Après la Finlande, la Suède : les tensions avec la Russie vont-elles faire basculer les pays nordiques dans l’OTAN ?

La hausse des tensions entre la Russie et l’OTAN autour de la possible adhésion de l’Ukraine à l’Alliance transatlantique pourrait avoir des conséquences qui, au Kremlin, seraient certainement perçue comme inacceptables. Plusieurs pays proches géographiquement de la Russie envisagent à nouveau de revoir l’équilibre stratégique dans lequel ils se trouvent pour assurer leur sécurité voire – la question a été soulevée – de rejoindre l’OTAN à plus ou moins long terme.

Il y a peu, plusieurs membres du gouvernement finlandais annonçaient dans leurs vœux de Nouvel An que le pays, traditionnellement neutre depuis 1945 dans la logique des grandes puissances, se réservait la possibilité de demander l’adhésion à l’OTAN. Une démarche qui serait inconcevable pour Moscou, et qui d’ailleurs ne s’attire pas vraiment les faveurs des Finlandais. Ils n’étaient que 25% à se dire favorables à une telle alliance, pour 50% contre, bien que le « oui » progresse.

Les Suédois sur le pied de guerre

Face à la hausse de l’activité militaire russe, en particulier en Baltique où des navires de transport de troupes ont récemment appareillé de l’exclave de Kaliningrad, la Suède aussi s’inquiète et se prépare à l’éventualité d’une agression en déployant ses forces, en particulier sur l’île du Gotland. Or, si le royaume scandinave a lui aussi maintenu une position neutre durant la guerre froide, il a aussi toujours entretenu une forte armée en prévision d’une possible attaque soviétique, puis s’est rapproché de l’OTAN après la chute du bloc communiste. Si la question de l’adhésion a été plusieurs fois abordée, les Suédois ont toujours préféré garder une forme d’indépendance dans leur coopération avec l’Alliance. Mais cela pourrait changer.

Selon un récent sondage, 37% des personnes interrogées diraient oui à l’adhésion à l’OTAN, tandis que 35% seraient contre, rapporte Euractiv. Toutefois, 28 % des personnes interrogées restent indécises. En 2017, 32 % ont dit oui à l’OTAN, tandis que 43 % s’y sont opposés lorsqu’on leur a posé la même question.

« Le camp du oui a pris un élan considérable par rapport à 2017. Mais environ un tiers ne peut pas répondre à la question et reste à peser les options, et c’est vraiment là que cette question se décide », a déclaré Torbjörn Sjöström, PDG de l’agence suédoise de sondages Novus. Une nette majorité des Suédois, 59 %, déclare également avoir peur de la Russie en tant que superpuissance, tandis que 29 % disent avoir peur des États-Unis en tant que superpuissance.

Au Riksdag, le parlement suédois, une majorité des partis est favorable à ce que la Suède déclare une « option OTAN », ce qui signifie que la Suède pourrait potentiellement y adhérer, mais lorsqu’il s’agit d’une adhésion effective, la plupart des députés se disent contre.

L’OTAN, un club avec des responsabilités

La diplomatie russe a déjà fait savoir que, pour elle, une extension de l’OTAN en Finlande, en Suède, et bien sûr en Ukraine, serait inacceptable. Mais c’est une situation compliquée dans laquelle se retrouve le Kremlin, qui réclame un arrêt de l’extension de l’OTAN et un retour des forces de l’Alliance dans leur sphère d’influence de 1997, sauf annonce officielle d’exercices présentée au gouvernement russe. Car si les craintes d’une extension de l’OTAN jusqu’à ses frontières sont fort compréhensibles, surtout via un pays avec qui il est en conflit larvé comme l’Ukraine, c’est bien cette intransigeance qui motive les Nordiques à se poser à nouveau la question de leur propre positionnement. Et si la Russie n’a pas de conflits territoriaux avec ces pays, elle assisterait quand même à une hostilité croissante sur son flanc balte, là où l’Estonie, membre de l’OTAN mais peu militarisée, possède déjà une (petite) frontière directe avec la Fédération de Russie.

Mais l’OTAN se retrouve tout autant dans l’embarras avec de possibles nouvelles candidatures polémiques. Il convient de rappeler que pour rejoindre pleinement l’Alliance, une nation ne doit pas constituer une menace pour l’ensemble des pays qui la composent. Dans le cas de l’Ukraine par exemple, c’est déjà une situation complexe. Comme pour la Géorgie en 2014, l’OTAN peut refuser un dossier d’adhésion et proposer à la place une solution de compromis autour d’un plan de « coopération renforcée ».

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