Amazon n’a pas payé un seul centime en impôt des sociétés à l’Europe en 2020

Isopix

Bien que le confinement ait eu un impact très lucratif pour Amazon, la division luxembourgeoise a enregistré une perte de 1,2 milliard d’euros l’année dernière. C’est pourquoi elle n’a pas dû payer d’impôt des sociétés.

Les dernières déclarations d’Amazon au Luxembourg ont montré que la société avait réalisé un chiffre d’affaires record de 44 milliards d’euros en Europe l’année dernière, écrit The Guardian. Mais grâce à une idée ingénieuse du milliardaire Jeff Bezos, Amazon n’a pas payé d’impôts sur les sociétés.

Le département d’Amazon a même bénéficié de crédits d’impôt de 56 millions d’euros. La société pourra l’utiliser à l’avenir, dans le cas où elle réaliserait des profits. En tout, Amazon a économisé 2,7 milliards d’euros de pertes qu’elle pourra reporter pour compenser les bénéfices futurs.

La division luxembourgeoise – qui gère les ventes pour le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas, la Pologne, l’Espagne et la Suède – emploie 5.262 salariés. Cela signifie que le revenu par salarié s’élève à 8,4 millions d’euros.

Jean-Claude Juncker le sauveur

Le Luxembourg ne compte que 600.000 habitants. Mais les plus grandes entreprises du monde ont installé leur siège social dans ce pays à bas coût.

Amazon s’est installé au Luxembourg en 2003. En quelques mois, l’entreprise avait déjà conclu un accord confidentiel avec les autorités fiscales du pays.

Lors d’une interview, Bob Comfort, directeur des impôts d’Amazon jusqu’en 2011, a expliqué que Jean-Claude Juncker, alors Premier ministre luxembourgeois, avait personnellement proposé d’aider Amazon.

‘Si vous avez des problèmes que vous n’arrivez pas à résoudre, revenez me le signaler. Je vais essayer de vous aider’, aurait dit Juncker. Comfort a ensuite été nommé consul honoraire du Luxembourg à Seattle, ville où se situe de siège social d’Amazon.

Domination exponentielle du marché mondial

Paul Monaghan, directeur général de la British Fair Tax Foundation, a déclaré dans The Guardian: ‘C’est époustouflant, même pour Amazon. Nous assistons à une domination exponentielle du marché mondial grâce à des revenus encore largement non imposés. En conséquence, l’entreprise peut injustement saper les entreprises locales qui adoptent une approche plus responsable.’

Un porte-parole d’Amazon précise : ‘Amazon paie toutes les taxes requises dans chaque pays où nous opérons. L’impôt sur les sociétés est basé sur les bénéfices et non sur les revenus, et nos bénéfices sont restés faibles, compte tenu de nos investissements lourds, d’une rude compétition dans le commerce du détail et des faibles marges. […] Nous avons investi plus de 78 milliards d’euros en Europe depuis 2010.’

100 milliards de dollars

Amazon est loin d’être le seul à créer des structures commerciales complexes pour éviter les taxes. Les 6 plus grosses entreprises technologiques américaines – Amazon, Facebook, Google, Netflix, Apple et Microsoft – sont accusées d’avoir évité 100 milliards de dollars d’impôts dans le monde au cours de la dernière décennie. Cela ressort clairement du rapport de la Fair Tax Foundation. Pourtant, tous affirment payer un taux d’imposition correct. Selon le rapport, Amazon serait le pire contrevenant.

Ne pas se laisser influencer par de vieilles rancunes

Dans une lettre adressée au Financial Times en début d’année, Miles Dean, directeur de l’agence internationale de conseil fiscal Andersen, a appelé à adopter un ton modéré dans la condamnation publique d’Amazon. Pour lui, le Royaume-Uni ne doit pas se laisser influencer par de vieilles rancunes lors de l’élaboration des règles fiscales post Brexit.

‘Nous n’avons pas atteint le point où la politique fiscale est motivée par nos craintes viscérales de Jeff Bezos et d’Amazon, n’est-ce pas?’, a écrit Miles Dean. ‘De plus, il est incendiaire, inexact et futile de suggérer, comme certains l’ont fait dans des médias concurrents, qu’Amazon détourne des revenus vers le Luxembourg. Ce n’est tout simplement pas le cas.’

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