Un test d’amitié: la Chine ne peut pas faire grand-chose à court terme pour aider l’économie russe

« Un véritable test d’amitié », analyse CNN ce vendredi matin. Lors de la visite de Poutine en Chine le mois dernier, les deux États ont proclamé que leur amitié n’avait « pas de limite ». C’était avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie et la volée de sanctions mondiales à l’encontre de Moscou. La Chine accablera toujours les États-Unis en public. Mais en coulisses, la Chine ne risquera pas son économie pour aider la Russie.

Depuis plusieurs années maintenant, Vladimir Poutine et Xi Jinping ont opéré un réel rapprochement. Stratégique bien sûr, mais surtout économique. Le mois dernier à Pékin, les deux pays ont signé 15 accords en tout, dont de nouveaux contrats avec les géants énergétiques Gazprom et Rosneft. La Chine a également accepté de lever toutes les restrictions à l’importation sur le blé et l’orge russes.

Ce mardi, Pékin et Moscou ont prolongé ces accords avec la signature d’un méga-deal pour la construction d’un gazoduc qui traversera la Mongolie en direction de la Chine. Le tout permettra de transporter jusqu’à 50 milliards de mètres cubes de gaz par an. Un moyen pour la Russie de moins dépendre de l’Europe vers qui elle exporte 85% de son gaz.

Pour le moment, la Chine importe 16% de son pétrole depuis la Russie, mais seulement 5% de son gaz. Ce projet va augmenter largement cette proportion.

Dans l’autre sens, la Russie achète environ 70% de ses semi-conducteurs à la Chine. Elle importe également des ordinateurs, des smartphones et des composants automobiles. Xiaomi, par exemple, fait partie des marques de smartphones les plus populaires en Russie.

Une amitié a toujours des limites

Sur le plan politique, la Chine se montre « neutre » au sujet de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, comme le montre son abstention, lors de la dernière assemblée générale des Nations unies qui exigeait le retrait des troupes russes.

Plusieurs rapports des renseignements américains ont montré que la Chine était à tout le moins au courant d’une potentielle invasion de l’Ukraine. Les États-Unis ont tenté en vain de convaincre la Chine de faire pression sur la Russie. Au lieu de cela, la Chine a averti Moscou des tentatives américaines. Dernièrement, un rapport indique des échanges entre hauts diplomates chinois et russes, les premiers demandant aux seconds que la Russie attende la fin des JO d’hiver avant d’entamer l’offensive.

Mais sur le plan des sanctions économiques, c’est une tout autre histoire. Car la Russie fait face à une quasi-unanimité des puissances économiques mondiales: l’Europe et les États unis bien sûr, mais aussi le Japon, la Corée du Sud, le Canada ou encore l’Australie, een passant par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis.

L’économie russe est frappée durement. Pour le 5e jour consécutif, la bourse de Moscou restera fermée. Le rouble a perdu plus de 30% et la banque centrale russe ne peut plus compter sur l’ensemble du trésor de guerre de 640 milliards de dollars qu’elle avait anticipé pour le conflit. Les files aux distributeurs automatiques des banques russes s’accumulent. Il existe certes des réserves d’or, et la Russie tente de contourner le système Swift duquel elle a été expulsée, mais dire que les sanctions ne sont pas efficaces, y compris sur les oligarques, est très éloigné de la vérité.

Du côté chinois, Pékin ne s’est pas précipité pour aider son ami russe. Mercredi, Guo Shuqing, président de la Commission chinoise de réglementation des banques et des assurances, a déclaré que le pays ne participerait pas aux sanctions, mais il n’a pas non plus offert de soulagement ou de solution à la Russie, rapporte CNN.

« Rien n’indique que la Chine considère qu’aider la Russie vaut la peine de violer les sanctions occidentales », a déclaré Neil Thomas, analyste chinois chez Eurasia Group, ajoutant qu’un mépris « flagrant » de ces sanctions s’accompagnerait d’une « lourde punition économique » pour Pékin.

La réponse coordonnée et unanime de l’Occident est aussi un avertissement pour Pékin, analyse Bloomberg. Ceux qui espéraient – dont certainement Poutine – une division des Européens ou une division transatlantique se sont lourdement trompés. Les sanctions émanent de partout et ne négligent aucun aspect. Les Européens envisagent même très sérieusement de se passer du gaz et du pétrole russe d’ici l’hiver prochain.

Une amitié déséquilibrée

Et il ne faut certainement pas oublier un point crucial dans la relation entre la Chine et la Russie. La deuxième économie mondiale est le premier partenaire commercial de la Russie, et représente 16% de son commerce extérieur.

L’inverse est beaucoup moins vrai: le commerce entre les deux pays ne représente que 2% du volume total des échanges chinois. L’Europe et les États-Unis sont des partenaires beaucoup plus importants pour la Chine.

Les récents accords signés entre la Chine et la Russie, dont le fameux gazoduc, sont une stratégie à plus long terme, tout comme l’invitation de Pékin à intégrer son service interbancaire CIPS, qui doit devenir une alternative à Swift. Le CIPS est beaucoup plus petit, ne comptant que 75 banques contre plus de 11.000 institutions pour le Swift. Et n’oublions jamais que le yuan représente 3% des paiements dans le commerce international contre 40% pour le dollar. Le duo Russie-Chine est encore loin d’être une alternative pour se couper du monde.

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