Les engrais à base de déchets humains font reparler d’eux, alors que les prix des fertilisants restent élevés

L’idée d’utiliser les déchets humains pour faire pousser de la nourriture n’est pas nouvelle. Pourtant, aujourd’hui encore, cette solution écologique et économique fait face à d’importants freins, en raison notamment du risque de contamination.

Pourquoi est-ce important ?

La guerre en Ukraine a provoqué un emballement des prix des engrais : + 300 % en août dernier. Une situation qui fait que de nombreux agriculteurs ne sont plus en mesure d’en acheter, menaçant ainsi d’affamer la planète, mettait en garde l’ONU à l'époque. Et si les prix ont depuis diminué, ils restent encore aujourd’hui à des niveaux élevés.  

L’actualité : les engrais fabriqués à partir d’excrément et d’urine humains sont sûrs à utiliser, selon une nouvelle étude scientifique consultée par Bloomberg.

  • Seules des quantités extrêmement infimes de produits chimiques provenant de médicaments ou de drogues se retrouveraient dans la nourriture.

Le contexte : face à des coûts astronomiques, les autorités cherchent désespérément des moyens d’accélérer le développement d’alternatives.

  • L’invasion russe de l’Ukraine a provoqué une explosion des prix du gaz, matière première essentielle pour les nutriments des cultures. Les coûts des engrais ont donc grimpé, nourrissant l’inflation généralisée.
  • Et si une baisse a été observée, les prix restent fort élevés.

Les déchets humains, un vrai potentiel

Les chercheurs de l’étude publiée dans la revue Frontiers in Environmental Science ont tenté de voir dans quelle quantité des déchets humains présentaient 310 produits chimiques étudiés, des produits pharmaceutiques aux insectifuges.

  • Ils ont constaté que seulement 6,5 % d’entre eux étaient présents au-dessus de la limite de détection, mais surtout dans de faibles concentrations.
    • Dans le cas de deux produits pharmaceutiques détectés dans les parties comestibles de choux fertilisés grâce à des engrais à base de déchets humains, à savoir de l’ibuprofène, un analgésique, et de la carbamazépine, un anticonvulsivant, les concentrations étaient nettement faibles.
    • Il faudrait ingurgiter un demi-million de têtes de choux pour accumuler une dose équivalente à un comprimé de carbamazépine, ont assuré les auteurs de l’étude.

« En général, le risque pour la santé humaine que des composés pharmaceutiques pénètrent dans le système alimentaire par le biais de l’utilisation de compost fécal semble faible »

Les chercheurs de l’étude

Plus encore : les auteurs de l’étude assurent que l’efficacité des engrais à base de déchets humains se rapproche de celle des alternatives artificielles.

  • « S’ils sont correctement préparés et contrôlés en qualité, jusqu’à 25% des engrais minéraux synthétiques conventionnels en Allemagne pourraient être remplacés par des engrais recyclés à partir d’urine et d’excréments humains », a déclaré l’autrice principale de l’étude, Ariane Krause.

Reste à voir si cette nouvelle étude parviendra à faire changer les mentalités, car utiliser des excréments et de l’urine humains pour fertiliser les cultures fait encore face à un important obstacle psychologique.

  • Les bénéfices potentiels sont pourtant nombreux, tant au niveau des coûts – bien que des investissements conséquents devraient être mis en place pour développer des infrastructures de récolte et de traitement – qu’au niveau environnemental puisque les matières premières pourraient être traitées et acheminées localement.
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