Le célèbre investisseur Carl Icahn craint une récession, voire « pire » : une nouvelle étude appuie ses prédictions et met l’Europe en alerte

Dans une interview accordée à la télévision américaine, l’investisseur Carl Icahn a fait part de prédictions pour le moins pessimistes. Selon lui, nous ne sommes plus à l’abri d’une récession.

Carl Icahn, dont la fortune est estimée à 20 milliards de dollars par Forbes, estime qu’un ralentissement de notre économie pourrait bien poindre à l’horizon: « Je pense qu’il pourrait très bien y avoir une récession ou même pire », a déclaré le célèbre investisseur dans l’émission Closing Bell Overtime de CNBC.

« J’ai tout gardé couvert ces dernières années. Nous avons une forte couverture sur les positions longues et nous essayons d’être proactifs pour obtenir cet avantage… Je suis négatif, comme vous pouvez l’entendre. À court terme, je ne fais même pas de prévision », a-t-il ajouté.

D’après lui, l’inflation galopante est une menace majeure pour l’économie. Et la guerre en Ukraine n’a fait qu’ajouter plus d’incertitude à ces perspectives.

« Il y aura un atterrissage brutal »

La semaine dernière, la Réserve fédérale a relevé ses taux d’intérêt pour la première fois en plus de trois ans, les situant désormais dans une fourchette de 0,25% à 0,50%. Une mesure prise en vue de lutter contre l’inflation, qui atteint son niveau le plus élevé depuis 40 ans et qui menace d’empirer au vu de la situation en Ukraine.

« Je ne sais vraiment pas s’ils peuvent organiser un atterrissage en douceur », a déclaré Icahn. « Je pense qu’il y aura un atterrissage brutal… L’inflation est une chose terrible quand elle se déclenche », a signalé Carl Icahn.

L’investisseur craint qu’une mauvaise gestion de la situation par les entreprises puisse conduire à des catastrophes. « Il n’y a pas de responsabilité dans les entreprises américaines. Vous avez de très bonnes entreprises, de très bons PDG, mais beaucoup trop ne sont pas à la hauteur », a-t-il déploré.

Parallèle avec 1991

Selon une étude de la Federal Reserve Bank of Dallas publiée mardi, les risques de récession évoqués par Carl Icahn sont bien réels.

« Si la majeure partie des exportations d’énergie russe est retirée du marché pour le reste de l’année 2022, un ralentissement économique mondial semble inévitable », ont écrit les économistes Lutz Kilian et Michael Plante, cités par Bloomberg. « Ce ralentissement pourrait être plus prolongé que celui de 1991 ».

D’après eux, il y a un parallèle à établir avec la récession mondiale de 1991, déclenchée par l’invasion du Koweït par l’Irak l’année précédente, qui avait provoqué un choc d’approvisionnement en pétrole. À l’époque, l’Arabie saoudite avait en partie réduit l’impact en s’engageant à augmenter sa production, contribuant ainsi à ce que les chercheurs appellent « une brève récession américaine », qui a duré moins d’un an.

Les économistes de la Fed Dallas craignent que, cette fois, l’offre de pétrole ne suive pas du tout. Ce qui provoquera un choc inflationniste qui comprimera les dépenses.

« À moins que le déficit de l’offre russe de pétrole ne puisse être contenu, il semble nécessaire que le prix du pétrole augmente considérablement et reste élevé pendant une longue période pour éliminer l’excès de demande de pétrole », ont-ils noté. « Cette destruction de la demande sera probablement favorisée par l’effet récessif de la hausse des prix du gaz naturel et des autres produits de base, notamment en Europe. »

Le FMI tempère

Mardi, la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) a tenu à calmer les craintes. Pour Kristalina Georgieva, citée par Les Echos, l’activité économique mondiale « devrait rester en territoire positif ».

Elle a toutefois indiqué que l’institution internationale allait revoir à la baisse ses prévisions le mois prochain. Là où la croissance aurait dû repartir à la hausse et l’inflation refluer, « nous sommes passés en raison de la guerre en Ukraine à un environnement inverse », a-t-elle noté. Elle a également rappelé que la pandémie et le réchauffement climatique étaient deux autres crises qui s’ajoutaient à l’ukrainienne.

Fin janvier, le FMI avait baissé d’un demi-point sa prévision de croissance mondiale pour cette année, la faisant passer à 4,4%. Une prévision qui va donc à nouveau baisser, mais d’après Kristalina Georgieva, la croissance devrait rester supérieure à 3,5%. 

La directrice générale du FMI n’exclut toutefois pas de graves conséquences – « un risque possible de récession » – dans les pays émergents. Et particulièrement ceux « à faible revenu qui sont en situation de détresse sur le plan de leur endettement ». La hausse des prix de l’énergie et de l’alimentation risque de mener à des famines, a-t-elle prévenu.

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