L’espérance de vie des Américains a chuté d’un an, et c’est bien pire pour les hommes noirs

Les hommes afro-américains, principales victimes du Covid-19 aux Etats-Unis – (AP Photo/Lynne Sladky, File)

Faisant plus de 490.000 morts aux États-Unis, la pandémie de Covid-19 a plombé l’espérance de vie à la naissance des Américains. Une telle chute n’avait plus été observée depuis la Seconde Guerre mondiale.

Le National Center for Health Statistics (NCHS) a rendu publics les chiffres liés à l’évolution de l’espérance de vie à la naissance des Américains au cours du premier semestre de 2020. Le constat est clair. Malgré le fait que le Covid-19 n’ait officiellement atteint les États-Unis qu’à partir de mars, il a fait des ravages.

L’espérance de vie moyenne des Américains a chuté de un an, passant d’une moyenne de 78,8 ans à 77,8 ans.

Très grosse chute chez l’homme noir

Parallèlement à ce chiffre basé sur l’ensemble de la population américaine, le NCHS a pu établir des statistiques plus précises, relatives au sexe et aux origines ethniques.

La baisse de l’espérance de vie a été plus marquée chez les hommes (de 1,2 an, passant à 75,1 ans) que chez les femmes (de 0,9 an, passant à 80,5 ans). L’écart entre les sexes est donc désormais de 5,4 ans, soit le plus grand nombre depuis deux décennies.

La différence est encore plus marquée lorsque l’on se penche sur l’origine ethnique. Ainsi, le groupe qui a subi le plus important déclin concerne les hommes noirs non-hispaniques. Lors du premier semestre de l’année écoulée, leur espérance de vie a chuté de… trois ans. Elle est tombée à 72 ans. Les femmes noires non-hispaniques ont elles aussi vu leur espérance de vie dégringoler, perdant 2,4 ans.

L’espérance de vie des hommes et femmes hispaniques a elle aussi baissé de façon plus marquée, sans pour autant atteindre les proportions de celle des personnes noires.

Ces différences ethniques s’expliquent principalement par le fait que la population afro-américaine est globalement plus pauvre. Elle vit dans des conditions plus précaires et accède moins facilement aux soins de santé que le reste de la population.

Le Covid-19, principal élément déclencheur

Contrairement aux idées reçues, avant 2020, l’espérance de vie n’était pas en constante progression, du moins aux États-Unis. Cela faisait déjà plusieurs années qu’elle reculait. Cette chute d’un an est toutefois la plus lourde jamais enregistrée depuis la Seconde guerre mondiale.

D’après le NCHS, le Covid-19 est le grand responsable de cet important déclin. Mais les morts par overdose, qui ont elles aussi augmenté en cette sinistre période, y sont également pour quelque chose.

‘Si vous vous rappelez bien, au cours des dernières années pré-pandémiques, il y a eu de légères baisses de l’espérance de vie dues en partie à l’augmentation des décès par overdose’, a expliqué à NPR Jeff Lancashire, porte-parole du NCHC. ‘Il est donc probable qu’ils y contribuent aussi [cette année], mais nous ne savons pas dans quelle mesure. Le Covid-19 est responsable d’environ 2/3 de tous les décès de surmortalité en 2020, et cette surmortalité est le moteur de la baisse de l’espérance de vie à la naissance’.

Des chiffres à nuancer

Notons que les chiffres avancés par le NCHS ne sont pas encore définitifs. Ils se basent sur des données de certificats de décès provisoires.

En outre, il y a une saisonnalité dans les modèles de décès, plus de décès se produisant généralement en hiver qu’en été. Ces données semestrielles n’en tiennent pas compte. Rappelons également que ces chiffres, arrêtés en juin 2020, sont loin de recouvrir l’ensemble de la pandémie de Covid-19.

Enfin, le coronavirus a touché les États-Unis d’une manière différente au cours de l’année. Au début de la crise, ce sont surtout les zones plus urbaines – où on retrouve davantage de personnes noires et hispaniques, tranches de la population les plus touchées – qui ont été atteintes. Le virus s’est répandu dans les milieux plus ruraux plus tard dans l’année.

Ces quelques facteurs mènent les auteurs de l’étude à penser que ‘l’espérance de vie à la naissance pour la première moitié de 2020 pourrait avoir été sous-estimée’.