Malgré une campagne de vaccination éclair, ‘l’immunité collective’ n’est pas réalisable selon les experts américains

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Le monde en est jaloux. La campagne de vaccination contre le Covid-19 aux États-Unis est lancée depuis plusieurs mois maintenant. Plus de la moitié des adultes du pays ont maintenant bénéficié d’au moins une dose de vaccin. Mais la couverture vaccinale quotidienne diminue et il existe maintenant un large consensus parmi les scientifiques et les experts en santé publique pour dire que le seuil d’immunité collective n’est pas réalisable – du moins pas dans un avenir prévisible, et peut-être jamais.

Le changement de perspective pose un nouveau défi aux autorités de santé publique. Le besoin d’immunité des masses – d’ici l’été, pensaient jadis certains experts – a captivé l’imagination d’une grande partie du public. Dire que l’objectif ne sera pas atteint ajoute un argument de plus à ceux qui ne voyaient déjà pas le vaccin d’un bon oeil.

Dr. Anthony Fauci, le conseiller en chef de l’administration Biden pour Covid-19, a reconnu le changement de pensée des experts le week-end dernier. Ils sont donc parvenus à la conclusion qu’en lieu et place d’une sortie promise depuis longtemps, le virus deviendra très probablement une menace gérable qui continuera à circuler aux États-Unis pendant des années et provoquera encore des hospitalisations et des décès. En d’autres mots, selon eux: il faut vivre avec le virus et en limiter les dégâts.

Pendant combien d’années ? Cela dépend en partie de la proportion de vaccinés aux États-Unis et dans le monde et de l’évolution du coronavirus. Cependant, il est déjà clair que le virus évolue trop rapidement, que de nouveaux variants se propagent trop facilement et que la vaccination est trop lente pour que l’immunité de groupe soit rapidement à portée de main.

Immunité du groupe: de 60% à 80% ou plus

Alors que le nouveau coronavirus commençait à se propager dans le monde au début de l’année 2020, il est devenu de plus en plus clair que le seul moyen de sortir de la pandémie serait d’immuniser le plus grand nombre de personnes possible.

Au début, le seuil d’immunité de groupe cible était estimé à environ 60 à 70% de la population. La plupart des experts s’attendaient à ce que nous puissions y parvenir dès que les vaccins seraient disponibles.

Mais au fur et à mesure que les vaccins étaient développés et que leur distribution augmentait, les estimations de ce seuil ont commencé à être revues à la hausse. En effet, les calculs initiaux étaient basés sur la capacité d’infection de la version originale du virus. Le variant prédominant qui circule maintenant chez nous, mais aussi aux États-Unis, c’est le B.1.1.7, identifié pour la première fois en Grande-Bretagne. On estime aujourd’hui qu’il est environ 60% plus transmissible.

En conséquence, les experts calculent désormais le seuil d’immunité de groupe à au moins 80%. Si des variants plus infectieux se développent, ou si les scientifiques découvrent que les humains immunisés peuvent encore transmettre le virus, le calcul devra être revu à la hausse.

1 Américain sur 3 ne veut pas se faire vacciner, mais ce n’est pas le seul problème

Les sondages montrent qu’environ 30% de la population américaine hésite toujours à se faire vacciner. On s’attend à ce que ce nombre s’améliore, mais probablement pas assez. Et bien que ce soit l’une des principales raisons pour lesquelles les États-Unis ont peu de chances d’obtenir l’immunité collective, ce n’est pas la seule raison.

L’immunité collective est souvent décrite comme un objectif national. Mais c’est un concept vague dans un pays de la taille des États-Unis. Si la couverture est de 95% aux États-Unis dans leur ensemble, mais de 70% dans une petite ville, le virus se propagera dans la petite ville. Le degré d’isolement d’une région particulière dépend d’un éventail vertigineux de facteurs. De plus, étant donné le degré de mouvement entre les régions, une petite vague de virus dans une région à faible taux de vaccination peut facilement se propager à une zone où la majorité de la population est protégée.

Dans le même temps, la connexion entre les pays, d’autant plus que les restrictions de voyage diminuent, souligne l’urgence de protéger non seulement les Européens ou les Américains, mais aussi partout dans le monde. Tous les variants qui surgiront dans le monde finiront par atteindre l’Europe ou les États-Unis.

L’élimination locale est le nouvel objectif

Et de nombreuses régions du monde sont loin derrière les États-Unis en termes de vaccinations, ainsi que l’Europe. Moins de 2% des personnes en Inde sont actuellement complètement vaccinées et en Afrique du Sud moins de 1%.

Si le seuil d’immunité de groupe s’avère impossible à atteindre, le plus important sera de contrôler les hospitalisations et les décès après l’assouplissement des restrictions pandémiques. En se concentrant sur la vaccination des plus vulnérables, les États-Unis ont déjà réduit ce nombre. Si la couverture vaccinale de ce groupe continue d’augmenter, on s’attend à ce que le coronavirus devienne saisonnier au fil du temps, tout comme la grippe, et affectera principalement les personnes jeunes et en bonne santé.

À plus long terme – une génération ou deux – l’objectif est de ‘transformer’ le nouveau coronavirus pour qu’il ressemble davantage à ses cousins ​​qui causent le rhume. Cela signifierait que la première infection surviendra tôt dans l’enfance et que les infections ultérieures seront bénignes en raison d’une protection partielle, même si l’immunité diminue.

Mais l’éradication du virus est impossible à ce stade. L’élimination locale est le nouvel objectif. Si les communautés continuent de tester et de surveiller avec vigilance, il peut être possible de maintenir le nombre de nouveaux cas si bas que les responsables de la santé puissent identifier toute nouvelle introduction du virus pour réprimer immédiatement une épidémie potentielle. La stratégie est décrite dans un article publié jeudi dans la revue scientifique The Lancet.

Les enfants devront également être vaccinés

L’objectif final a changé, mais le défi le plus pressant reste le même: continuer à vacciner pour rester au-dessus du seuil. Le scepticisme de nombreux Américains quant aux vaccins et le manque d’accès à ces vaccins par certaines populations – les sans-abris, les travailleurs migrants, les communautés de couleur – font qu’il est difficile d’atteindre cet objectif.

Les biais sociaux de la vaccination ne feraient qu’empirer cette attitude, estiment certains experts. Les gens ont souvent besoin de voir les autres membres de leur cercle social embrasser quelque chose avant de vouloir l’essayer. Mettre l’accent sur les avantages de la vaccination pour leur vie personnelle peut être plus motivant que la vague idée de l’immunité collective.

Bien que les enfants propagent le virus moins efficacement que les adultes, les experts américains conviennent tous sur le fait que la vaccination des enfants sera également importante pour maintenir le nombre de cas de Covid à un faible niveau.

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