Moins cher, plus simple, 3 milliards de doses en préparation: le vaccin AZD1222 va-t-il être le ‘game changer’?

À peine 7 mois après l’arrivée du Covid-19 en Europe, qui aurait cru que nous bénéficierions de 3 vaccins efficaces? Après ceux de Pfizer/BioNTech et Moderna, le vaccin d’AstraZeneca et (Oxford) est entré dans le jeu. Et c’est celui qui suscite le plus d’espoir en Belgique: pas moins de 8 millions de doses ont été commandées. Le vaccin AZD1222 pourrait être celui qui fera la différence. Mais il y a encore un certain nombre de problèmes.

Dans un communiqué de presse, le géant pharmaceutique AstraZeneca et ses co-développeurs de l’université d’Oxford ont présenté les résultats intermédiaires de deux groupes – un au Royaume-Uni et un au Brésil. Leurs recherches ont utilisé différentes approches pour inoculer les personnes qui ont participé aux tests. Et les chercheurs ont trouvé deux niveaux d’efficacité, pour une moyenne qui tourne autour de 70%. Les chercheurs n’ont déploré aucun cas grave ni hospitalisation chez les participants qui avaient bénéficié du vaccin.

Dans le groupe d’étude britannique, l’AZD1222 a été administré en demi-dose, suivie d’une dose complète environ un mois plus tard, ce qui a entraîné une efficacité de 90%. Dans le groupe au Brésil, les participants ont reçu deux doses complètes à au moins un mois d’intervalle, et l’efficacité n’était que de 62%.

‘Sérendipité’

Les chercheurs ne savent pas encore pourquoi il y avait une telle différence de performance. Lors d’une conférence de presse, ils ont émis l’hypothèse que la demi-dose pourrait mieux préparer le système immunitaire à répondre à la 2e dose complète.

À environ 3 ou 4 euros la dose, le vaccin d’AstraZeneca-Oxford est de loin la meilleur marché des trois options actuelles et devrait être plus facile à distribuer dans le monde entier (car il peut être stocké dans des réfrigérateurs ordinaires).

Quoi qu’il en soit, l’équipe de recherche AstraZeneca-Oxford a soumis ses conclusions aux agences de réglementation du monde entier pour une approbation rapide. Et bien que le résultat d’efficacité soit inférieur aux résultats préliminaires de 95% récemment rapportés par Moderna et Pfizer/BioNTech, l’efficacité du vaccin d’Oxford pourrait être prometteuse.

À environ 3 ou 4 euros la dose, le vaccin d’AstraZeneca et Oxford est de loin la moins chère des trois options actuelles et devrait être plus facile à distribuer dans le monde entier (car il peut être stocké dans des réfrigérateurs ordinaires). L’AZD1222 est donc le vaccin qui pourrait causer une brèche majeure dans la pandémie mondiale.

Mais, comme pour tous les nouveaux candidats vaccins, il y a quelques grandes mises en garde à prendre en compte. Et comme les résultats sont issus d’un communiqué de presse et que des données détaillées sont manquantes, le vaccin soulève un certain nombre de questions auxquelles nous n’avons pas encore de réponse.

L’AZD1222 utilise également une nouvelle approche d’inoculation, qui diffère de celle des vaccins de Pfizer/BioNTech et Moderna – ainsi que des vaccins conventionnels. Les fabricants utilisent généralement le virus lui-même ou un fragment du virus, souvent sous une forme atténuée ou inactivée, pour introduire le vaccin dans l’organisme des patients. Mais la nouvelle génération de vaccins utilise des instructions génétiques pour fabriquer des parties du virus SRAS-CoV-2 qui cause le Covid-19.

ARNm contre ADN

Les trois candidats – Pfizer, Moderna et AstraZeneca-Oxford – fournissent les instructions pour fabriquer la protéine de pointe du SRAS-CoV-2, ou la partie du virus qui lui permet de pénétrer dans les cellules humaines. Et ce sont ces instructions que les cellules humaines utilisent ensuite pour fabriquer des parties du virus, qui sont injectées aux humains, entraînant essentiellement notre système immunitaire à combattre l’envahisseur quand il arrive.

Les vaccins de Moderna et Pfizer-BioNTech utilisent tous deux l’ARN messager comme plateforme pour fournir les instructions génétiques.

AstraZeneca-Oxford utilise pour sa part de l’ADN, et cet ADN est délivré aux cellules à l’aide d’un autre virus appelé adénovirus (d’autres développeurs de vaccins Covid-19, tels que CanSino Biologics et Johnson & Johnson, utilisent également des vecteurs d’adénovirus.)

AstraZeneca, contrairement à Moderna et Pfizer/BioNTech, s’est engagé à vendre son injection au prix coûtant et à ne pas profiter du vaccin pendant que la pandémie est en cours (bien que des fonds publics aient été investis dans le financement de ses efforts de recherche). Ce prix – entre 10 et 25 euros pour deux doses – est bien moindre que celui de ses deux plus proches concurrents qui coûteraient entre 50 et 60 euros.

Réfrigérateur

Contrairement aux deux autres principaux vaccins, l’AZD1222 ne nécessite pas de températures extrêmement froides pour être stocké. Le vaccin de Moderna nécessite un stockage à long terme à -20 degrés Celsius et est stable pendant 30 jours à des températures de réfrigérateur comprises entre 2 et 8 degrés Celsius. Le vaccin Pfizer/BioNTech doit être conservé à des températures ultra-froides de -70 degrés Celsius ou moins, avec une durée de conservation d’environ cinq jours à la température du réfrigérateur.

Le vaccin d’AstraZeneca-Oxford peut être conservé dans un réfrigérateur normal pendant au moins six mois. AstraZeneca affirme également que la société a la capacité de fournir 3 milliards de doses de vaccin d’ici la fin de 2021, bien plus que ce que les deux autres fabricants peuvent fournir.

Moins cher, plus facile à distribuer et une plus grande capacité de livraison: L’AZD1222 semble être en pole position, une fois qu’il sera approuvé. Probablement en janvier prochain.

Sauf si…

Mais que se passera-t-il si l’AZD1222 n’est efficace qu’à 70%, comme le montrent les études brésiliennes? Face à une efficacité de 95%, quel vaccin allez-vous privilégier? La réponse tombe sous le sens.

En outre, les résultats d’AstraZeneca-Oxford nous sont parvenus jusqu’à présent via des communiqués de presse. AstraZeneca-Oxford a également publié moins de détails sur ses recherches que les deux autres entreprises pharmaceutiques, rendant difficile la comparaison avec ses deux rivaux. Voyons ce que nous savons.

Avant le début des essais cliniques, les équipes de recherche sont censées partager publiquement un plan – un protocole – sur la manière dont elles mèneront les études et comment elles analyseront et partageront les résultats, et elles doivent s’y conformer. Cela permet de s’assurer que les chercheurs n’ajusteront pas les objectifs pour arriver à des conclusions plus favorables. Mais AztraZeneca et Oxford n’ont partagé deux de leurs protocoles de la phase 3 qu’après le début des essais. Un à destination des autorités américaines, l’autre à destination des autorités britanniques et publié dans la revue spécialisée The Lancet.

Nous ne savons donc pas vraiment si l’équipe d’Oxford AstraZeneca a suivi le protocole. Dans le communiqué de presse, AstraZeneca n’a divulgué que les données des sous-groupes de deux des études, et non des quatre spécifiés dans le protocole britannique. Nous savons donc que ce qui est dans le protocole n’est pas ce qu’ils ont rapporté. La question est: pourquoi?

Interrompu deux fois

Le communiqué de presse ne fournit pas non plus de détails sur les effets secondaires ressentis par les participants de l’étude. La société a seulement signalé qu’aucun événement indésirable grave n’avait été confirmé à ce jour et que le vaccin était ‘bien toléré par les deux schémas posologiques’. Mais nous savons que l’étude britannique sur l’AZD1222 a été interrompue en juillet et à nouveau en septembre après que deux volontaires aient signalé des problèmes neurologiques. Les enquêtes ultérieures n’ont révélé aucun lien entre le vaccin et ces symptômes, et les régulateurs ont repris les essais en octobre.

Bien que nous connaissions le nombre de participants inclus dans chacune des études au Royaume-Uni et au Brésil (2.741 au Royaume-Uni contre 8.895 au Brésil), nous ne savons pas combien d’entre eux ont reçu le vaccin (il y avait aussi un placebo et un vaccin contre le méningocoque). Cela soulève une question statistique: combien de personnes ont été infectées par le virus dans le groupe britannique à 90%? Certains statisticiens ont suggéré que le nombre pourrait être très petit – et potentiellement peu fiable.

Les communiqués de presse manquent également de détails sur la démographie des personnes qui ont participé aux enquêtes. AstraZeneca affirme que les participants à l’étude proviennent de ‘divers groupes raciaux et géographiques qui sont en bonne santé ou qui ont des conditions médicales sous-jacentes stables’. Mais sans connaître les chiffres exacts, il est difficile d’estimer dans quelle mesure ils reflètent les groupes les plus à risque de maladie grave (y compris les personnes âgées).

Ce qui rend la comparaison plus difficile

Les études n’utilisaient pas non plus un simple placebo pour mesurer l’efficacité. Dans le groupe britannique de l’étude, des volontaires ont été assignés au hasard pour recevoir le vaccin AZD1222 ou le vaccin contre le méningocoque. Au Brésil, le groupe de comparaison a reçu les méningocoques pour la première dose et un placebo avec une solution saline pour la deuxième dose.

Autre facteur à prendre en compte: AstraZeneca-Oxford a mesuré ses résultats différemment de ceux de ses deux principaux concurrents.

Les études Moderna et Pfizer/BioNTech n’ont enregistré les infections au Covid-19 dans leur phase de test que chez des personnes suffisamment avancées dans leurs symptômes, tandis que les études AstraZeneca ont effectué des tests de frottis hebdomadaires parmi leurs participants, rendant ces symptômes beaucoup moins graves – y compris d’éventuelles infections asymptomatiques – parmi leurs volontaires. Ces différences rendent plus difficile la comparaison de l’efficacité des différents vaccins.

Cela ne signifie certainement pas que le vaccin d’AstraZeneca et Oxford n’est pas bon. Mais toutes ces inquiétudes soulignent qu’il reste encore beaucoup à apprendre sur les nouveaux vaccins. Les équipes de Moderna, Pfizer-BioNTech et Oxford-AstraZeneca se sont toutes engagées à publier les résultats de leurs recherches dans des revues à comité de lecture. Mais la distribution en urgence à usage limité pourrait commencer dès le mois prochain, en attendant l’approbation réglementaire. Alors que celui de Pfizer/BioNTech a été administré pour la première fois ce mardi.

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