Après leur victoire, les combattants talibans peinent à s’adapter au retour de la paix

Vainqueurs, les guerriers talibans se retrouvent désœuvrés. Certains craignent d’avoir raté l’occasion de mourir en martyrs, d’autres tentent de s’adapter à la vie citadine. Certains même osent rêver d’avenir.

Difficile pour des seigneurs de guerre et des prédicateurs qui ont bâti toute leur idéologie sur l’affrontement avec des « infidèles » de s’insérer dans une société apaisée, même quand ils l’ont conquise par les armes. C’est dans cette situation que semblent se trouver bons nombre de combattants talibans, selon The Washington Post.

Et le sujet préoccupe sérieusement les nouveaux maîtres de l’Afghanistan, qui se retrouvent avec des miliciens désœuvrés, voire déprimés. Un officier taliban en charge d’une unité de 250 soldats se confie: « Tous mes hommes, ils aiment le jihad, ils aiment le combat. Donc depuis qu’ils sont arrivés à Kaboul, ils ne se sentent plus à l’aise. Il n’y a plus de combat, ici. Beaucoup de mes combattants sont inquiets d’avoir manqué l’occasion de mourir en martyr à la guerre. Je leur dis qu’ils doivent se détendre, ils auront encore l’occasion de devenir des martyrs. Mais c’est un changement d’attitude qui prend du temps. »

Les durs lendemains de la victoire

Au-delà de l’idéologie islamiste qui glorifie la mort au combat, ces difficultés à s’adapter au retour de la paix ne sont pas sans rappeler un syndrome de stress post-traumatique (TSPT), un mal identifié après les guerres mondiales, mais qui frappe les combattants de toutes les époques et de toutes les cultures, selon des recherches récentes. Et qui peut leur faire revivre des situations traumatisantes alors qu’ils sont en sécurité. De quoi handicaper fortement certains anciens combattants, voire parfois leur empêcher tout retour à la vie civile.

Il faut dire que les talibans sont soit des vieux compagnons du mollah Omar qui reviennent de 20 ans de guérilla, soit de jeunes hommes qui n’ont appris qu’à faire la guerre. Après des années à connaître la camaraderie des combattants et l’angoisse, voire l’excitation peut-être, du combat, ils ont bien du mal à se faire à une vie soudainement plus calme, à effectuer des tâches de surveillance dans des grandes villes comme Kaboul. Certains se demandent s’ils pourront trouver une autre orientation à leur vie, maintenant que les armées occidentales sont parties et que le combat de « libération nationale » du mouvement taliban semble achevé.

Des guerriers en guise de policiers

Affectés au maintien de l’ordre, des officiers talibans admettent aussi que leurs hommes sont parfois trop brutaux avec les civils, alors que le mouvement cherche à se montrer capable de pacifier le pays tout en adoptant un visage plus modéré que durant les années 90. Des manifestations ont été réprimées, parfois dans le sang, et des journalistes ont été sévèrement battus par des miliciens. « Dans certains cas, nos hommes ont commis des erreurs », résume l’un d’entre eux. « Au début tout le monde avait peur de nous, nous étions ces guerriers venus des montagnes. Maintenant, les gens voient bien que nous sommes aussi des êtres humains. »

Certains combattants espèrent, eux, pouvoir enfin déposer les armes, et pour de bon. C’est le cas d’un des soldats interrogés par le quotidien américain. Le jeune homme de 25 ans n’aime d’ailleurs pas tant les armes que ça: « Je n’aime pas tenir un fusil. J’espère qu’avec les talibans au pouvoir, la situation sécuritaire pourra s’améliorer et que je pourrai étudier l’économie à l’université. Ma mère m’a dit qu’un pays ne peut pas être fort sans une bonne économie. »

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