L’urine, un engrais aux avantages sous-estimés ; des rendements plus importants et une agriculture plus écologique

Abandonnée depuis longtemps en raison de son aspect peu ragoutant, l’utilisation de l’urine comme engrais pour le jardinage et les cultures pourrait finalement s’avérer à nouveau utile aujourd’hui. Notamment pour donner un coup de boost à des terres pauvres en nutriments qui n’ont pas forcément accès aux engrais. Une lueur d’espoir pour certains.   

Au fil des âges, l’urine a tenu une place plus ou moins importante dans nos sociétés. À l’époque des Aztèques, elle était utilisée comme antiseptique. Durant la Rome antique, elle servait de dégraissant aux teinturiers, alors qu’au 19e siècle, elle était tout bonnement utilisée comme fertilisant agricole. Le recours à l’urine pour toutes sortes de choses s’est perdu à mesure que nos us et coutumes ont évolué et que l’engrais tel qu’on le connait aujourd’hui est apparu.

Mais ces fortifiants agricoles ne sont malheureusement pas forcément accessibles à tous, pour toutes sortes de raisons, mais leurs prix, de même que leur acheminement vers des terres agricoles reculées, sont de véritables obstacles.

Lutter contre l’appauvrissement des sols

Les engrais sont en effet une denrée rare pour certains agriculteurs, alors qu’ils sont ceux qui en ont le plus besoin. Nombreux sont les agriculteurs de régions reculées, notamment de la République du Niger, à être confrontés à l’épuisement des nutriments du sol. Ajoutez à cela des conditions météorologiques difficiles et cultiver des fruits et des légumes dans le sol devient un véritable challenge.

Un problème auquel la chercheuse de l’Institut national de recherche agricole du Niger, Hannatou Moussa, a tenté d’apporter une solution en reprenant un fortifiant agricole tombé en désuétude : l’urine. Riche en phosphore, potassium et azote, ce liquide naturel est source de nutriments pour les terres.

La manière de l’utiliser a été quelque peu modifiée par rapport à avant, histoire d’éviter des problèmes de santé, par exemple. Le précieux liquide jaunâtre a en effet subi un processus de désinfection.

Des tests en terres arides

Plusieurs femmes nigériennes ont participé à des tests. Une partie d’entre elles devait continuer à cultiver leurs terres comme elles le faisaient habituellement et l’autre devait utiliser l’Oga (« Patron » en langue Igbo), le produit fertilisant à base d’urine, avec et sans fumier animal, après avoir été formée à son utilisation en toute sécurité.

Contrairement à nos excréments, le pipi est relativement stérile en raison de la présence d’ammoniac. Il ne peut cependant pas être utilisé tel quel, car il peut contenir des agents pathogènes qui peuvent survivre longtemps une fois l’urine évacuée. C’est pourquoi celle-ci doit être stockée passivement dans des bidons à des températures comprises entre 22 et 24 degrés pendant 2 à 3 mois. Après quoi, l’urine pouvait être diluée pour devenir l’Oga.

Les tests ont été réalisés sur plusieurs années, de 2014 à 2016, et sur 681 essais. Ceux qui ont eu recours à l’Oga ont obtenu une augmentation moyenne de 30% du rendement de leurs cultures de mil perlé, un type de céréale. Deux ans après l’expérience au Niger, plus d’un millier d’agricultrices utilisaient l’Oga pour fertiliser leurs cultures.

Une option pour les pays industrialisés

Mais l’Oga n’est pas réservé qu’aux terres agricoles arides, les pays industrialisés peuvent également en profiter. Cela leur permettrait d’augmenter les rendements de leurs cultures, de réduire les ressources intensives en combustibles fossiles nécessaires à leur culture, mais aussi rendre les systèmes d’assainissement plus durables.

« Des millions et des millions de dollars par an sont dépensés pour essayer de traiter nos déchets avant qu’ils ne soient rejetés dans les eaux réceptrices pour des critères acceptables d’azote et de phosphore », a déclaré Cara Beal, chercheuse en santé environnementale de l’Université Griffith, à l’Australian Broadcasting Corporation, lors de discussion sur d’éventuels essais australiens. « Mais si nous pouvons fermer cette boucle nutritive, ce serait très judicieux en termes de durabilité, d’économie circulaire et de protection un peu mieux de notre planète. »

En réalité, l’urine est déjà utilisée par des particuliers comme engrais naturel, notamment par celles et ceux qui souhaitent vivre en totale autonomie. Des projets de plus grandes envergures sont également à l’étude, notamment aux États-Unis, en Suède et en Australie.

De plus, cela réduirait de manière significative l’impact sur l’environnement, car cela voudrait dire réduire les traitements, le transport et l’acheminement des engrais. L’urine pourrait en effet être collectée et traitée localement.

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