La Russie recrute des soldats via des jeux vidéo populaires


Principaux renseignements

  • La Russie exploite les communautés de joueurs pour recruter des soldats en leur promettant des récompenses et en idéalisant l’engagement militaire.
  • L’influenceur Grigory Korolyov (GrishaPutin) utilise les streams de jeux vidéo pour promouvoir la participation à la guerre comme une extension naturelle du gameplay, en ciblant les jeunes influençables.
  • Au-delà du recrutement, la Russie déploie des jeux mobiles déguisés en divertissement pour recueillir des renseignements sur les infrastructures critiques dans les zones de conflit.

Les jeux vidéo ont évolué bien au-delà du simple divertissement, devenant des mondes numériques complexes où se forment des communautés et où prennent forme des idéologies. Cependant, ce paysage social peut être exploité à des fins d’influence. Les efforts de recrutement sont souvent subtilement intégrés dans ces espaces, dissimulés au sein de chats Discord, de streams en direct, de simulations de guerre et même de reconstitutions virtuelles de conflits réels.

Recrutement

Depuis 2022, la Russie a activement recruté plus de 18 000 personnes issues de 128 pays en utilisant divers canaux : centres d’escroquerie, entités privées, voies diplomatiques et culturelles, réseaux sociaux, messageries instantanées et même jeux vidéo. Le cas de deux jeunes Sud-Africains, décrit sur le site web United24Media, en est un exemple poignant.

Le duo s’est engagé pour combattre aux côtés de la Russie après avoir été contacté par un recruteur sur Discord alors qu’ils jouaient à Arma 3. On leur avait promis des récompenses financières, la citoyenneté russe et des opportunités éducatives. Tragiquement, l’un d’eux a été tué dans la région de Louhansk quelques semaines seulement après avoir signé un contrat près de Saint-Pétersbourg.

Cette stratégie de recrutement s’étend à l’Afrique, où la Russie promeut des scénarios de jeu basés sur Hearts of Iron IV et des mods associés comme African Dawn. Ces projets dépeignent la Russie comme un « libérateur » du colonialisme tout en diabolisant les nations occidentales. Les sociétés militaires privées russes, telles que la tristement célèbre Wagner PMC, sont idéalisées et présentées comme des forces légitimes.

Le rôle des influenceurs

Des blogueurs et streamers fidèles, dont Grigory Korolyov (GrishaPutin), jouent un rôle clé dans la diffusion de ce discours. Tout en collectant des fonds pour l’armée russe, GrishaPutin fait la promotion de ces jeux et présente la « participation héroïque » à la guerre comme le prochain niveau de progression dans le jeu.

L’efficacité de cette approche réside dans la nature même des jeux vidéo. Ceux-ci suscitent un fort engagement émotionnel à travers les victoires, les défaites et les systèmes de récompenses – des éléments qui peuvent influencer directement la pensée, en particulier chez les jeunes qui peuvent se sentir isolés. La réussite dans un jeu, renforcée par des stimuli liés à la dopamine, favorise une confiance en soi qui peut facilement se transposer dans la vie réelle.

GrishaPutin illustre parfaitement cette approche, attirant un jeune public grâce à ses streams sur Twitch, YouTube et VKontakte tout en faisant ouvertement la promotion de jeux associés au groupe Wagner et à la plateforme « African Initiative ». Ses activités mettent en évidence la fusion entre les outils numériques et les agendas militaires dans la guerre moderne.

Au-delà du recrutement

L’utilisation des jeux vidéo par la Russie va au-delà du recrutement pour s’étendre aux tactiques de guerre de l’information. En Ukraine, par exemple, les services de sécurité ont mis au jour des cas où des jeux mobiles comportant des éléments de réalité augmentée ont été utilisés pour recueillir des renseignements auprès d’enfants. Une application déguisée en jeu encourageait les utilisateurs à partager des données de géolocalisation et des photographies, révélant ainsi par inadvertance des informations sensibles sur des infrastructures critiques. Cela met en évidence la vulnérabilité de plateformes en apparence inoffensives face à la manipulation et à l’exploitation dans le contexte d’un conflit géopolitique.

La gamification de la guerre est une tendance préoccupante aux implications considérables. Les jeux vidéo façonnent de plus en plus la perception des conflits, normalisent la violence et intègrent des scénarios politisés. Le fait que la Russie cible un public plus jeune à travers ces tactiques souligne la nécessité d’une plus grande vigilance et d’un esprit critique lorsqu’on évolue dans les espaces numériques.

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