« Incompétence, négligence et mauvaise gestion »: première critique saoudienne contre le retrait des USA en Afghanistan

Depuis que les talibans ont repris le pouvoir en Afghanistan il y a deux semaines, l’Arabie saoudite est restée aussi absente sur le terrain que silencieuse dans ses propos. Ce week-end, l’ancien chef du renseignement saoudien a brisé la glace. Et il n’y est pas allé de main morte.

Alors que plusieurs Etats arabes du Golfe, tels que le Qatar et les Émirats arabes unis, ont soutenu les États-Unis dans leur opération d’évacuation de Kaboul, l’Arabie Saoudite, pourtant alliée des Américains, n’a pas apporté son aide.

Dans le même temps, Riyad a signé un accord de coopération militaire avec Moscou. Un deal qui semble constituer un signal clair d’infidélité à Washington, ce qui n’a pas manqué d’être soulevé par des chroniqueurs américains de renom.

Ce week-end, un commentaire particulièrement critique vis-à-vis des États-Unis a été émis par l’Arabie Saoudite. Et ce, par la voix du prince Turki ben Fayçal Al Saoud, auprès de CNBC. M. ben Fayçal a dirigé l’Agence saoudienne de renseignements entre 1979 et 2001, démissionnant dix jours avant les attentats du 11 septembre. Par la suite, il a été l’ambassadeur saoudien au Royaume-Uni, puis aux États-Unis.

Une issue inéluctable

Interrogé sur le retrait des troupes américaines en Afghanistan, le prince Turki ben Fayçsal n’y est pas allé avec le dos de la cuillère.

« Je ne sais pas quel mot utiliser, qu’il s’agisse d’incompétence, de négligence, de mauvaise gestion – tout était une combinaison de ces choses », a-t-il déclaré.

D’après lui, les États-Unis savaient pertinemment bien que leur départ rimerait avec un retour des talibans au pouvoir.

« Lorsque M. Trump a conclu l’accord avec les talibans avant de quitter son poste, il était inévitable que le gouvernement perde sa légitimité », a-t-il ajouté. « Il est difficile de savoir ce qui a conduit les États-Unis à négocier avec eux. »

« C’est très inquiétant »

Lors de l’interview, M. Ben Fayçal a également émis des craintes relatives au matériel de guerre américain laissé à la disposition des talibans. Et, potentiellement, d’Al-Qaïda et de l’État islamique du Khorasan, qui a revendiqué le double attentat de jeudi dernier à Kaboul et qui a tué plus de 110 Afghans et 13 membres des services américains.

« Vous savez qu’Al-Qaïda a ciblé le Royaume (d’Arabie saoudite, ndlr) avant tout le monde. C’est très inquiétant, cet aspect des choses, et maintenant avec cet armement sur lequel l’allié des talibans, Al-Qaïda, pourrait mettre la main, cela va être encore plus inquiétant », a-t-il signalé.

Les talibans ont posé en photo avec une série d’armes et de véhicules de fabrication américaine, qui avaient été donnés à l’armée afghane, laquelle en a été dépossédée en quelques jours.

Selon le prince, ce sont diverses puissances rivales des États-Unis qui vont à présent prendre le leadership en Afghanistan. A savoir, d’après ses dires, la Chine, la Russie, l’Iran et le Pakistan. Lesquels auront par conséquent un rôle à jouer vis-à-vis des talibans et des groupes terroristes qui vont tenter de profiter de ce terreau.

« Il y a quelque chose qui se passe entre les talibans et ces pays à propos de la direction qu’ils vont prendre à l’avenir », a commenté M. Ben Fayçal. En revanche, il estime qu’on ne peut pas encore dire que les Américains ont perdu leur suprématie mondiale. « Je pense qu’il est encore trop tôt pour juger si l’Amérique vit un moment décisif », a-t-il conclu.

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