Comment la Banque centrale russe a perdu sa meilleure arme pour contenir la chute du rouble, la ruée vers les banques et les sanctions

Les sanctions internationales ont pour effet que le cours du rouble subit de lourdes pertes. La Banque centrale russe, qui avait amassé d’importants capitaux étrangers pour faire tampon contre cette chute, ne peut plus les échanger. Elle essaie de se défendre avec des contrôles et des limites sur les capitaux qui quittent le pays. La population russe a vu ses salaires et son épargne perdre en valeur, et se rue sur les banques.

De longues files devant les banques et les distributeurs de billets dans les villes de Russie font le tour des réseaux sociaux. Les Russes vont vider leurs comptes bancaires, et ça prouve que l’économie du pays est en train d’accuser le coup.

Le rouble a atteint des bas historiques. Depuis le début de l’année, la monnaie a perdu 28% de sa valeur, par rapport au dollar américain. Lors de la journée d’échange de lundi, le dollar valait à un moment donné 119 roubles. A la clôture, il valait 107 roubles. La monnaie russe a ainsi perdu 20% de valeur par rapport à la monnaie de référence en 24 heures.

Pour retrouver un peu de stabilité, la Banque centrale russe a donné un sacré boost au taux d’intérêt : de 9,5%, elle l’a porté à 20% ; une stratégie que l’institution a déjà opérée à plusieurs reprises, à chaque fois que la devise nationale était en difficulté après l’annonce de sanctions internationales.

Elvira Nabiullina, la directrice de la banque connue pour être critique envers Poutine, a également pris des mesures de contrôle pour limiter le nombre de capitaux qui quittent le pays. La banque centrale comptait en fait vendre des devises étrangères pour épancher quelque peu les pertes du rouble, mais les sanctions internationales l’en empêchent.

Contrôle des capitaux

Ce contrôle des capitaux, explique Maximilian Hess, expert de l’économie russe auprès du Foreign Policy Research Institute, « a empêché la situation d’être aussi mauvaise qu’elle aurait pu l’être », explique-t-il à CNBC.

Le fonds d’investissement norvégien, le plus important au monde, a par exemple indiqué vouloir se débarrasser de ses avoirs russes. Mais avec ces contrôles, il ne pourra pas les vendre pour des monnaies étrangères.

Cependant, ces contrôles ne sont qu’un pansement, analyse Hess. Petit à petit, les acteurs trouveront des chemins pour les contourner.

« Je m’attends à des défauts de paiement de la part de la Russie également. Une ruée vers les banques est déjà en cours, et beaucoup de choses vont être bousculées dans ce processus », continue l’expert.

Sanctions internationales et réserve de devises étrangères

Les sanctions économiques pleuvent sur la Russie depuis l’invasion de l’Ukraine. Exclusion du SWIFT, fermeture de l’espace aérien aux compagnies russes, gel des transactions depuis et vers la Banque centrale. Les mesures envers le pays sont sans précédent : même la Suisse, habituellement neutre, s’est alignée sur les sanctions.

« Nous allons paralyser les actifs de la banque centrale de Russie », annonçait Ursula von der Leyen dans un communiqué dimanche. « Cela aura pour effet de geler ses transactions. Et cela rendra impossible pour la banque centrale de liquider ses actifs. »

C’est que la Banque centrale russe, ces dernières semaines, avait amassé des capitaux records : 6 milliards de devises étrangères, soit le double de l’année dernière, et une réserve totale avoisinant les 630 milliards de dollars, alimentée par des prix de l’énergie élevés ces derniers mois. « Un trésor de guerre » pour faire tampon contre des pertes du rouble en cas de sanctions internationales, notamment. Mais les sanctions interdisent désormais les échanges en devises étrangères. Et selon la présidente de la Commission, la Banque centrale russe est ainsi déjà privée de 50% de ses ressources.

« Je pense que le ciblage des réserves de la banque centrale est la nouvelle la plus importante ici », explique Kamakshya Trivedi, spécialiste en cours de change auprès de Goldman Sachs, à CNBC. Cette réserve « était la principale et première ligne de défense contre les sanctions sur les actifs locaux russes. Je pense qu’avec ce ciblage, le gel de ces actifs de réserve, il devient très difficile pour la Russie de défendre efficacement le rouble contre le type de pression que vous observez. Je pense donc que nous devons nous attendre à ce que le rouble se négocie assez faiblement, et le type de volatilité que nous observons sur les marchés aujourd’hui n’est pas une surprise. »

Selon les experts, le rouble devrait donc continuer sa chute. À voir à quel point elle fera (ré)fléchir Vladimir Poutine. Le risque bien sûr, c’est qu’en retour, le président russe coupe les vannes de gaz. Mais les chancelleries européennes en sont bien conscientes et s’y préparent.

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