Le choix impossible des banques centrales : freiner l’inflation ou protéger la croissance économique autant que possible

La guerre en Ukraine a mis les banques centrales occidentales dans une position difficile. L’inflation élevée impose une hausse des taux d’intérêt, mais dans le même temps, le risque de récession augmente. Les régulateurs veulent éviter la stagflation à tout prix. Ils sont donc confrontés à un choix très délicat.

Ce mois-ci, des réunions de la Banque centrale européenne (BCE), de la Réserve fédérale et de la Banque d’Angleterre sont prévues. Les marchés financiers seront sans aucun doute suspendus au moindre mot des différents présidents lorsqu’ils expliqueront la politique monétaire à venir.

Un choix difficile

La guerre en Ukraine les confronte à un choix très difficile ; l’inflation s’envole, tandis que la croissance économique ralentit. Le spectre de la stagflation se profile donc à l’horizon. Les régulateurs se débattent avec ces deux éléments depuis un certain temps. « La guerre en Ukraine n’a pas changé ces fondamentaux, mais elle est susceptible de les exacerber », note Salman Ahmed, économiste en chef chez le gestionnaire d’actifs Fidelity International.

« Les responsables politiques sont confrontés à un choix peu enviable : agir de façon rigoureuse pour contrôler l’inflation au risque de nuire gravement à la croissance, ou laisser l’inflation sans contrôle pour protéger la croissance autant que possible », poursuit-il.

De la Réserve fédérale américaine…

Nous savons déjà que Jerome Powell, le président de la Fed, la réserve fédérale américaine, va annoncer une hausse des taux d’intérêt, comme il l’a déclaré au Congrès américain en début de semaine. Il a toutefois ajouté que les conséquences économiques de l’invasion russe en Ukraine sont très incertaines. « Par conséquent, nous continuons à suivre la situation de près », a-t-il déclaré. Les décideurs de la Fed se réuniront les 15 et 16 mars.

Ahmed s’attend à ce que l’inflation américaine atteigne son pic au deuxième trimestre de cette année au lieu du premier, en raison de la hausse des prix du pétrole. « Nous supposons que la Fed relèvera les taux d’intérêt trois ou quatre fois cette année, mais un choc de stagflation imminent rendra les responsables politiques plus prudents », a-t-il déclaré. La semaine dernière, les marchés s’attendaient encore à six ou sept hausses des taux d’intérêt américains cette année. Selon l’économiste en chef, cela est désormais plus qu’improbable, étant donné le risque accru de récession qu’un resserrement aussi rapide pourrait entraîner.

… A la Banque centrale européenne

Une réunion de la BCE la semaine prochaine est également au programme. L’inflation dans la zone euro a atteint 5,8% en février, un nouveau record. Plusieurs gouverneurs de banques centrales européennes, dont Joachim Nagel (de la Bundesbank allemande) et Robert Holzmann (Oesterreichische Nationalbank en Autriche) ont récemment appelé la présidente de la BCE, Christine Lagarde, à continuer de se concentrer sur une politique de normalisation.

Nous ne devons certainement pas nous attendre à une hausse des taux d’intérêt européens. Une première hausse des taux n’interviendra normalement que lorsque la BCE aura mis fin à son programme d’achat. Les marchés s’attendent actuellement à ce que cette première hausse puisse atteindre 20 points de base d’ici la fin de l’année. Avant la crise ukrainienne, ce chiffre était de 40 points de base.

La banque suisse UBS pense que la BCE ne décidera pas d’une réduction du programme d’achat avant avril. « La guerre en Ukraine a considérablement accru l’incertitude quant aux perspectives économiques », indique le rapport.

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