FMI: « L’industrie fossile reçoit 11 millions de dollars de subventions chaque minute »

À quelques semaines de la COP26, le FMI livre un rapport sur le soutien financier dont bénéficie l’industrie des combustibles fossiles. Ses analystes établissent un constat sans équivoque: aucun pays ne fixe leur prix de manière à refléter l’intégralité de leurs coûts d’approvisionnement et environnementaux. Et ça doit changer.

D’après les calculs du FMI, en 2020, la production du charbon, du pétrole et du gaz a été subventionnée à hauteur de 5,9 billions (5.900.000.000.000) dollars. Ce qui correspond à 11 millions de dollars par minute, sur l’ensemble de l’année.

Il ne s’agit pas ici uniquement des subsides, les appuis financiers directs. Les analystes du FMI ont pris en compte l’ensemble des coûts, y compris environnementaux et humains, de l’industrie fossile.

Les subventions explicites qui réduisent le prix des carburants représentent ainsi 8% du total et les allègements fiscaux 6%. Les facteurs les plus importants sont le fait de ne pas faire payer les pollueurs pour les décès et les problèmes de santé causés par la pollution atmosphérique (42%) et pour les vagues de chaleur et autres conséquences du réchauffement climatique (29%).

Force est de constater que les prix actuels ne reflètent donc pas du tout le coût réel de la production de ces combustibles fossiles. Si tel était le cas, les émissions de CO2 en ressortiraient nettement réduites. D’environ un tiers, selon les estimations des analystes.

Le rapport du FMI a révélé que les prix étaient inférieurs d’au moins 50% à leur coût réel pour 99 % du charbon, 52% du diesel et 47% du gaz naturel en 2020. Cinq pays étaient responsables des deux tiers des subventions : la Chine, les États-Unis, la Russie, l’Inde et le Japon. Si aucune mesure n’est prise, les subventions atteindront 6,4 billions de dollars en 2025.

Enjeu majeur de la COP26

La publication de ce rapport ne tombe bien sûr pas par hasard. Elle survient à quelques semaines de la COP26, le sommet pour le climat le plus important depuis la COP21 de 2015, qui avait débouché sur l’accord de Paris. Les experts du FMI espèrent que les nations profiteront du rendez-vous pour se pencher sur cette problématique.

« La réforme du prix des combustibles fossiles ne pourrait pas tomber plus à propos », ont indiqué les chercheurs du FMI. « La fin des subventions aux combustibles fossiles permettrait également d’éviter près d’un million de décès par an dus à l’air pollué et de rapporter des milliers de milliards de dollars aux gouvernements. »

« Les avantages de la réforme seraient énormes, l’enjeu est donc considérable », a commenté Ian Parry, principal auteur du rapport du FMI. « Certains pays sont réticents à augmenter les prix de l’énergie parce qu’ils pensent que cela va nuire aux pauvres. Mais maintenir les prix des combustibles fossiles à un niveau bas est un moyen très inefficace d’aider les pauvres, car la plupart des avantages reviennent aux ménages les plus riches. Il serait préférable de cibler les ressources pour aider directement les personnes pauvres et vulnérables. »

Selon M. Parry, une tarification adéquate des combustibles fossiles poussera naturellement les producteurs d’électricité à passer aux sources d’énergie renouvelable. Cela aura également pour effet de rendre les voitures électriques plus économiques qu’elles ne le sont actuellement par rapport aux véhicules à essence et au diesel.

Il a également souligné l’importance d’une forte coopération internationale en la matière, afin que les pays ne craignent pas de perdre leur compétitivité s’ils élèvent les prix de leurs combustibles fossiles.

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