Le brouillard de la guerre brouille le marché du pétrole: 3 visions différentes qui alimentent l’incertitude

Le brouillard de la guerre brouille la vision de trois organes qui donnent des prévisions d’offre et de demande, et de l’impact de la guerre, fort différentes. Et cela plonge les cours du pétrole dans l’incertitude.

Un montée en flèche jusqu’à presque 140 dollars le baril, puis une retombée sous les 100 dollars, puis sous le prix affiché avant l’invasion, avant de repartir à la hausse : ces trois semaines de conflit en ont fait voir de toutes les couleurs au pétrole brut.

Le marché est volatil, c’est le moins qu’on puisse dire. En résumé, les faits d’actualité qui ont eu un effet sur ce mouvement de montagnes russes sont la possibilité de pénuries sur le marché à cause de boycotts et d’embargos sur le pétrole russe, puis de larges confinements en Chine, qui font baisser la demande. Trois organes importants sur le marché ne font pas la même lecture de ces faits d’actualité, et prévoient des effets très différents sur l’évolution de la demande, de l’offre, et du prix : un « brouillard » qui participe à la volatilité.

L’OPEP, l’Agence internationale de l’Energie, et l’U.S. Energy Information Administration ne dressent pas le même portrait, ni pour la demande, ni pour l’offre. Cependant, toutes indiquent qu’il existe de nombreuses incertitudes.

Demande : business as usual ou réduction?

Ne dites pas « guerre ».

  • L’OPEP a par exemple publié un rapport de 90 pages, consulté par Yahoo Finance, où le mot « invasion » n’apparaît pas une seule fois, le mot « guerre » une seule fois. Ils sont tous deux repris sous la locution « crise en Ukraine ». Quelles que soient les raisons du choix lexical, les prévisions de l’OPEP semblent en tout cas à la traîne. Les analystes reconnaissent que si la guerre venait à durer dans le temps, elle aurait des impacts négatifs sur l’activité économique en 2022, mais en même temps ils revoient la demande en pétrole à la hausse, par rapport à ce qu’ils avaient prédit en février, avant l’invasion.

« Cela va dépendre »

  • De son côté, U.S. Energy Information Administration a revu à la baisse sa prévision de la demande en 2022, mais pas de manière significative. Mais elle admet que son analyse est peut-être incomplète, car les modèles économiques sur lesquels elle se base pour estimer la consommation ont été établis avant la guerre. Pour l’heure, elle reste donc dans une position attentiste : « Les perspectives dépendront de la manière dont l’activité économique et les voyages réagiront aux événements et sanctions, récents et futurs ».

Le prix va massivement réduire la demande.

  • L’Agence internationale de l’Energie, de son côté, voit des changements radicaux. L’impact est important et immédiat. Sur l’année, elle voit la demande baisser de 950.000 barils par jour, avec la plupart de la baisse au deuxième et troisième trimestre. Les prix trop élevés seront responsables pour une baisse d’environ 400.000 barils, et l’activité économique, réduite, sera responsable pour le reste de la baisse.
  • En Russie, la baisse de la demande sera de 435.000 barils par jour, notamment à cause de la crise économique et à cause de la réduction drastique de possibilités de destinations pour les compagnies aériennes, qui ont vu le ciel occidental se fermer à elles.

Offre : baisse vertigineuse ou aucune différence?

Toujours pas de guerre.

  • Dans ses prévisions de la production, l’OPEP ne voit aucun impact de la « guerre ». La Russie et les autres pays continueraient donc à extraire du pétrole comme avant.

Crise énergétique en devenir.

  • L’Agence internationale de l’Energie, fait une lecture diamétralement opposée. Elle voit la production russe diminuer de 30% dans les semaines à venir, soit environ trois millions de barils par jour. Faute de repreneurs, et faute de demande dans le pays même, la Russie sera contrainte à réduire sa production, et cela conduira à une crise énergétique mondiale.
  • L’offre mondiale baissera de 2,8 millions de barils par jour, estime l’agence encore. Mais selon l’analyse de Yahoo Finance, il n’y a aujourd’hui pas encore de signes de cette baisse de production, car les pétrolier russes trouvent encore preneur, même s’ils doivent aller voir plus loin.

Baisse russe mais pas de baisse mondiale.

  • L’U.S. Energy Information Administration, de son côté, s’attend à une baisse de la production en Russie, mais l’offre mondiale devrait rester constante, et augmenter de 0,5 millions de barils par jour d’ici la fin de l’année.

Conclusion: Ces trois analyses fort différentes peuvent donner l’impression d’une incertitude, et alimentente la volatilité. Le marché interprète la demande et l’offre, selon les différentes prévisions, afin de fixer les prix. Les intérêts ne sont pas non plus les mêmes, avec l’OPEP qui se satisfait très bien de prix élevés, l’AIE qui adopte une vision globale et l’U.S. Energy Information Administration qui analyse le marché selon ses propres intérêts.

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