sud-africain, plus contagieux, ont pénétré sur notre territoire.

La situation au Royaume-Uni est très préoccupante. Boris Johnson l’annoncé hier: la vaccination se fera bientôt 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Son voisin, l’Irlande, qui faisait figure de bon élève est aujourd’hui le pays le plus touché d’Europe. En cause, le variant britannique du coronavirus.

Il fait son apparition début décembre. Très vite, la Belgique, comme de nombreux autres pays, décide de fermer ses frontières avec le Royaume-Uni. Conséquence: un avant-goût de Brexit et des files monstres aux frontières. La fermeture stricte ne dure que quelques heures.

Au vu de la situation épidémiologique plutôt favorable de notre pays, certains experts et politiques veulent à nouveau étudier cette question. Avec la perspective des vacances de Carnaval, la grande crainte est de voir de nombreux Belges partir à l’étranger et ramener toutes sortes de variants sur notre territoire.

Chacun y va de son avis.

‘Mon avis personnel, c’est qu’il ne doit pas y avoir de vacances à l’étranger au Carnaval, s’il y a un risque d’aggravation. La situation est très instable sur le plan international. Mais ça ne relève pas de mes compétences’,

Christie Morreale (PS), ministre wallonne de la Santé ce mercredi au Parlement wallon.

‘Nous avons fermé les frontières lors du premier confinement, ce qui a engendré une série de problématiques, pour les zones frontalières par exemple. Il est clair que si nous fermons les frontières, il faut quand même permettre aux personnes qui travaillent de l’autre côté de la frontière, aux personnes qui ont de la famille ou des gardes partagées d’enfants de voyager. Il faut être prudent.’

David Clarinval (MR), ministre fédéral des Indépendants et des PME. Sur la RTBF ce mercredi.

‘Je n’ai pas la conviction que décréter une fermeture stricte des frontières soit réaliste, nonobstant toutes les exceptions qui existent. Premièrement, ne perdons pas de vue que pour les étrangers, c’est la Belgique qui est problématique. Deuxièmement, le fait d’être contraints de rester entre nos murs ne sera pas compatible avec le fait de ne pouvoir côtoyer qu’une personne. Cela donnera naissance à une explosion de prétextes pour ne pas respecter la règle et cela ne rendra pas service à la cause sanitaire.’

Maxime Prévot, président du cdH et bourgmestre de Namur.

Vers une fin des exceptions ?

Du côté du ministre de la Santé, son cabinet affirme que ‘la fermeture des frontières n’est pas à l’ordre du jour’. On se rend compte que pour un pays de transit comme la Belgique, cela reste très compliqué.

La semaine dernière, le ministre flamand de la Santé, Wouter Beke (CD&V) voulait revoir le système de quarantaine qui offre selon lui une trop grande liberté ou qui n’est pas respecté. Rappelons que pour le moment, les personnes revenant de zone rouge lors d’un voyage de plus de 48 heures doivent impérativement remplir le Formulaire de Localisation du Passager. Le formulaire d’auto-évaluation demeure, mais dans l’immense majorité des cas, ces personnes doivent se mettre en quarantaine pour 7 jours et en sortir avec un test négatif.

Le souci, c’est que seuls  37% des Belges revenant d’un séjour de plus de deux jours dans un pays situé en zone rouge ont effectivement passé un test PCR. Le ministre flamand de la Santé envisagent des contrôles plus stricts, mais également la fin des exceptions pour les voyages d’affaires et la règle des 48 heures.

Les scientifiques ont un avis encore plus tranché. Le biostatisticien Geert Molenberghs a clairement appelé à la fermeture des frontières pour empêcher les variants contagieux de trop pénétrer sur notre territoire. Le microbiologiste Emmanuel André affirmait lui que les voyages internationaux et les trop grandes différences de traitement entre les pays nous conduisaient tout droit vers une 3e vague.