Les entreprises russes commencent à se rendre compte de ce que peut leur couter la taxe carbone aux frontières de l’UE

Vladimir Poetin. Photo: Giuseppe Ciccia/Pacific Press/Sipa USA/Isopix

Une taxe carbone aux frontières de l’Europe pour compenser les pertes des entreprises européennes soumises à des règles plus strictes. Une proposition qui émane de la Commission et qui commence à faire peur.

Voilà l’UE accusée de protectionnisme par Moscou. En cause, la taxe carbone sur les produits importés dans l’UE. Un mécanisme d’ajustement qui doit frapper les pays plus coulants en matière de protection de l’environnement.

La Russie a estimé le coût d’une telle taxe qui pèserait sur ses entreprises : 3 milliards de dollars par an, selon le ministère russe des Ressources naturelles. KPMG a lui récemment évalué le coût à 60 milliards de dollars entre 2022 et 2030.

Pas simple

La Commission doit encore dévoiler les détails de sa proposition en juillet. Ce sera alors au tour du Parlement et des États membres de se saisir du dossier. Rien ne sera simple: certains pays de l’UE font plus d’affaires avec la Russie que d’autres.

De plus, pas évident de mettre en place une taxe qui dépend de la législation de pays extérieurs à l’Union. Un exemple? Aux États-Unis, les politiques environnementales se décident largement au niveau des États. Ainsi, l’UE peut se préparer à négocier avec une multitude d’acteurs pour trouver un juste prix.

On peut donc s’attendre à des mois de négociations.

Selon le Financial Times qui a interrogé des sources proches du dossier, cette taxe ne concernerait que certaines matières premières dans un premier temps: le fer, l’acier, le ciment, l’engrais, etc. Le prix sera fixé en fonction de l’équivalent carbone payé en Europe par les entreprises, à destination des pays étrangers qui ne disposeraient pas d’une législation aussi stricte que celle de l’UE.

La Russie, comme la Turquie, n’a pas de taxe nationale sur le carbone. Et vu que la Russie, en 2019, a exporté en Europe pour près de 10 milliards de dollars en produits carbonés, elle se sent à raison particulièrement visée.

‘Il semble que certains de nos partenaires ne puissent résister à la tentation d’instrumentaliser le programme climatique au profit de leurs économies’, a déclaré Artyom Bulatov, chef adjoint du département de la coopération européenne au ministère russe des Affaires étrangères, lors d’une conférence le mois dernier.

Pression politique

Au niveau des objectifs plus globaux, l’UE et les États-Unis se sont engagés à devenir neutres en carbone à l’horizon 2050. La Russie, puissance gazeuse et pétrolière, ne va pas si loin. En avril dernier, lors du Sommet pour le climat organisé par Biden, Poutine a promis de réduire ‘significativement’ les émissions nettes sans se donner d’objectif chiffré. Insuffisant, estime l’Europe.

Pendant ce temps, dans l’UE, le prix du carbone dans le cadre du système d’échange de quotas d’émission de l’UE a grimpé à 50 euros la tonne, ce qui a conduit les entreprises à demander une imposition urgente de la taxe aux frontières de l’UE. Pour compenser leurs pertes.

Une compensation pour les entreprises européennes donc, mais aussi un moyen de pression politique pour que les autres grandes puissances économiques adoptent les mêmes règles du jeu que l’UE. Et ça vaut également pour la Chine.

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