La nomination d’Amy Coney Barrett à la Cour suprême est un coup de maître

Isopix

Anti-avortement et fervente chrétienne, celle qui est amenée à remplacer la défunte Ruth Bader Ginsburg pourra difficilement être attaquée sur ces terrains. Hyper-compétente, les démocrates auront du mal à lutter contre sa nomination.

La nomination par le président Trump d’Amy Coney Barrett pour faire pencher la Cour suprême du côté conservateur est en gestation depuis un certain temps. ‘Je la garde en réserve pour Ginsburg’, avait anticipé Donald Trump en 2019 déjà. Du nom de la deuxième femme de l’histoire à avoir été nommée à la Cour suprême. Ruth Bader Ginsburg est décédée le 18 septembre dernier à l’âge vénérable de 87 ans, après avoir longtemps lutté contre un cancer du pancréas.

Le Sénat doit se prononcer sur cette nomination en pleine campagne présidentielle. ‘Jamais dans l’histoire de notre nation un juge à la Cour suprême n’a été désigné et installé alors qu’une élection présidentielle est déjà en cours’, a fustigé le candidat démocrate Joe Biden.

Anti-avortement et hyper-catholique? Et alors…?

Mais les démocrates pourront difficilement s’opposer à la nomination d’Amy Coney Barrett. ‘Bonne chance, les démocrates’ a tweeté un internaute lors de son arrivée à la Maison-Blanche à bord d’une fourgonnette Honda Odyssey, accompagnée de son mari de ses 7 enfants. Celle qui est ouvertement anti-avortement a tout d’une famille modèle. Une critique récurrente contre les pro-life consiste à les mettre au défi d’adopter un enfant pour lutter contre la misère du monde. Eh bien Amy Coney Barrett en a adopté deux: une jeune fille et un jeune garçon haïtiens. Sa plus jeune fille est en outre atteinte du syndrome de Down.

Jugée comme ‘hyper-compétente’, tant par ses amis que ses ennemis, les démocrates devront faire preuve de créativité pour décrédibiliser la native de La Nouvelle-Orléans lors des auditions au Sénat, qui débuteront sans doute autour du 12 octobre.

Conservatrice et hyper-catholique – elle est membre d’une communauté qui fait étrangement penser à la série à succès The Handmaid’s Tale – les démocrates pourront difficilement la critiquer sur ce terrain. Nous sommes en Amérique, pays où la séparation entre l’Église et l’État n’est pas toujours évidente, et décrit en 1831 déjà par le politicien français Alexis de Tocqueville en ces termes: ‘C’est la religion qui a donné naissance aux sociétés anglo-américaines: il ne faut pas l’oublier ; aux États-Unis, la religion se confond donc avec toutes les habitudes nationales et tous les sentiments que la patrie fait naître.’

Obamacare

Pourquoi cette nomination? Certains avancent l’hypothèse d’un refus de Donald Trump de reconnaitre les résultats de l’élection en cas de défaite. Autant avoir la Cour suprême de son côté. Mais à plus courte échéance, le milliardaire vise surtout l’Obamacare, réforme iconique de son prédécesseur.

C’est sur ce terrain que les attaques des démocrates se concentreront. Joe Biden a d’ailleurs déjà dégainé: ‘Le président Trump tente depuis quatre ans d’éliminer l’Affordable Care Act (…). Maintenant, ce gouvernement pense avoir soudainement trouvé une faille avec la mort tragique de la juge Ginsburg. Nous sommes toujours au milieu de la pire crise sanitaire mondiale depuis un siècle (…) et pourtant l’administration Trump demande à la Cour suprême d’abroger tout l’Affordable Care Act.’

Le vote du Sénat devrait intervenir autour du 26 octobre. Dans l’état actuel des choses, la nomination de la juge Barrett devrait être une formalité.