Vilipendé en Russie, le vaccin Pfizer a pourtant été secrètement administré à un diplomate russe

Le diplomate russe Youri Gribkov a confirmé avoir reçu le vaccin Pfizer en Estonie – Isopix

En Russie, le vaccin mis au point par l’alliance germano-américaine Pfizer/BioNTech subit les foudres de la machine propagandiste. Le but: décrédibiliser les vaccins occidentaux et louer Spoutnik V, le vaccin national. Pourtant, un diplomate russe a bel et bien reçu le vaccin de Pfizer.

Une enquête menée conjointement par le média américain The Daily Beast et son homologue estonien Delfi a permis de découvrir qu’un diplomate russe avait reçu le vaccin Pfizer.

Yuri Gribkov, consul général russe en Estonie, a reconnu qu’il s’était bel et bien fait administrer deux doses du produit dans un hôpital du nord-est du pays, à proximité de la frontière russe. Interviewé à la sortie de la clinique, Gribkov a confirmé l’information devant les caméras du média estonien.

Il s’explique

La nouvelle a de quoi surprendre. Depuis plusieurs mois, les médias russes pro-gouvernement n’ont de cesse de décrier le vaccin conçu par Pfizer et BioNTech. Qualifié d’inefficace, il serait même dangereux. Certains sont même allés jusqu’à parler de produit ‘mortel’. Le but: décrédibiliser le vaccin germano-américain – et les vaccins occidentaux en général – pour mettre le vaccin maison (Spoutnik V) sur un piédestal.

Spoutnik V est le seul vaccin à avoir été approuvé jusqu’à présent en Russie. Il a également été autorisé ailleurs dans le monde. La Hongrie (le seul pays de l’UE), la Serbie, l’Algérie, les Émirats Arabes Unis, l’Argentine et le Venezuela font notamment partie des pays à lui avoir donné leur feu vert.

La vaccination du consul russe est d’autant plus étonnante… que sa mission en Estonie est sur le point de s’achever. Gribkov a reçu sa deuxième dose du vaccin Pfizer mercredi alors qu’il repartira en Russie la semaine prochaine.

Interrogé sur les critiques russes envers le vaccin qu’il a reçu, le diplomate a tenu à nuancer celles-ci. ‘Aucun de mes collègues, que je connais depuis longtemps, n’a dit qu’il s’agissait d’un ‘vaccin de la mort’, a-t-il déclaré.

Les responsables russes n’ont, en effet, pas été jusque là. Mais les médias proches du pouvoir, oui. Kiril Dmitriev, directeur général du fonds souverain russe (RDIF) a tout de même directement attaqué les vaccins occidentaux, expliquant qu’ils reposaient sur ‘des technologies expérimentales, peu étudiées et non éprouvées à long terme, rencontrant des obstacles dans leurs essais cliniques’.

Prioritaire face aux Estoniens

Outre cet étrange paradoxe, la vaccination de Gribkov suscite une autre polémique. Le diplomate russe aurait tout simplement grillé la politesse à la population locale.

Il a expliqué avoir demandé sa vaccination sur les conseils de son médecin estonien. Celui-ci lui aurait diagnostiqué des ‘poumons très faibles’ et l’aurait enjoint de se faire vacciner le plus rapidement possible. ‘Pour autant que je sache, l’ambassade russe, comme d’autres ambassades étrangères, a reçu une note diplomatique du ministère estonien des affaires étrangères suggérant de faire vacciner les diplomates’, a-t-il également avancé.

Ce que Gribkov ne précise pas, c’est que cette note stipulait que les diplomates étrangers pourraient se faire vacciner si et seulement si ‘l’Estonie avait suffisamment de vaccins’. Or, ce n’est pas le cas du tout.

Comme tous les autres pays qui ont opté pour les vaccins de Pfizer, l’Estonie fait face à d’importants retards de livraisons. Seules 25.000 personnes ont pu rececvoir une première dose du vaccin jusqu’à présent, soit moins de 2% de la population.

Dans son plan de bataille, l’Estonie vaccine actuellement uniquement les travailleurs de la santé en première ligne. Le deuxième groupe prioritaire – les personnes de plus de 70 ans ou souffrant de maladies sous-jacentes – ne pourra recevoir le vaccin que lorsque l’intégralité des membres du premier groupe aura reçu les deux doses.

L’hôpital qui a reçu Gribkov pour lui administrer les deux doses du vaccin Pfizer a annoncé lancer une enquête interne pour savoir comment le diplomate russe avait pu obtenir une telle faveur.