Vous rêvez de vivre dans un des pays les plus heureux du monde ? Cette nouvelle étude risque de vous en décourager

Il vous arrive sans doute de temps en temps de tomber sur des classements recensant les pays dont les habitants sont les plus heureux. Et peut-être vous dites-vous « Pourquoi ne pas aller vivre là-bas un jour ? » ou « Pourquoi est-ce qu’on ne vit pas comme eux ? ». Une nouvelle étude vient toutefois quelque peu noircir le tableau de ces contrées apparemment idylliques.

Depuis dix ans, les Nations unies publient un rapport mondial sur le bonheur. L’occasion d’établir un classement des pays les plus heureux du monde. Pour la quatrième année d’affilée, c’est la Finlande qui a décroché la timbale en 2021, la pandémie n’y ayant rien changé. Le Danemark, la Suisse, l’Islande et les Pays-Bas se sont classés juste derrière. Depuis que le classement existe, les pays nordiques – et plus globalement européens – sont toujours tout en haut du ranking.

La Belgique s’est classée 20e l’an dernier, juste devant la France. Et donc assez loin des pays scandinaves, cités en modèle dans une multitude de domaines, où l’on a apparemment le sourire toute l’année.

Gare à l’injonction au bonheur

Brock Bastian, professeur de psychologie à l’université de Melbourne, et Egon Dejonckheere, chercheur à la KU Leuven, ont décidé d’étudier de plus près ces scores de bonheur. Ils ont interrogé plus de 7.000 personnes issues de 40 pays sur leur bien-être émotionnel, leur satisfaction dans la vie (bien-être cognitif) et leurs troubles de l’humeur (bien-être clinique).

Ils ont ensuite comparé leurs réponses avec leur perception de la pression sociale pour se sentir « positif », heureux.

Globalement, et cela a confirmé les résultats de leurs précédents travaux, les chercheurs se sont aperçu que lorsque les gens déclarent ressentir une pression pour être heureux et éviter la tristesse, ils ont tendance à présenter des déficits de santé mentale. Ils sont moins satisfaits de leur vie, éprouvent davantage d’émotions négatives, moins d’émotions positives et présentent des niveaux plus élevés de dépression, d’anxiété et de stress.

La face cachée des pays béats

Suite à cette première conclusion, les chercheurs se sont demandé si vivre dans les pays les plus heureux du monde pouvait changer la donne. Conclusion: c’est aussi là-bas que les gens sont plus susceptibles de souffrir de mal-être. En cause, on vous le donne en mille: la pression sociétale qui les pousse à être heureux.

« Nous avons constaté que la relation changeait effectivement et était plus forte dans les pays les mieux classés dans l’indice de bonheur mondial. En d’autres termes, dans des pays comme le Danemark, la pression sociale ressentie par certaines personnes pour être heureuses était particulièrement prédictive d’une mauvaise santé mentale », explique Brock Bastian sur The Conversation.

Cela ne veut pas dire que les classements sont trompeurs: globalement, les gens sont en effet plus heureux dans ces pays. En revanche, le tribut de ne pas l’être peut y être plus lourd à porter. Quand tous les gens que l’on croise sont heureux et le montrent – par des sourires, de nombreux contacts sociaux, de nombreuses activités agréables, etc. – les attentes que l’on se fixe ont encore plus élevées. Et le fait de ne pas les combler peut être plus douloureux. Ne pas s’inscrire dans cette norme du bonheur peut s’avérer très difficile à supporter.

Autrement dit, si vous êtes malheureux, aller vivre dans un des pays les plus heureux au monde est sans doute une très mauvaise idée.

Repenser le bonheur

Pour faire face à ce phénomène, les chercheurs estiment que le geste doit surtout venir des personnes heureuses. Lorsqu’elles se retrouvent avec quelqu’un qui n’est pas aussi épanoui qu’elles, elles auraient tout intérêt à faire attention à la façon dont leur béatitude risque d’encore un peu plus leur interlocuteur, qui ne se sentira pas à la hauteur. Sans pour autant se mettre broyer du noir avec lui, bien sûr. Il s’agirait surtout d’un équilibre à trouver.

Dans un même ordre d’idée, il conviendrait, selon les chercheurs, de revoir la façon dont on évalue le bonheur. Ils rappellent qu’il ne faut pas prendre en compte que les émotions positives. Être heureux, c’est aussi « bien réagir aux émotions négatives, trouver de la valeur dans l’inconfort et se concentrer sur d’autres facteurs tels que le sens et les liens interpersonnels ».

« Il est peut-être temps de classer les pays non seulement en fonction de leur niveau de bonheur, mais aussi en fonction de leur sécurité et de leur ouverture à toute la gamme des expériences humaines », conclut Brock Bastian.

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