Au-delà de la chute du rouble: les monnaies européennes sont perdantes, le yuan et le dollar sont gagnants

Au cours des dernières semaines, de nombreux actifs ont accusé de fortes pertes et de brutales fluctuations en raison de l’inflation généralisée, de la hausse des prix de l’énergie et des tensions géopolitiques. Une situation délicate qui a eu des répercussions sur le marché des devises, mais l’invasion de l’Ukraine par la Russie est venue rajouter de l’huile sur le feu. La décision de Vladimir Poutine de marcher sur l’Ukraine a entrainé une dévalorisation importante du rouble, devise russe, mais elle n’est pas la seule à avoir été impactée par le conflit. L’indice de volatilité des devises a grimpé de 10% mardi matin en Europe, son plus haut niveau depuis avril 2020, soit au début de la pandémie de coronavirus. Une situation qui pousse les investisseurs et stratèges à revoir leurs plans.

C’est ainsi que les coresponsables de la stratégie mondiale des changes, des taux et des marchés émergents de Goldman Sachs, Zach Pandl et Kamakshya Trivedi, ont déclaré que leurs perspectives vis-à-vis de l’euro étaient désormais hors de propos tant que le conflit russo-ukrainien se poursuivrait, rapporte CNBC.

Des perspectives pessimistes pour la zone euro

La situation en Ukraine et les sanctions infligées à la Russie pour tenter de mettre un terme au conflit rendent les investisseurs frileux et la perspective de réaction de la part de Vladimir Poutine ne fait que renforcer leurs craintes. Ils se montrent en effet de plus en plus pessimistes concernant les perspectives économiques de la zone euro, à mesure que le prix de l’énergie s’envole. Et cela pourrait empirer si l’UE décide de boycotter les importations d’énergies russes ou que Moscou décide de riposter et de stopper ses exportations.

Or, les attentes de croissances dans la zone euro revues à la baisse en raison du conflit en Ukraine ont un impact sur la paire de devises EUR/USD. Depuis le début de guerre, la chute de la valeur de l’euro s’est accélérée, malgré une légère hausse ce mardi. Cela a également eu un impact sur la prime de risque à l’échelle européenne, à savoir les rendements supplémentaires qu’un investisseur peut attendre en prenant plus de risques, pour atteindre 4%.

L’euro, une devise relativement forte

« Malgré la forte baisse de l’EUR par rapport à l’USD, ces modèles suggèrent que la devise devrait s’échanger un peu plus bas – autour de 1,07-1,08 – compte tenu des mouvements d’autres variables de marché », ont déclaré Pandl et Trivedi. L’euro reste cependant une devise relativement forte par rapport à d’autres monnaies, notamment le zloty polonais, la couronne suédoise, le dollar américain ou encore la livre sterling (GBP), mais reste plus faible que le franc suisse (CHF).

« À notre avis, cela suggère que l’EUR/USD et l’EUR/GBP sont les croisements les plus appropriés pour de nouvelles couvertures des risques liés à l’Ukraine », ont assuré les deux stratèges. Ils notent également que la paire EUR/CHF a fortement réagi à l’évolution de la situation en Ukraine, en raison du fait que le franc suisse est considéré comme une valeur refuge. Une situation à laquelle la Banque Nationale suisse pourrait mettre un terme, car un franc suisse trop fort inquiète généralement l’institut monétaire, mais la vigueur de la devise pourrait également permettre de contrebalancer la hausse des prix de l’énergie, a souligné Ipek Ozkardeskaya, analyste chez SwissQuote, à l’AFP.

Une dépréciation durable de l’euro ?

Pour les deux stratèges, ce n’est pas envisageable, car si le conflit russo-ukrainien a provoqué une grande incertitude concernant les perspectives de croissance de la zone euro, cela n’entrainerait pas nécessairement de dépréciation durable de la monnaie unique. Si un tel scénario venait à se dessiner, la Banque centrale européenne devrait logiquement réagir, d’autant plus que la menace de l’inflation pèse déjà énormément sur la zone euro. De plus, les gouvernements des pays européens pourraient répondre à la crise par des assouplissements budgétaires, histoire d’épargner les consommateurs déjà mis à mal.

D’ailleurs, « si la croissance de la zone euro se maintient raisonnablement bien et que la BCE reste sur la bonne voie pour relever les taux cette année, nous verrions toujours une perspective structurelle haussière pour la monnaie », se veulent-ils rassurants. « Pour l’instant, nous restons à l’écart des croisements de l’euro en attendant plus de clarté sur la crise géopolitique en cours. »

Il ne reste qu’une chose à faire: suivre de près l’évolution du conflit en Ukraine, afin de déterminer les conséquences directes ou indirectes sur les marchés mondiaux et devises du globe.

Un impact bénéfique pour certaines devises

Le fait est que toutes les devises ne sont pas perdantes dans cette situation. L’invasion de l’Ukraine par la Russie et les réactions en chaine occidentales ont en effet des effets bénéfiques pour certains marchés. Le yuan, devise chinoise, se porte particulièrement bien, et ce, tout simplement parce que les entreprises qui boycottent la Russie se sont tournées vers la Chine. Le dollar américain est lui aussi perçu comme la valeur refuge de référence et profite de la crise.

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