Ecolo s’inquiète des effets de la pandémie sur le travail et la santé des femmes

Des infirmières se préparent pour leur service, à Namur. – EPA

Sarah Schlitz, députée fédérale Ecolo, s’inquiète du sort que réservent le coronavirus et le confinement sur le travail et la santé des femmes. Déjà victimes de conditions plus précaires que les hommes, l’après-confinement pourrait encore aggraver les choses si des mesures ne sont pas prises.

Fin mars, le Forum économique mondial mettait déjà en garde contre les répercussions de la pandémie plus lourdes pour les femmes que pour les hommes. Si ces derniers semblent davantage touchés par le Covid-19, ce sont bien les femmes qui en font plus les frais économiquement et socialement. ‘Le virus semble avoir un effet disproportionné sur les femmes, peut-être de façon moins évidente [que les décès]’, avertissait le Forum économique mondial, confirmant une publication de la revue scientifique britannique The Lancet et ONU Femmes.

Des travailleuses en première ligne

Si les conséquences du coronavirus sont bien plus lourdes pour les femmes, c’est d’abord car elles forment la majorité des travailleuses en première ligne dans la lutte contre la pandémie. En Belgique, 80 % du personnel du secteur de la santé est représenté par les femmes, selon un rapport publié mercredi dernier par le CECRI (UCL).

‘Il s’agit des postes les moins bien rémunérés, et ce sont elles qui doivent payer plus fort les pots cassés’, se lamente Sarah Schlitz. ‘Cette plus grande exposition des femmes au virus est la conséquence d’un système social et hiérarchique genré qui force celles-ci dans des rôles spécifiques, peu considérés, voire même non reconnus’, ajoute le rapport de l’Université catholique de Louvain. C’est également le cas chez nos voisins français.

Si la protection des femmes a manqué pendant le confinement, la députée espère que l’après-crise sera un électrochoc quant à leur importance dans la société. Tout comme la valorisation des personnes cousant des masques de protection parfois pendant des heures. Ici aussi, on retrouve en grande majorité des femmes. ‘Tout travail mérite salaire. On estime bien trop que le travail domestique est inné pour les femmes, pour lequel elles n’ont pas besoin d’être rémunérées.’ Rappelons que les autorités publiques ont elles-mêmes appelé à la production gratuite de masques par des couturières pour pallier la pénurie.

Travail domestique

D’autre part, les écoles et le secteur des services sont également constitués majoritairement d’employées et ouvrières. Leur fermeture risque donc de peser davantage sur les femmes, non seulement car elles se retrouvent au chômage économique, mais aussi, car elles sont confinées chez elle avec une répartition inégalitaire du travail domestique. Sans parler de la garde des enfants, une question déjà épineuse avant la crise sanitaire.

Le congé parental ‘corona’ mis en place par le super-kern a pour vocation de soulager essentiellement les femmes qui s’occupent des enfants à la maison. ‘Généralement, les employeurs des hommes n’envisagent même pas le fait qu’ils devraient s’occuper d’un enfant. La plupart du temps, ce sont les employeurs des femmes qui sont plus coulants ou les femmes qui doivent se mettre à dos leur employeur’, indique Sarah Schlitz.

Des différences de traitement qui pourraient générer encore davantage d’inégalités sur le marché du travail. ‘Ça va encore plus ancrer dans la tête des employeurs qu’avoir une femme comme employée, c’est quelqu’un qui est moins disponible pour son emploi.’ Des stéréotypes qui ont la vie dure.

Violences conjugales et intrafamiliales

Une autre conséquence mise en avant par ce confinement, c’est l’augmentation des violences conjugales et intrafamiliales. Selon l’OMS, les services d’urgence à travers l’Europe ont enregistré une hausse allant jusqu’à 60% des appels de femmes victimes de violences conjugales pendant le confinement. En Belgique, les lignes d’écoute téléphonique ont été saturées dans l’intégralité du pays, le nombre d’appels ayant doublé début avril.

Une tendance confirmée par l’Université de Louvain. ‘Les mesures imposées à une grande partie de la population mondiale auront enfermé les femmes à l’intérieur de la sphère domestique, premier lieu des violences physiques et/ou sexuelles faites à leur égard.’ Des violences qu’il faut prendre autant au sérieux que le Covid-19: plus de 87.000 féminicides ont été rapportés à travers le monde en 2017, selon les chiffres des Nations Unies.

‘Nous demandons la mise en place d’un vrai plan fédéral de lutte contre les violences envers les femmes, avec des moyens financiers à la clé’, exhorte la députée Ecolo. ‘La Belgique se fait régulièrement épingler par la communauté internationale pour son manque d’action à ce niveau. Les chiffres de plaintes classées sans suite n’évoluent pas non plus dans le bon sens.’

Afin de ne pas reproduire la société inégalitaire d’avant la crise, les chercheurs de l’UCL indiquent qu’il est primordial d’inclure enfin les femmes dans les discussions pour penser le monde post-coronavirus. En Italie, le Premier ministre Giuseppe Conte a déjà demandé début avril que davantage de femmes soient présentes au sein des organismes chargés de conseiller son gouvernement dans la gestion de la crise.

Santé et contraceptifs

Les préoccupations se tournent également vers la santé des femmes en pleine pandémie. L’accès aux contraceptifs, aux IVG et même aux gynécologues est limité ou rendu plus difficile. ‘Les femmes ne savent pas que les plannings restaient ouverts, et il y a la difficulté de se déplacer ou de trouver une excuse quand on veut faire ça en cachette. Les plannings ont donc recensé une diminution de 80 % de leur fréquentation, c’est très interpellant’, souligne Sarah Schlitz.

‘Quand certains s’amusent à faire des blagues graveleuses sur le baby-boom du confinement, j’ai plutôt des craintes sur les enfants non désirés qui vont naître après le confinement et les IVG tardives. Ce n’est pas à prendre à la légère.’ Le parti Ecolo a donc proposé de lever les ordonnances nécessaires pour se procurer des contraceptifs, mais ne l’ont pas obtenu du fédéral.

‘Nous demandons aussi la constitution par le gouvernement de stocks stratégique de certains types de contraceptifs sujets à pénurie, notamment les préservatifs. Il s’agirait d’être sûr de tenir et de voir venir pendant les six prochains mois, mais aussi d’éviter une augmentation des prix’, comme c’est le cas désormais avec les masques.’ Un risque déjà soulevé par le plus grand fabricant de préservatifs au monde début avril. Mais toujours inaudible du côté de la ministre de la Santé Maggie De Block, assure la députée Ecolo.

Sarah Schlitz lui posera d’ailleurs dans la journée la question des maternités et accouchements en période de crise, une face cachée des mesures de confinement. ‘Il y a tout un protocole de crise mis en place pour les accouchements très contraignants. On demande par exemple à des femmes d’accoucher parfois sans péridurale, avec un masque sur le visage, et sans leur gynécologue personnel. Évidemment, il faut respecter les mesures sanitaires. Mais il faut aussi garder une juste mesure des choses. Si on déconfine Cora et Action, on doit avoir un plan de déconfinement rapide pour les maternités’, indique la députée fédérale. Une question de priorité.