La colchicine est-elle vraiment le remède miracle contre le Covid-19?

Colchicine – Isopix

Ce week-end, une annonce de l’Institut de Cardiologie de Montréal (ICM) a apporté un élan d’optimisme en vue du traitement des malades du Covid-19. La colchicine a été présentée comme ‘le seul médicament oral efficace pour traiter les patients non-hospitalisés’.

Le communiqué publié par l’institut québécois au sujet des effets bénéfiques de la colchicine a fait l’effet d’une bombe aux quatre coins du monde. Portant sur près de 4.500 patients répartis au Canada, aux Etats-Unis, en Amérique du Sud, en Europe et en Afrique du Sud, une étude sur la colchicine a révélé que le médicament ‘a réduit de 21% le risque de décès ou d’hospitalisation chez les patients atteints de COVID-19 comparativement au placebo’.

Dans une interview accordée à l’AFP, le Dr Jean-Claude Tardif, chef de l’ICM et directeur de l’étude, a fait part de son enthousiasme.

‘Nos résultats amènent un espoir important pour les patients, pour les systèmes de santé et les gouvernements. Finalement on apporte une partie d’une solution significative pour réduire les hospitalisations et éventuellement réduire la congestion du système hospitalier’, s’est-il réjoui.

Pourquoi ça marche?

Anti-inflammatoire peu onéreux, la colchicine est principalement connue pour être utilisée dans le cadre du traitement de la goutte. Elle sert également à soigner les personnes souffrant de fièvre méditerranéenne familiale et de la maladie de Behçet. Comme le note le Dr Tardif, la colchicine est également prescrite pour le traitement de la péricardite.

‘L’hypothèse qui sous-tendait l’étude était que la raison pour laquelle les patients développent des complications dans la Covid, c’est la réponse inflammatoire exagérée que les globules blancs du patient développent en réaction au virus (…) Notre intuition c’était que réduire cette réaction inflammatoire exagérée qu’on appelle tempête inflammatoire dans la covid, pourrait prévenir les complications avec un médicament puissant comme la colchicine’, détaille le chercheur canadien.

Comme l’indique Le Soir, l’utilisation de la colchicine pour traiter les patients touchés par le Covid-19 n’est pas une nouveauté en soi. Le médicament a déjà été utilisé chez les malades souffrant d’une hyper-réaction inflammatoire de leur organisme.

L’étude québécoise surprend car elle indique que la colchicine peut également être administrée chez les patients non-hospitalisés, de façon préventive. Ce qui permettrait donc de diminuer les évolutions graves de la maladie et de soulager les hôpitaux.

Peut-on en acheter en pharmacie en Belgique?

Une autre raison qui explique l’optimisme inhérent à cette étude réside dans le faible coût de la colchicine. ‘La découverte qu’on a effectuée ne sera pas seulement utile en France, au Canada et aux Etats-Unis et dans les pays du G8 (…) Les pays émergents, les pays pauvres, l’Afrique, l’Asie pourront rapidement bénéficier de cette colchicine peu coûteuse et qui se prend sous forme de comprimé par la bouche’, se félicite le Dr Tardif.

La colchicine est effectivement disponible dans les pharmacies belges. Elle nécessite toutefois une prescription du médecin traitant. Comme le note Philippe Devos, président du syndicat belge des médecins (Absym), tout médecin peut prescrire la colchicine pour un de ses patients souffrant du Covid-19.

Précision importante: la responsabilité de cette prescription – et des éventuels effets secondaires du médicament – incombe totalement au médecin. Dans l’attente d’une autorisation de l’agence fédérale des médicaments, la colchicine reste pour l’instant déconseillée dans le cadre du traitement du Covid-19. Il faut notamment se montrer vigilant afin d’éviter un surdosage, qui pourrait déboucher sur des effets indésirables plus ou moins graves.

Pourquoi une certaine méfiance reste-t-elle de mise?

Suite à la parution du communiqué de l’ICM, la Grèce a immédiatement autorisé l’administration orale de la colchicine afin de soigner les malades du Covid-19. Toutes les personnes âgées de plus de 60 ans et testées positives au virus devront s’en faire prescrire sous le contrôle de leur médecin. Il en sera de même pour les personnes âgées de 18 à 60 ans qui souffrent d’une maladie sous-jacente ou qui font de la fièvre (+38°C) pendant au moins 48h.

En Belgique, on reste pour l’instant plus prudent. Principalement car l’étude québecquoise n’a pas encore été publiée dans son entièreté et qu’elle n’a pas pu être soumise à l’évaluation de pairs. Le Dr Tardif a annoncé que celle-ci avait été soumise à un ‘grand journal scientifique’ dimanche.

‘Je ne peux pas évidemment présumer de la date de publication, le journal va faire son travail. […] On va communiquer le plus rapidement possible le reste des résultats, peut-être même avant la publication finale (dans ce journal). Nos résultats, nous sommes convaincus qu’ils sont probants, convaincants, et qu’ils peuvent être utilisés immédiatement au bénéfice des patients’, a annoncé le directeur de l’étude.

Une fois cette étude publiée, les différentes agences réglementaires pourront la consulter et se prononcer sur l’administration de la colchicine dans le cadre du traitement du Covid-19. En attendant, vous pouvez consulter le communiqué de l’ICM ici et en apprendre davantage sur le protocole des essais cliniques ici.

Bien qu’une certaine méfiance reste de mise, le porte-parole interfédéral de la lutte contre le coronavirus Yves Van Laethem a déclaré sur le plateau de RTL qu’il s’agissait du ‘pas le plus important qu’on ait fait dans le traitement du Covid-19 depuis le début’. Comme l’ont fait remarquer les auteurs de l’étude, il s’agirait du premier médicament pouvant être prescrit avant l’hospitalisation, ce qui permettra de soigner les malades avant que leur santé ne se dégrade et de désengorger les établissements hospitaliers.