Pourquoi vous n’êtes pas près de voir le vaccin de Pfizer dans votre pharmacie

Coïncidence ou pas, les deux entreprises pharmaceutiques Pfizer et BioNtech ont présenté leur ‘vaccin efficace à 90%’, une fois Joe Biden quasi élu. Ce qui n’est pas une coïncidence, c’est que les deux sociétés ont pu le présenter avant l’ouverture des Bourses américaines. Mais, un vaccin efficace à 90%, que cela signifie-t-il? Quand sera-t-il disponible chez nous ?

Des recherches menées auprès de 43.538 patients en phase 3 ont montré que le vaccin fonctionne presque parfaitement contre le virus. Celui qui se le fait administrer serait protégé du Covid-19 28 jours plus tard. Mais il faut apporter une certaine nuance. Ce sont des résultats préliminaires. Avec plus de recherche, sur un plus grand échantillon, ces données pourraient changer. Mais les experts n’en demandaient pas tant: ‘Cela ne peut pas être beaucoup mieux à ce stade’.

Ses caractéristiques remarquables

  • Aucun problème de santé grave n’a été signalé auprès des participants.
  • Le vaccin est censé protéger contre le Covid-19 pendant plus d’un an.

Qu’est-ce que cela signifie quand un vaccin est efficace à 90%?

Le pourcentage est énorme, car il se positionnerait juste derrière le vaccin contre la rougeole, efficace environ à 95%. En comparaison, le vaccin contre la grippe n’atteint pas une efficacité supérieure à 40-60%.

Disponible quand?

C’est la question à 1.000 points. Même au cas où le vaccin de Pfizer et BioNTech satisfait les régulateurs européens et américains des médicaments d’ici fin novembre, les deux laboratoires préviennent déjà qu’ils ne pourront pas délivrer plus de 50 millions de doses d’ici fin 2020. De plus, chaque personne doit recevoir 2 doses avant que le vaccin ne fonctionne correctement.

Une grande partie du stock est déjà réservée aux États-Unis. Du côté européen, la Commission européenne et Pfizer / BioNTech négocient un contrat pour la fourniture de 300 millions de doses. Mais ces négociations ne sont pas encore pleinement conclues. Car la Commission attend justement l’avis de l’Agence européenne des médicaments (EMA). Du côté américain, et même japonais, 100 millions et 120 millions de doses ont déjà été commandées et payées.

Pour qu’une grande partie de la population européenne ait accès à 1,3 milliard de doses (650 millions d’habitants x 2 doses pour chacune), il faudra probablement attendre 2021.

Au niveau belge, la société BioNtech fait partie des sociétés avec qui l’État belge négocie (avec 6 autres entreprises). Coup de chance, le vaccin de Pfizer est fabriqué pour moitié en Belgique. Cela facilitera-t-il son accès sur notre territoire ? Il est encore trop tôt pour le dire. Le porte-parole du ministre de la Santé Franck Vandenbroucke (sp.a) nous a fait savoir que la décision pourrait tomber la semaine prochaine: ‘Lundi, l’agence belge des médicaments émettra un avis, après quoi les ministres de la Santé prendront la décision finale de s’inscrire plus tard dans la semaine.’

Les premiers payeurs devraient être les premiers servis: on retrouve les Américains, les Japonais, le Royaume-Uni, le Canada et l’Australie, qui ont tous effectué des précommandes.

Mais ce n’est pas tout. Ce vaccin nécessite également un stockage à froid extrême (moins 70 degrés), ce qui fait de la distribution un défi logistique gigantesque. Par conséquent, il est fort possible que d’autres vaccins candidats, s’ils s’avèrent efficaces, soient plus largement utilisés. On peut difficilement imaginer chaque pharmacie du monde disposer d’une chambre de refroidissement aussi puissante.

Les antivax encore plus déterminés

Ensuite, il y a le problème de la vaccination en elle-même. Les recherches les plus récentes du Forum économique mondial montrent que seules 3 personnes sur 4 accepteraient d’être vaccinées. En France, cela tombe même à 1 sur 2.

La Belgique ne fait pas partie de l’étude, mais selon les dernières données, les Belges semblent raisonnables. Mais il y a de la méfiance: 39% des parents de jeunes enfants se disent préoccupés par les effets secondaires graves des vaccins. 32% estiment que les nouveaux vaccins sont plus risqués que ceux qui sont utilisés depuis plus longtemps.

Il est particulièrement préoccupant que parmi la prochaine génération de parents, les adolescents d’aujourd’hui, un sur quatre semble déjà penser que les vaccins sont dangereux pour un bébé. Les chiffres datent de l’année dernière. Mais le vaccin contre le Covid-19 pourrait encore approfondir cette méfiance. Pour des raisons assez évidentes: la vitesse de sa confection et de sa production, l’immunité que les entreprises pharmaceutiques ont acquise face aux potentiels effets secondaires, et enfin le fait que le vaccin de Pfizer utilise une technique qui n’a jamais été approuvée par l’homme (et qui ne l’est pas encore).

Ce qui est certain, c’est que maintenant que le monde a un besoin urgent d’un vaccin contre le Covid-19, le camp anti-vaccination se renforce.

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