Les femmes et les journalistes : premières victimes d’un régime taliban qui ne se soucie plus de paraître modéré

Les nouveaux maîtres de l’Afghanistan ont un temps tenté de passer pour plus modérés que durant les années 1990. De toute évidence, ce n’est pas le cas : les femmes se voient déjà interdites de faire du sport, tandis que les journalistes qui tentent de couvrir les manifestations d’opposition risquent le fouet.

Alors que le nouveau gouvernement afghan intérimaire, et très majoritairement taliban, vient de prendre ses fonctions, les lois des miliciens islamistes s’abattent déjà sur les habitants d’Afghanistan, et sur les femmes en particulier. Ahmadullah Wasiq, à la tête de la commission culturelle du mouvement taliban, a ainsi annoncé sur les ondes australiennes que la pratique du sport par les femmes n’était pas acceptable pour le nouveau régime: « Je ne pense pas que les femmes seront autorisées à jouer au cricket parce qu’il n’est pas nécessaire que les femmes jouent au cricket. Elles pourraient être confrontées à une situation où leur visage et leur corps ne seraient pas couverts. L’islam ne permet pas aux femmes d’être vues ainsi. C’est l’ère des médias, il y aura des photos et des vidéos, et les gens les regarderont. L’islam et l’Émirat islamique [l’Afghanistan] ne permettent pas aux femmes de jouer au cricket ou de pratiquer ce genre de sport où elles sont exposées. »

Le sport, pas nécessaire pour les femmes

Ce n’est là qu’un des premiers éléments qui démontrent que, malgré le regard de la communauté internationale, les talibans ne semblent pas enclins à une ligne plus progressiste sur les droits des femmes. De nombreuses personnalités publiques, dont des sportives, ont fait état de menaces de la part des talibans, et beaucoup ont préféré se cacher.

D’autres ont toutefois choisi de résister : des manifestations se forment régulièrement dans les villes afghanes, bien souvent menées par des femmes qui réclament le maintien des droits dont elles bénéficiaient sous le régime précédent. Mais les seigneurs de guerre islamistes commencent à accentuer leur répression : ce mercredi, un petit rassemblement dans le centre de Kaboul a ainsi été rapidement dispersé par des hommes armés, tandis que les médias afghans ont rapporté qu’une manifestation dans la ville de Faizabad, dans le nord-est du pays, a également été dispersée. Des centaines de personnes ont manifesté mardi, tant dans la capitale que dans la ville de Herat, où deux personnes ont été abattues.

Les miliciens commencent aussi à s’en prendre aux médias afghans qui tentent de couvrir ces manifestations: deux journalistes de Etilaatroz, le journal de la capitale afghane, ont ainsi été arrêtés ce mercredi. Ils ont ensuite été battus à l’aide de fouets et de câbles, jusqu’à se retrouver à l’hôpital. Selon un journaliste d’investigation local, les deux reporters étaient couverts de « de dizaines de coups de fouet et de câble au visage et à la tête ».

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