Bourde ou impensable concession ? La phrase de Scholz à Poutine qui n’a pas plu du tout à l’Ukraine et à la Finlande

Mardi, le chancelier allemand Alexander Scholz a rencontré Vladimir Poutine en vue de le dissuader d’attaquer l’Ukraine. A-t-il réussi son pari ? Cela reste très incertain. Toujours est-il qu’il a fait une promesse au leader russe qui n’est pas du tout au goût de la Finlande.

Mardi, la Russie a annoncé procéder au retrait partiel de ses troupes stationnées à la frontière ukrainienne, amorçant un semblant de désescalade. Une annonce prise avec de grosses pincettes par l’Occident, qui craint toujours une attaque imminente.

Le même jour, Vladimir Poutine a reçu Olaf Scholz à Moscou. Avec encore et toujours un même enjeu: régler la crise par la voie diplomatique. Lors de cette rencontre, le président russe a réitéré la demande qu’il fait à l’Occident depuis des mois: une assurance que l’Ukraine ne rejoindra jamais l’OTAN.

La veille de l’entretien, le chancelier allemand s’en était tenu au discours des Occidentaux: tous les pays ont le droit de choisir librement leurs alliances, et ce principe n’est pas négociable. Mais face à Poutine, Scholz s’est avéré plus flexible. Il a fait savoir que l’expansion de l’OTAN à l’Est n’était pas à l’ordre du jour et que ce ne serait pas le cas tant qu’il serait à la tête de l’Allemagne et son homologue à la barre de la Russie. « En tout cas, j’ai le sentiment que cela pourrait prendre plus de temps, mais pas éternellement », a-t-il précisé.

« Scholz vend les plus petits »

Destiné à apaiser la Russie, ce revirement allemand a provoqué la colère de la Finlande. Ces derniers mois, le gouvernement finlandais a indiqué à plusieurs reprises qu’il ne tenait plus absolument à la neutralité qui est celle d’Helsinki depuis 1945. Rejoindre l’OTAN est une possibilité qu’il étudie désormais de près. Forcément, la sortie de Scholz, bien qu’elle visait surtout l’Ukraine, a été mal perçue, rapporte Euractiv.

Mika Aaltola, directeur de l’Institut finlandais des affaires internationales, a fait remarquer que « ce n’est pas la façon de négocier avec la Russie. Il ne faut pas trop déraper, et il faut rester raisonnablement ferme. »

De son côté, l’ancien Premier ministre finlandais Alexander Stubb a rappelé « qu’un pilier essentiel de la politique de sécurité de la Finlande reste l’option de rejoindre l’OTAN ». « La décision de poser sa candidature est la prérogative d’un État indépendant et souverain », a-t-il souligné.

Riikka Purra, président du parti nationaliste d’opposition Vrais Finlandais, a quant à elle tweeté que « l’Allemagne a mis la pagaille dans ses affaires avec sa politique énergétique (Berlin mise beaucoup sur le gaz, ndlr), ce qui entraîne une grave dépendance à l’égard de la Russie ». « Au lieu de faire quelque chose pour y remédier, Scholz vend les plus petits », a-t-elle dénoncé.

Berlin rassure, et pourtant…

L’affaire a pris une telle ampleur que la ministre finlandaise des Affaires étrangères, Pekka Haavisto, a expliqué que son ministère a contacté ses homologues allemands pour leur demander si leur position avait changé.

Berlin a tout de suite tenu à rassurer Helsinki: la porte de l’OTAN reste toujours ouverte, y compris à la Finlande. Dans la foulée, les ambassades d’Allemagne aux Etats-Unis et en Finlande ont signalé sur Twitter que l’Ukraine avait elle aussi toujours bien la possibilité de rejoindre l’Alliance. La déclaration de Scholz aurait été sortie de son contexte, et/ou mal interprétée. Les Allemands répondent en fait à côté de la question: ils rappellent le droit de l’Ukraine et de la Finlande de faire une demande d’adhésion… sans pour autant confirmer que cela pourrait se faire rapidement.

La transcription du discours du chancelier, reprise sur le site de la chancellerie, confirme ainsi bel et bien les propos de Scholz. La vidéo de son intervention parle aussi d’elle même (pour les germanophones).

On notera que les Finlandais ne sont étrangement pas les seuls à avoir « mal interprété » les propos de Scholz. L’ambassadeur d’Ukraine en Allemagne, Andriy Melnyk, a également réagi, signale le Spiegel. « Aujourd’hui, il ne s’agit pas seulement d’éviter une nouvelle guerre russe au milieu de l’Europe », a-t-il déclaré. « Et les Ukrainiens espèrent qu’aucun compromis pourri ne sera fait au-dessus de nos têtes et au détriment de notre avenir. »

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