Voici les chiffres de la surmortalité durant la 1ère vague: la Belgique en mauvaise posture

Le site Etterbeek-Ixelles des hôpitaux Iris Sud à Bruxelles, Belgique, 29 avril. (EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ)

Une étude de l’Imperial College de Londres, publiée par la revue Nature Medicine, a comparé la surmortalité dans 21 pays industrialisés entre la mi-février et la fin du mois de mai. Au total, ces nations ont cumulé 206.000 décès supplémentaires par rapport aux niveaux attendus, mais dans des proportions très variables.

Alors que notre pays, comme d’autres, est actuellement confronté à une inquiétante seconde vague d’infections au coronavirus, l’étude dévoilée ce mercredi par l’Imperial College, et réalisée en partenariat avec différentes institutions, n’incite guère à l’optimisme. À sa lecture, on apprend en effet que la Belgique pointe au cinquième rang des pays les plus touchés par la surmortalité (décès en excès par 100.000 habitants) au cours de la première vague épidémique.

Les plus mauvais résultats en la matière sont enregistrés par l’Angleterre et le Pays de Galles, l’Espagne, l’Italie, l’Écosse et donc la Belgique. Juste derrière, suivent la Suède, les Pays-Bas et la France, tandis que ce triste top 10 est complété par la Suisse et le Portugal.

Les décès en excès exprimés en pourcentages relatifs:

Nature Medicine

À l’autre bout du spectre des 21 pays analysés, on retrouve la Bulgarie, la Nouvelle-Zélande, la Slovaquie, la Hongrie, la République tchèque et l’Autriche, ces six nations affichant même une surmortalité nulle, voire négative. Cela signifie donc qu’il y a eu moins de décès qu’attendu en temps normal dans ces pays.

Les décès en excès exprimés par 100.000 habitants:

Nature Medicine

La Belgique a recensé plus de décès liés au Covid-19 qu’il n’y a eu de morts en excès

Au total, durant la période comprise entre la mi-février et la fin du mois de mai, ce sont 206.000 personnes supplémentaires qui sont décédées, toutes causes confondues, par rapport aux niveaux attendus en l’absence de pandémie dans les 21 pays de l’étude. Ce qui correspond à une hausse de 18%.

En pourcentages absolus, 28% de ces décès en excès se sont produits en Angleterre (et Pays de Galles), 24% en Italie, 22% en Espagne et 11% en France.

À noter que la Belgique fait partie, avec la France et la Suisse, des pays qui ont annoncé un nombre de décès dus au coronavirus supérieur au nombre de décès en excès. C’est probablement le résultat de la volonté assumée des autorités belges de vouloir prendre en compte dans leurs statistiques un maximum de décès imputables au Covid-19.

L’étude de l’Imperial College pointe également le fait que ‘la pandémie et la réponse en termes de politique de santé a sans doute généré une baisse des décès dus à d’autres causes.’

Pourquoi la surmortalité?

La prise en compte de la surmortalité, plutôt que des seuls chiffres relatifs aux décès attribués au Covid-19, permet d’obtenir une image plus globale de l’impact du coronavirus sur les sociétés et leurs systèmes de santé. En effet, en mettant les centres hospitaliers sous pression, l’épidémie a également pu provoquer des victimes collatérales qui n’étaient pas nécessairement touchées par le virus. Ce sont ces personnes-là que l’analyse de la surmortalité permet de mettre en lumière.

‘L’étude des décès toutes causes confondues nous permet de mieux comprendre la façon dont les pays ont géré la pandémie et dont ils ont pris soin de la santé de leur population pendant les mesures de confinement’, résume le docteur Vasilis Kontis, auteur principal de l’étude.

‘Notre levier le plus important pour minimiser l’impact de la pandémie’

Dans leurs conclusions, les chercheurs de l’Imperial College soulignent notamment que les pays dans lesquels les excès de décès ont été très importants sont ceux qui ont le moins investi dans leurs systèmes de santé avant la pandémie de coronavirus. Ils citent par exemple l’Autriche qui compte presque trois fois plus de lits d’hôpital par habitant que le Royaume-Uni.

Isopix

‘L’investissement à long terme dans le système de santé national est ce qui permet à un pays à la fois de répondre à une pandémie et de continuer à fournir les soins quotidiens dont la population a besoin’, explique le professeur Majid Ezzati. ‘Nous ne pouvons pas démanteler le système de santé par l’austérité et attendre ensuite qu’il prenne en charge les gens lorsque les besoins sont les plus grands, en particulier dans les communautés pauvres et marginalisées’.

‘Au moment où nous entrons dans la deuxième vague, les programmes de test et de traçage, et le soutien aux personnes qui doivent s’isoler, représentent notre levier le plus important pour minimiser l’impact de la pandémie sur les décès directs Covid-19 et les décès dus à d’autres pathologies’, conclut le docteur Jonathan Pearson-Stuttard, l’un des coauteurs de l’étude.

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