Bataille pour expliquer la débâcle afghane au Congrès américain : l’armée attaque Trump

Le Congrès est en pleine audience sur les causes et les responsabilités de la débâcle en Afghanistan, et les Républicains réclament des têtes. Tout en oubliant aisément que le retrait est une décision de Trump. Même Biden n’est pas tout blanc non plus.

Ce sont deux camps irréconciliables qui se sont fait face au Congrès des États-Unis : Républicains et Démocrates se sont écharpés sur les conclusions à tirer du désastre militaire que fut l’évacuation d’Afghanistan. Et c’est l’enjeu des responsabilités qui suscite les passions les plus vives, l’opposition républicaine accusant le président Biden d’avoir abandonné le pays aux talibans.

Sauf que cette semaine, les trois généraux Milley, McKenzie et Austin, appelés à témoigner durant l’audience au Sénat consacrée au retrait d’Afghanistan ont brossé une tout autre chronologie des événements : pour eux, il n’y a aucun doute que les germes du désastre ont été plantés par Donald Trump durant son mandat : c’est sous son administration qu’a été signé un accord avec les talibans, le 29 février 2020 à Doha, au Qatar. Et le général Frank McKenzie, le chef de l’état-major général, souligne que celui-ci mentionnait déjà un retrait d’Afghanistan prévu dès mai 2021: « La signature de l’accord de Doha a eu un effet vraiment pernicieux sur le gouvernement afghan et sur son armée, psychologiquement plus qu’autre chose, mais nous avons fixé une date certaine à partir de laquelle nous allions partir et où ils pouvaient s’attendre à la fin de toute assistance. »

5.000 talibans libérés

L’accord stipulait également que les talibans s’engageaient, entre autres, à arrêter leurs attaques à l’encontre des forces américaines et de la coalition, et à négocier avec le gouvernement afghan en place une sortie honorable du conflit. Mais ils ne se sont jamais engagés dans cette seconde condition tandis que les Américains, comme convenu, arrêtaient leurs frappes aériennes et relâchaient 5.000 prisonniers. Ils offraient ainsi de facto une immense marge de manœuvre et des effectifs aguerris aux miliciens islamistes.

Un rappel historique que les Républicains, par une sorte de dissonance cognitive, ne veulent pas entendre alors que certains d’entre eux réclamaient la démission des militaires venus témoigner. « Je ne crois pas à l’idée que ce président était lié par une décision prise par un président précédent », a déclaré le sénateur de Caroline du Nord Thom Tillis. « Il ne s’agissait pas d’un traité. Et c’était clairement un accord que les talibans ne respectaient pas. Le président Biden aurait pu intervenir, réaffirmer les conditions et changer complètement le calendrier. » Et les généraux de répondre qu’avec les cadeaux offerts auparavant aux talibans, une reprise de la guerre aurait impliqué des dizaines de milliers de soldats sur le terrain, ce qu’aucun Américain n’aurait soutenu.

Dernier clou pour le cercueil afghan

Pour autant, Joe Biden ne sort pas indemne non plus de ces débats, car les militaires soutiennent qu’ils ont toujours défendu – y compris devant le résident actuel de la Maison Blanche- le maintien d’une force minimale de 2.500 soldats américains afin de soutenir les efforts militaires afghans. Pour McKenzie, la confirmation par Biden que le retrait serait total était « Le dernier clou dans le cercueil, car cela voulait dire que nos conseillers ne seraient plus là pour les unités afghanes. » Or Biden et ses conseillers tournent autour du pot dès qu’on aborde cette conviction intime que les militaires assurent avoir exprimée au président.

Les conclusions du général Mark Milley -plusieurs fois présentés comme celui qui se méfiait de Donald Trump- sonnent comme un couperet : à américaniser une guerre menée au loin, et à vouloir faire fonctionner l’armée d’un allié comme l’US Army, on court au désastre à long terme : « Les leçons du Vietnam n’ont pas été retenues. » Des mots qui tombent comme une réminiscence de Saïgon.

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