4 choses à retenir des discussions entre les dirigeants de l’OTAN et la Russie

Les dirigeants de l’OTAN rendent tour à tour visite au président russe Vladimir Poutine. Chacun d’entre eux tente de faire changer d’avis les Russes, mais Poutine ne cède pas. La semaine dernière, c’était au tour du président français Emmanuel Macron, qui s’est rendu chez Poutine lundi et a rendu visite au président ukrainien Volodymyr Zelensky mardi. Le chancelier allemand Olaf Scholz s’est ensuite rendu aux États-Unis pour consulter le président Joe Biden.

Pourquoi est-ce important ?

La situation en Ukraine et dans les environs est dans une impasse. Sur le plan diplomatique, les parties concernées ne parviennent pas à s'entendre, et sur le plan militaire, une invasion russe semble de plus en plus probable. L'OTAN s'est déjà sentie obligée d'envoyer des troupes supplémentaires en Europe de l'Est, tandis que la Russie semble également vouloir resserrer le filet autour de l'Ukraine avec ses troupes et sa marine.

1. La chaîne de commandement russe est claire, l’OTAN souffre de problèmes hiérarchiques

La Russie est assez directe dans l’arène diplomatique. Le président Vladimir Poutine est le principal interlocuteur des dirigeants de l’OTAN. Sinon, les négociations passent par le ministre des Affaires étrangères, Sergey Lavrov, ou son bras droit, Sergey Ryabkov. C’est Lavrov, par exemple, qui a mené les discussions avec son homologue américain Antony Blinken à Genève il y a quelques semaines.

Il n’existe pas de telle hiérarchie au sein de l’OTAN. Les États-Unis ont d’abord pris les choses en main, en tant que partenaire le plus grand et le plus important de l’alliance. Le président Biden a appelé Poutine, Blinken s’est envolé pour Genève pour des entretiens avec Lavrov.

La hiérarchie russe : en haut le président Vladimir Poutine, en bas le vice-ministre des Affaires étrangères Sergueï Ryabkov (à gauche) et le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov (à droite). (Isopix)

Puis, en interne, la conclusion a été tirée que c’était l’Europe qui devait négocier, puisqu’elle est directement impliquée en cas de conflit. C’est ensuite Jens Stoltenberg, le secrétaire général de l’OTAN, qui a mené les discussions.

En outre, l’Union européenne souhaite également faire sentir sa présence dans ce dossier, et de nombreuses parties intéressées sont envoyées à la table diplomatique russe. Josep Borrell, le Haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, s’est rendu en Ukraine au début de l’année. La semaine dernière, le président turc Recep Tayyip Erdogan s’est rendu en Russie et en Ukraine. Lundi dernier, c’est le président français Macron qui a pris place à la table (longue de plusieurs mètres) en face de Vladimir Poutine. Ensuite, Liz Truss, la ministre britannique des Affaires étrangères, est également apparue.

Comme si tout cela ne suffisait pas, il a également été demandé à l’OSCE, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, de jouer un rôle de médiateur dans le conflit. Celle-ci a formellement refusé et a refilé la patate chaude aux dirigeants de l’OTAN et de ses États membres.

2. Le format Normandie a été relancé

Pour les négociations avec la Russie, le format Normandie a été relancé. Ce terme a été utilisé pour la première fois lors des négociations sur la guerre dans la région du Donbass, en Ukraine. Le 6 juin 2014, à l’occasion du 70e anniversaire du D-Day (le débarquement de Normandie), la France, l’Allemagne, l’Ukraine et la Russie se sont mises autour de la table pour résoudre le conflit.

Entre la première rencontre au Château de Bénouville sur le canal de Caen et aujourd’hui, les dirigeants des quatre pays se sont rencontrés huit fois sous ce format, la dernière fois la semaine dernière. Avant la réunion, le chancelier allemand Olaf Scholz est resté aux États-Unis pour discuter de ces questions avec le président Joe Biden.

Le président français Emmanuel Macron s’est ensuite à nouveau rendu à l’Est, où il a rencontré Poutine pendant cinq heures, mardi. Il s’est ensuite rendu en Ukraine pour rencontrer le président Zelensky. Ces réunions peuvent être considérées comme une préparation et un premier orteil dans l’eau pour les négociations en format Normandie.

Le président russe Vladimir Poutine et le président français Emmanuel Macron de part et d’autre de la table absurdement longue (Isopix).

Or, cette distribution s’avère être précisément la plus réussie. Les négociations entre le secrétaire d’État américain et son homologue russe, Sergey Lavrov, n’ont pas abouti, un appel téléphonique entre Poutine et Biden n’a pas pu apporter de réconfort et le patron de l’OTAN, Jens Stoltenberg, n’a pas non plus été assez convaincant pour faire changer Poutine d’avis.

3. Poutine fait preuve de fermeté, mais n’hésite pas à mentir

Une chose est certaine dans la crise politique et militaire actuelle : Poutine ne bougera pas. Comment pourrait-il en être autrement ? Le retrait de ses troupes lui ferait perdre la face comme jamais auparavant, notamment dans son propre pays. Cependant, pour maintenir les troupes russes à la frontière, il doit trouver toute une série d’excuses et de justifications.

Par exemple, l’Ukraine ne sera certainement pas autorisée à devenir membre de l’OTAN, car cela signifierait que l’organisation occidentale aurait des « missiles à la frontière avec la Russie ». Poutine accuse également l’alliance d’encercler la Russie afin de démontrer sa puissance. Quiconque jette un coup d’œil à la carte du monde verra rapidement que cette allégation est dénuée de sens.

La Russie, qui est le plus grand pays du monde, a 20.000 kilomètres de frontières. Cette frontière est partagée avec 14 pays différents, dont cinq seulement sont membres de l’OTAN : Norvège, Estonie, Lettonie, Lituanie et Pologne. Au total, la Russie ne partage que 1.215 kilomètres de frontière avec l’OTAN, soit un seizième seulement de la longueur totale de la frontière.

En jaune : les frontières de la Russie partagées avec les États membres de l’OTAN (Source : OTAN)

Poutine déforme également les faits concernant ces missiles de l’OTAN : c’est précisément la Russie qui a décidé en 2016 de placer des missiles nucléaires Iskander dans l’exclave de Kaliningrad, qui jouxte la Pologne et la Lituanie. En outre, on peut également noter que les missiles de l’OTAN ne sont pas déployés dans les pays qui ont une frontière avec la Russie: l’adhésion de l’Ukraine ne changera pas grand-chose.

4. Pas d’escalade, mais pas non plus de désescalade (pour l’instant)

Pour l’instant, le seul résultat des négociations entre les partenaires de l’OTAN et la Russie semble être « qu’il n’y a pas de résultat ». Chaque conversation mène à une autre conversation, et après chaque rencontre, le langage accusateur envers l’autre partie est à nouveau utilisé. Il semble qu’il n’y ait pas de véritable solution au conflit à l’heure actuelle, car la Russie refuse la désescalade et l’OTAN refuse de céder aux exigences de la Russie.

Les deux blocs sont donc actuellement dans une impasse, personne ne voulant céder, mais personne ne voulant non plus escalader. La Russie place de plus en plus de troupes près de la frontière avec l’Ukraine, et de plus en plus de navires militaires naviguent vers la mer Noire. Mais jusqu’à présent, il n’y a pas eu d’invasion, pas de combat et pas de guerre. Et c’est une note positive à tirer de toute cette histoire.

La question reste, bien sûr, de savoir ce que l’avenir nous réserve. Selon Macron, après sa rencontre avec les dirigeants russes et ukrainiens, une solution était possible. Le Premier ministre britannique Neville Chamberlain a également fait passer le même message en 1938, lorsque, après des entretiens avec Adolf Hitler, il a obtenu que l’Allemagne promette de ne pas annexer le reste de la Tchécoslovaquie. Peu après, Hitler a balayé le pacte, ce qui a conduit peu après à la Seconde Guerre mondiale.

Ce qui semble moins réjouissant, en revanche, c’est l’annonce faite en cette fin de semaine par des sources au sein de la Maison Blanche. On y pense que Poutine prépare une invasion et que celle-ci pourrait bien avoir lieu au début de la semaine prochaine.

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