Il avait raison: les journaux américains sont en difficulté sans Trump

L’ex président américain Donald Trump (Credit: Paul Hennessy/SOPA Images/Shutterstock – Isopix)

À cause de la crise du coronavirus, le journalisme doit faire face à une sérieuse gueule de bois financière. L’année dernière, la population n’a jamais eu autant besoin de se tenir au courant de l’actualité. Et pourtant le nombre de publicités a chuté en flèche. Dans le même temps, les médias américains doivent affronter une crise identitaire : leur sujet de prédilection, Donald Trump, a presque complètement disparu des projecteurs. Et les journaux qui avaient construit leur modèle économique sur les frasques de l’ex-président le sentent aujourd’hui dans leur portefeuille.

De toutes les prédictions bizarres que Trump a faites en tant que président, telles que le financement du mur frontalier par le Mexique ou sa victoire facile aux élections de 2020, une s’est finalement bien réalisée. En 2017, Trump a déclaré que les médias américains ‘tomberaient dans un trou noir’ sans lui. Il semble qu’il ait vu juste. Depuis l’inauguration de Joe Biden, les journaux sont en berne.

Les éditeurs voient disparaitre en masse les lecteurs après le règne chaotique de Trump. Janvier a été le dernier mois du mandat de Trump et aussi un mois record pour les journaux. En cause: la prise d’assaut du Capitole par des partisans de Trump. Tout le monde voulait connaitre les dernières nouvelles sur ces événements. La pandémie commence en outre à faiblir depuis février, alors que la vaccination aux États-Unis est en bonne marche et que le retour à la vie normale est proche.

La fin du ‘Trump bump’

Le Washington Post a perdu 26% de son trafic entre janvier et fin février. Au total, The Post a également enregistré 7% de clics en moins en février qu’à la même période en 2020. Le New York Times a perdu 17% de son trafic en janvier par rapport à l’année précédente. Et en février, le journal new-yorkais perdait à nouveau 16% par rapport à 2020. Ce média avait pourtant réussi l’année passée à passer de 3 millions à 7,5 millions d’abonnés grâce à sa couverture critique et quotidienne de Trump.

Les plus gros perdants, cependant, sont les réseaux câblés traditionnels, avec CNN en tête. La chaîne de télé a recensé plus de téléspectateurs que ses rivaux, Fox News et MSNBC, en janvier. Mais elle a perdu 45% de son trafic au cours des cinq dernières semaines. MSNBC a perdu 26% de ses téléspectateurs au cours de la même période. Fox News qui gagnait sa vie en louant Trump n’a perdu que 6% de son audience.

La formule Trump

Depuis 4 ans, les grands médias américains mettent les frasques de Donald Trump à la une de leur édition. Il n’a donc pas été difficile de faire augmenter le nombre de visiteurs. Il suffisait d’écrire un titre accrocheur et taquin – Trump donnait parfois lui-même le bâton pour se faire frapper – et de le placer au-dessus d’un texte perspicace et de haute qualité. Cette formule ‘eureka’ était un modèle économique extrêmement efficace. Les lecteurs américains ne pouvaient pas s’empêcher de lire l’article.

Biden ne procure pas cette sensation quotidienne. C’est pourquoi les médias américains doivent maintenant revoir la manière donc ils présentent les informations pour qu’elles restent intéressantes pour le public.

Les journaux locaux n’ont pas grandi grâce à Trump

Le monde de la presse le reconnait lui-même: pour Dean Baquet, rédacteur au Washington Post, Donald Trump a vraiment aidé à la croissance du secteur médiatique. Mais il a également souligné qu’en 2020, de nombreux journalistes ont reçu des prix pour leurs travaux, qui n’avaient rien à voir avec Trump. Selon lui, d’autres grandes histoires, comme le scandale entourant le magnat du cinéma Harvey Weinstein, ont également attiré de nombreux téléspectateurs et lecteurs.

L’engouement autour de Trump n’a pratiquement pas eu d’impact sur les journaux locaux aux États-Unis. Ils continuent de voir leur tirage baisser au fil des années. Les seuls journaux qui ont connu une certaine croissance en 2020 peuvent remercier leur couverture de la crise du coronavirus.

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