La Russie a vraiment peur de la taxe carbone aux frontières de l’UE… et veut s’y soustraire

Le mois dernier, la Commission européenne a présenté son grand projet de taxe carbone aux frontières. Voyant là une grosse menace pour son économie, la Russie prend peur. Et réfléchit à un moyen de la contourner.

A la mi-juillet, la Commission européenne avait dévoilé les grandes lignes de son projet de taxe carbone. Prévue pour 2026, celle-ci vise à imposer un prix du carbone sur certains produits importés ou fabriqués par des entreprises hors d’Europe, dans des pays aux normes environnementales plus souples. Une sorte de nouveau droit de douane, instauré pour des motifs environnementaux.

Les différents secteurs concernés (ciment, aluminium, engrais, électricité, acier et fer, etc) situés en dehors de l’Union se verront imposer progressivement l’achat de « certificats d’émissions », qui seront basés sur le prix du carbone qu’ils auraient dû acquitter si les biens avaient été produits dans l’UE, explique Les Echos.

« Des dommages incomparablement plus importants que ceux causés par les sanctions »

Ce lundi, le quotidien économique russe Kommersant a révélé les craintes d’Igor Setchine, le président du conseil d’administration du géant pétrolier Rosneft, vis-à-vis de cette taxe carbone aux frontières de l’UE.

S’adressant au président Vladimir Poutine, M. Setchine a fait valoir que cette taxe et d’autres projets similaires, pourraient causer « des dommages incomparablement plus importants à l’économie que les restrictions illégales imposées à la Russie et aux entreprises russes », rapporte le journal russe.

Comme le précise Euractiv, le patron de Rosneft fait référence aux années de sanctions étrangères contre la Russie que l’Occident a commencé à imposer en 2014 pour punir Moscou de l’annexion de la péninsule ukrainienne de Crimée.

Dans son courrier, datant vraisemblablement du 30 juin dernier, M. Setchine conseille à M. Poutine de chercher à faire inscrire la Russie sur une liste de pays exemptés de la taxe carbone en raison de la capacité d’absorption des gaz à effet de serre de leurs écosystèmes, indique également Kommersant.

M. Setchine, qui est également Vice-Premier ministre de la Fédération de Russie, propose de faire valoir la capacité d’absorption du carbone des immenses forêts russes à l’international, et de soutenir des projets de séquestration du carbone. En outre, il suggère de développer un système permettant de faire reconnaître à l’étranger les unités de carbone calculées en Russie.

Des milliards de pertes

Précédemment, Moscou avait signalé que la taxe carbone pourrait affecter des biens russes d’une valeur de 7,6 milliards de dollars (6,47 milliards d’euros), notamment le minerai de fer, l’aluminium, les tuyaux, l’électricité et le ciment. Les autorités russes avaient également estimé qu’elle pourrait toucher les exportations de pétrole, de gaz et de charbon.

Le mois dernier, Maxim Rechetnikov , le ministre russe du Développement économique, avait mis en garde quant au fait que, selon Moscou, le projet de l’UE n’était pas conformes aux règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

M. Rechetnikov avait déclaré que son pays était « extrêmement préoccupé par les tentatives d’utiliser l’agenda climatique pour créer de nouvelles barrières ». « Nous y voyons un danger », avait-il ajouté.

Visiblement très préoccupée par cette taxe carbone aux frontières de l’UE, la Russie semble donc se préparer à tout tenter pour faire capoter le projet. Ou, si elle n’y parvient pas, à en être exemptée.

En février, un haut conseiller du Kremlin avait tout de même averti les chefs d’entreprise russes de commencer à adapter leurs chaînes de production en partant du principe qu’un tarif douanier serait mis en place dans un avenir proche, rappelle enfin Euractiv.

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