La Chine ne voit pas son avenir économique en rose: elle annonce sa plus basse estimation du taux de croissance en 30 ans

Avec 5,5% sur l’année 2022, la Chine annonce sa plus modeste anticipation pour son taux de croissance en trente ans. L’économie chinoise est effectivement confrontée à certains risques et périls, comme les retards dans les chaines d’approvisionnement et les pénuries de semi-conducteurs qui perdurent, la guerre en Ukraine qui amène un contretemps supplémentaire, et sa stratégie zéro-covid très stricte (mais qui pourrait se relâcher bientôt).

La fin de l’année 2021 a été mouvementée pour l’économie chinoise. Les chaines d’approvisionnement mondiales, et donc ses exportations, se trouvaient dans un goulot d’étranglement. Des pénuries d’électricité ont forcé certaines usines à suspendre leur activité lors de coupures de courant planifiées. Evergrande, géant de l’immobilier (secteur qui représente 30% du PIB) est en crise à cause de sa dette colossale, et avec lui tout le secteur commence à vaciller. En plus, la stratégie zéro covid très stricte du gouvernement chinois a aussi mené à des confinements locaux et à la suspension des activités. Tous ces éléments, ensemble, ont freiné la croissance chinoise.

Sur l’année 2021, la croissance a été de 8,1%, plus que les 6% initialement prévus. Après un démarrage en trombe à 18%, elle a tout de même ralenti, surtout sur le dernier trimestre, où elle n’affichait plus que 4%.

Pour l’année 2022, le Premier ministre Li Keqiang s’attend désormais à 5,5% de croissance. Il s’est exprimé à un événement politique important en Chine, appelé « Deux sessions ». « Une analyse complète de l’évolution des dynamiques à l’intérieur et à l’extérieur du pays qui indique que cette année, les risques et les défis pour le développement augmentent de manière significative, et nous devons continuer à faire des efforts pour les surmonter », s’est-il exprimé, cité par CNN.

« Risques et défis »

Les risques et défis pour l’économie chinoise sont la pénurie de semi-conducteurs, la crise de l’immobilier, le covid et l’Ukraine. Les semi-conducteurs notamment sont vitaux pour l’économie chinoise, il s’agit du premier produit qu’elle importe; le pays étant toujours la manufacture du monde. Il a besoin de puces, taïwanaises notamment, pour produire tous types d’appareils, pour ensuite les exporter. Mais la pénurie ne se résorbera pas dans l’immédiat.

La guerre en Ukraine est également un challenge pour l’économie chinoise (et de nombreuses autres économies), à cause des prix des produits de base qui s’envolent, notamment le gaz, le pétrole et le blé. Elle est également un risque pour les chaines d’approvisionnement, à cause des prix et disponibilités des produits de base (limités à cause de sanctions et de boycotts envers la Russie). L’Ukraine produit également du néon, un gaz important dans la fabrication de puces pour ordinateurs (produites en grande quantité en Chine). In fine, l’économie chinoise souffrira donc de cette guerre, même si le pays se range plutôt du côté de l’agresseur.

Concernant le covid, c’est la stratégie de confinement strict de zones entières, dès un petit nombre de cas, qui freine l’activité économique chinoise. A tel point que le gouvernement pourrait changer de cap? Ce débat se fait de plus en plus entendre.

Fin du zéro-covid?

La Chine est un des derniers pays du monde à maintenir une stratégie zéro-covid, et celle-ci se répercute sur son économie. Lorsque des grands villes, comme Xi’an récemment, et leurs usines surtout, sont mises en quarantaine, la consommation dans tout le pays recule. Normalement période de dépenses, de tourisme et de faste, le Nouvel An chinois cette année a vu 44% de dépenses touristiques en moins qu’en 2019. En décembre, les ventes de détail n’étaient que 1,7% supérieures à celles de l’année d’avant.

Une véritable « balle dans le pied », comme le veut l’expression. Mais des premiers signes de relâchement commencent à apparaître : Zeng Guang, ancien épidémiologiste en chef du Centre chinois de la prévention et du contrôle des maladies, conseiller des premières mesures d’endiguement contre le virus, estime qu’un relâchement aura lieu bientôt. Sur le réseau social Weibo, il a écrit : « Dans un avenir proche, au moment opportun, la feuille de route pour une coexistence à la chinoise avec le virus devrait être présentée ».

Un signe important, pour Larry Hu, économiste spécialisé sur la Chine pour Macquarie Group. Mais le relâchement sera tout de même lent et graduel, et se fera avec précaution, estime de son côté Goldman Sachs, également cité par CNN.

Dans les discours officiels, rien ne transparaît encore. Le Premier ministre, lors de la conférence, réitère que les contrôles et tests continueront. Dans le cadre de l’événement politique également, Guo Weimin, porte-parole du principal organe consultatif du gouvernement, a défendu la stratégie comme « peu chère et efficiente ». Il évoque des pays développés qui auraient récemment connu des vagues avec de nombreux cas sévères et de nombreux décès, et une énorme pression sur les réseaux de santé, sans préciser quels sont les pays qu’il évoque. Sans les mesures prises par la Chine, le résultat serait « inimaginable dans un pays en développement qui compte 1,4 milliard d’habitants », continue-t-il sa défense.

La Chine annonce donc sa pire estimation de l’évolution du taux de croissance. Un signe également que rien ne semble vraiment évident aujourd’hui, et que les temps sont incertains.

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