Vers un nouvel afflux de migrants afghans sur l’Europe ?

L’effondrement de l’État afghan face aux talibans va provoquer une nouvelle crise migratoire. Si elle ne s’avérera pas aussi puissante que celle de 2015, il est tout de même possible qu’elle se fasse ressentir jusqu’en Europe. Cela dépendra fortement de la volonté des États voisins de l’Union européenne, tels que la Turquie et la Biélorussie.

La situation se dégrade rapidement pour l’État afghan. Alors que la semaine passée, les talibans ne contrôlaient encore que des zones rurales, depuis ce week-end-ci, ce sont des villes, dont des centres administratifs importants, qui tombent les unes après les autres: Zaranj, le chef-lieu de la province de Nimroz, et Sheberghan, la capitale provinciale de Jawzjan.

Une série noire qui risque bien de continuer, tant le gouvernement afghan semble incapable de faire face à l’offensive des talibans sans le soutien direct des forces de l’Otan, américaines en particulier, qui ont quitté la région. Au-delà d’une contagion militaire jihadiste, les pays voisins s’inquiètent également d’une crise humanitaire, en raison de l’exode massif que ces conflits entrainent. Selon l’agence des réfugiés des Nations Unies, 270.000 personnes ont déjà été contraintes d’évacuer depuis le début de l’année. Les organisations humanitaires s’alarment : il y a là les germes d’un nouvel exode massif de réfugiés, avec toutes les conséquences humaines que cette situation peut entrainer.

Répétition de la crise syrienne ?

L’Europe craint que la crise migratoire de 2015-2016 ne se reproduise, lorsque des centaines de milliers de Syriens avaient fuit la guerre pour rejoindre l’Union européenne. Cette situation avait attisé les tensions entre pays-membres, tous n’étant pas en faveur d’une politique d’accueil, tandis que les extrêmes-droites européennes en profitaient pour flatter les peurs de leur électorat.

En 2021 toutefois, la situation n’est -pour l’instant- pas comparable, car l’Europe est moins en première ligne que durant le pic de la crise syrienne. Les autorités turques disent avoir intercepté 27.000 Afghans qui tentaient de traverser la frontière turco-iranienne cette année. Mais ce sont 3.200 ressortissants afghans qui ont tenté d’entrer illégalement en Europe sur les six derniers mois, soit 41% de moins qu’à la même période l’année dernière, selon des chiffres obtenus par Euronews.

Forteresse Europe

Gerald Knaus, président du groupe de réflexion European Stability Initiative (ESI), estime toutefois « fort probable » qu’un grand nombre d’Afghans vont avoir besoin d’aide et de protection en tant que réfugiés. « Mais cette crise massive ne veut pas dire que ces gens vont atteindre l’Europe. Pour y arriver, il faut traverser beaucoup de frontières, qui sont toutes bien plus surveillées aujourd’hui qu’elles ne l’étaient il y a quelques années. » Et l’Europe elle-même a renforcé ses marches, avec des moyens accrus pour des agences de gardes-frontières comme Frontex. Quant aux pays-membres en première ligne face aux arrivées de migrants, comme la Grèce, ils sont suspectés de mener des actions de « push back » illégales, ce que c’est pays nient vigoureusement.

Quoiqu’il en soit, en 2015, c’était un demi-million de personnes qui se pressait à la frontière grecque depuis la Turquie. En 2021, 4.000 personnes seulement ont atteint l’Europe via cette route et 3.000 de plus par la Lituanie via la Biélorussie. Pas encore d’afflux massif donc. Du moins chez nous.

Ce qui est plus inquiétant, c’est la pression géopolitique que certains pays voisins de l’Union européenne exercent, en n’hésitant pas à menacer d’ouvrir les portes. La Biélorussie s’y est récemment mise en envoyant des migrants vers la Lituanie en réponse aux sanctions internationales. La Turquie a, elle aussi, menacé de faire de même par le passé. Ces Afghans fuyant une nouvelle guerre pourraient bien servir d’armes dans les rivalités entre l’Union et ses voisins.

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