Comment la virée dans l’espace de Jeff Bezos a décuplé l’hostilité d’Elizabeth Warren à son égard

Elizabeth Warren avait basé sa campagne présidentielle de 2020 sur son idée de taxer les grosses fortunes. Dans son costume de sénatrice, elle n’a pas du tout abandonné son combat. Et le vol de Jeff Bezos dans l’espace lui a donné du grain à moudre.

En l’espace de quelques jours, Elizabeth Warren a multiplié les piques à l’égard de Jeff Bezos. Sa virée de dix minutes à bord de la fusée de Blue Origin et les déclarations qu’il a faites à son retour sur Terre n’ont pas plu du tout à la sénatrice démocrate.

En début de semaine, c’est sur Twitter que Mme Warren a décoché ses flèches.

« L’homme le plus riche de la planète peut se lancer dans l’espace alors que plus de la moitié du pays vit au jour le jour, que près de 43 millions de personnes sont criblées de dettes d’études et que les frais de garde d’enfants obligent des millions de personnes à quitter leur emploi. Il peut se permettre de participer pour que tout le monde ait une chance », a-t-elle tweeté.

La sénatrice a ensuite réagi aux commentaires de Jeff Bezos, qui avait remercié les employés d’Amazon d’avoir « payé pour tout cela », c’est-à-dire d’avoir permis de financer Blue Origin et in fine d’envoyer leur patron dans l’espace.

« Jeff Bezos a oublié de remercier tous les Américains qui travaillent dur et qui ont réellement payé des impôts pour faire fonctionner ce pays pendant que lui et Amazon ne payaient rien », a asséné Mme Warren.

« Oui Jeff Bezos, c’est toi que je regarde »

Après Twitter, c’est auprès de la CNBC que Mme Warren a pris M. Bezos en grippe.

« Je veux nous voir taxer la richesse, quelle que soit la façon dont votre richesse est liée. Il ne devrait pas y avoir de différence du fait que vous possédiez des biens immobiliers, des liquidités ou des milliards d’actions d’Amazon. Oui, Jeff Bezos, c’est toi que je regarde », a-t-elle déclaré.

« Quelle que soit la forme que prennent vos actifs – diamants, yachts, tableaux – je pense qu’il devrait y avoir une taxe annuelle sur ceux-ci », a-t-elle ajouté.

La démocrate est également revenue sur les récentes accusations de ProPublica, qui a fait valoir que M. Bezos n’avait payé aucun impôt fédéral entre 2007 et 2011 et qu’il avait bénéficié en 2011 d’un crédit d’impôt de 4.000 dollars pour ses enfants, alors que celui-ci est destiné aux familles gagnant moins de 100.000 dollars.

« Jeff Bezos n’a pas payé d’impôts sur la richesse qu’il possède. Il vaut un bazillion (terme pour désigner un chiffre colossal) de dollars. Il n’a pas payé d’impôts sur toute cette richesse. … En fait, pendant de nombreuses années, Jeff Bezos n’a pas payé d’impôts ou n’en a payé que 1% », a-t-elle ainsi rappelé.

Pour rappel, Jeff Bezos est l’homme le plus riche du monde, avec une fortune estimée par Bloomberg à 209 milliards de dollars.

Un impôt de 5,7 milliards avec la proposition de Warren

Depuis plusieurs années, Mme Warren réclame l’intronisation d’un impôt sur les plus riches. Elle a proposé plusieurs formules. Selon sa dernière proposition en dates, les ménages ayant une valeur nette de 50 millions de dollars ou plus recevraient une taxe d’au moins 2% sur leurs actifs. Ceux qui en possèdent plus d’un milliard seraient soumis à une taxe de 3%.

Revenant sur cette proposition auprès de la CNBC, Mme Warren l’a elle-même qualifiée de « toute petite taxe ». « Mais remarquez, si nous la mettons en place, cela suffira à payer les services universels de garde d’enfants, à payer les études supérieures de nos enfants, à payer toutes ces routes et tous ces ponts et à les faire entrer dans le XXIe siècle », a-t-elle développé.

Selon une analyse d’Americans for Tax Fairness et de l’Institute for Policy Studies Project on Inequality, M. Bezos aurait dû payer 5,7 milliards de dollars d’impôts en 2020 si l’impôt sur la fortune tel que proposé par Mme Warren avait été en vigueur.

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