A quoi ressemblerait le monde si la Chine atteignait son objectif d’autosuffisance sur le marché des puces électroniques ?

Depuis l’éclatement de la crise sanitaire, la production de semi-conducteurs accuse son retard. La Chine, qui manufacture de nombreux appareils électroniques, en a énormément besoin. Elle veut alors s’affranchir de sa dépendance envers les producteurs étrangers, et produire ses propres puces. Quel impact aurait une production chinoise grandissante, voire un monopole de la Chine, sur le marché mondial?

La Chine, la manufacture du monde. Les usines en Chine produisent effectivement la plupart des téléphones, des appareils électroménagers, ou encore de nombreuses voitures. Point commun entre tous ces éléments : ils ont besoin de semi-conducteurs et de micropuces. Et la Chine n’a aujourd’hui pas la capacité d’en produire assez, ni d’une qualité satisfaisante.

Le pays en importe alors, dans des quantités astronomiques. Sur l’année 2020, le pays en a importé pour une valeur totale de plus de 300 milliards de dollars. Les puces produites aux États-Unis, au Japon, en Corée du Sud ou encore sur l’île de Taïwan sont la première importation de la Chine, devant le pétrole. Et donc, la priorité de l’Empire du Milieu est de s’affranchir de cette dépendance à ses rivaux économiques, et de devenir auto-suffisant.

Si la Chine arrivait à devenir le leader mondial des micro-puces, cela changerait quelque peu le fonctionnement du marché comme on le connaît aujourd’hui.

Quel impact sur le marché et l’ordre du monde si la Chine avait le monopole?

Des experts cités par Associated Press estiment que cela freinerait l’innovation, que les échanges mondiaux seraient perturbés, et que le monde pourrait en devenir plus pauvre.

Ils indiquent également le risque que des marchés différents avec des standards distincts et incompatibles pourraient se créer. Les fabricants de téléphones fonctionnent actuellement avec un seul système d’exploitation mondial (et deux standards de réseaux différents), mais devraient alors créer des versions uniques pour chaque marché, ce qui freinerait le développement.

Antonio Guterres, secrétaire général des Nations Unies, demandait en septembre aux États-Unis et à la Chine d’éviter cette séparation.

Une forte position de la Chine sur le marché pourrait même rendre l’exploitation dans d’autres pays non-viable. Un tel procédé a déjà été observé dans d’autres domaines : la Chine a la capacité de casser les prix de production, à tel niveau que d’autres entreprises, en Occident notamment, sont dépassées, ne trouvent plus de clients, et arrêtent leur activité. La Chine serait alors sur un boulevard, et dicterait ses lois du marché, comme ses conditions et ses prix.

Des tensions existent déjà

Aujourd’hui déjà, des tensions existent entre l’Occident et la Chine, concernant les puces. L’Europe et les États-Unis accusent Pékin de vouloir voler leurs technologies, et ils en limitent l’accès aux entreprises chinoises, accès qui pourrait permettre aux producteurs chinois de rattraper leur retard par rapport à leurs concurrents occidentaux et asiatiques.

En 2018, les États-Unis accusaient également Huawei, alors premier acteur chinois de la téléphonie à échelle mondiale, d’espionnage. L’administration Trump a alors interdit l’accès aux puces américaines, et autres technologies, à Huawei.

En Europe, la Chine est accusée d’éroder l’avance technologique du vieux continent, en achetant des actifs importants, comme le fabricant de robots allemand Kuka. L’UE va alors revoir ses règles sur les investissements étrangers.

A Taïwan, la Chine recrute les meilleurs talents du domaine, pour récupérer le savoir-faire d’entreprises comme TSMC. Taïwan impose alors des mesures concernant les offres d’emploi.

Quelles chances pour y arriver?

Aucun autre pays ne cherche à s’emparer ainsi du monopole et à assurer son autosuffisance, estiment des experts. Selon eux, il serait difficile pour les entreprises qui produisent des puces de rester compétitives si elles se détachent des fournisseurs mondiaux de ces technologies.

De nouvelles puces chinoises voient le jour, et de plus en plus d’entreprises chinoises, même Tencent ou Alibaba qui ne travaillaient pas dans ce domaine à l’origine, s’y consacrent, mais la Chine a toujours besoin de technologies étrangères pour les produire.

Les fonderies étrangères sont d’une précision microscopique, que les entreprises chinoises n’atteignent pas. Souvent, ces entreprises non chinoises veillent jalousement sur les brevets de ces technologies, et elles peuvent en bloquer l’accès à la Chine. L’investissement chinois serait aussi moins conséquent que les investissements dans d’autres pays : 150 milliards jusque 2030, alors que TSMC compte injecter 100 millions dans ses activités, pour la recherche notamment, dans les trois ans à venir.

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