Comment la Serbie, le ‘Robin des Bois des Balkans’, résiste aux pénuries de vaccins et nargue l’UE

Le président serbe Aleksandar Vucic se félicite de la réussite de la campagne de vaccination nationale – Isopix

Avec 6,4% de sa population ayant reçu au moins une dose du vaccin contre le Covid-19, la Serbe est le deuxième pays le plus rapide d’Europe. Seul le Royaume-Uni fait mieux. Fier de sa stratégie atypique, Belgrade en profite pour donner une leçon de morale aux plus riches.

Dimanche, les autorités serbes ont annoncé que 438.000 habitants avaient reçu au moins une dose du vaccin contre le Covid-19. Proportionnellement à la taille de la population, cela fait du pays des Balkans le deuxième plus rapide d’Europe.

Avec 13,4% de sa population qui a reçu au moins une dose, c’est le Royaume-Uni qui est le leader en la matière sur le Vieux Continent. Toutefois, la Serbie se targue de faire encore mieux. Pour aller plus vite, les Britanniques ont décidé de reporter l’administration de la deuxième dose du vaccin jusqu’à douze semaines après la première injection.

La Serbie, elle, promet de respecter les délais prescrits. Chaque fois qu’elle reçoit une livraison, elle place la moitié des doses de côté, afin de s’assurer que chaque personne recevra les deux doses en temps et en heure. Si elle agissait comme le Royaume-Uni, elle présenterait le meilleur taux d’Europe, s’est félicité la Première ministre Ana Brnabic.

Afflux massif de vaccins chinois

Le monde souffre des retards de livraison des firmes pharmaceutiques occidentales. Pfizer, Moderna et AstraZeneca ont tour à tour dû freiner le rythme de leur distribution. Alors, comment la Serbie fait-elle pour survoler cette crise ? En misant (un peu) sur le vaccin russe et (énormément) sur un vaccin chinois.

Concrètement, en Serbie, chacun peut choisir entre trois vaccins: BBIBP-CorV (celui de Sinopharm), Spoutnik V (celui de Gamaleya) et Comirnaty (celui de Pfizer).

Afin de renforcer la confiance de la population, la Première ministre serbe Ana Brnabic a reçu le vaccin dès le premier jour de la campagne de vaccination, le 24 décembre – Isopix

La campagne de vaccination serbe a débuté le 24 décembre avec le vaccin Pfizer. Spoutnik V a été utilisé dès le 6 janvier, celui de Sinopharm dès le 19. Depuis, la firme américaine n’a fourni que 19.500 doses, alors que ses homologues russe et chinoise en ont déjà envoyé respectivement 250.000 et… un million.

‘Nous avons été les premiers à signer un contrat avec Pfizer, mais aussi avec Sinopharm. Le vaccin de Sinopharm est certainement parmi les meilleurs, sinon le meilleur. Exclure un tel partenaire simplement parce qu’il est chinois n’est pas bon’, a indiqué la Première ministre serbe.

De son côté, la Chine se plaît à renforcer son entente avec un pays européen, même si celui-ci ne fait pas partie de l’Union européenne. Investissant massivement en Serbie, Pékin va notamment contribuer à la construction du métro de Belgrade, en collaboration avec la France.

Griefs envers l’UE

Très satisfaite de sa collaboration avec Sinopharm, la Serbie en a profité pour vivement critiquer l’attitude des ‘pays riches’ européens. Le président, Aleksandar Vucic, a comparé la pénurie de vaccins à la collision du Titanic avec l’iceberg.

‘Les riches, et seulement les plus riches, ne font que se sauver eux-mêmes et sauver leurs proches. […] Ils ont préparé des canots de sauvetage coûteux pour eux seuls. Et ceux qui ne sont pas riches, qui sont petits, comme les pays des Balkans occidentaux, se noient avec le Titanic. Ce n’est peut-être pas l’intention [des riches], mais ça ne les préoccupe pas particulièrement’, a-t-il déclaré sur la chaîne publique RTS Daily.

Our wold in data

Les autorités serbes ont notamment lancé de vives critiques à l’encontre de l’Union européenne. Vendredi, cette dernière a annoncé vouloir s’organiser pour contrôler et limiter les exportations des vaccins. Cela devrait lui permettre d’en garder davantage sur son territoire et de subir moins de difficultés d’approvisionnement.

La décision de Bruxelles d’envoyer des inspecteurs dans les usines britanniques d’AstraZeneca n’a pas non plus été appréciée par la Serbie.

‘Il est facile d’être bon quand tout est facile, mais il est difficile de faire preuve de solidarité dans les moments les plus difficiles, comme aujourd’hui. La Serbie montre un nouveau visage avec son comportement, elle a démontré qu’elle pouvait être la meilleure même dans les moments les plus difficiles, a de son côté souligné la Premire ministre Brnabic.

La Serbie à la rescousse des Balkans

Le ‘nouveau visage’ évoqué par Brnabic fait écho aux futures donations de la Serbie envers ses voisins. Comme elle dispose de vaccins en abondance, elle va aider d’autres pays des Balkans. Comptant presque uniquement sur le système COVAX de l’OMS, ceux-ci n’ont quasiment reçu aucune dose.

‘Soyez conscient du rôle de premier plan que joue la Serbie dans les Balkans. Nous devons […] offrir une main tendue à nos voisins. Ce sont nos amis et nos frères. Nous allons envoyer des vaccins en Bosnie-Herzégovine, au Monténégro et en Macédoine du Nord’, a annoncé le président serbe.

Le Premier ministre de Macédoine du Nord Zoran Zvaev avait d’ailleurs déjà annoncé le 18 janvier dernier qu’il avait conclu un accord avec la Serbie pour la livraison de 8.000 doses du vaccin Pfizer. Ce type de collaborations entre pays des Balkans est donc amené à se poursuivre et à s’intensifier.

Cette solidarité a valu à la Serbie d’être surnommée le ‘Robin des Bois des Balkans’ dans les médias locaux, « volant » les vaccins des pays riches de l’Europe de l’Ouest pour les redistribuer aux pays pauvres de la région.